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lundi 15 octobre 2018

Décès de Jean Piat : la réaction de la princesse Esmeralda

                                  

Suite au décès de l'acteur français Jean Piat, la princesse Esmeralda de Belgique a posté sur son compte Twitter cette photo, accompagnée de cet hommage :   "Au revoir à un merveilleux comédien, un grand monsieur alliant élégance et humour, et si loyal en amitié".

Elle a été interviewée par Patrick Weber pour le magazine français "Point de Vue" :

"Comment est née votre amitié?
- J'avais découvert Jean Piat dans le feuilleton "Lagardère" à la télévision que j'adorais. Lorsqu'il a quitté la Comédie Française, j'ai demandé à mon père d'aller le voir au théâtre dans la pièce "Le tournant" de Françoise Dorin. La direction du théâtre l'a prévenu que le roi des Belges désirait le rencontrer et le moins qu'on puisse dire est qu'il était plutôt surpris. Il nous a accueillis dans sa loge avec beaucoup de gentillesse et cette première rencontre a marqué le début d'une belle amitié. Chaque fois qu'il venait en Belgique, Jean rendait visite à mes parents, le roi Léopold et la princesse Lilian, à Argenteuil. Il logeait à la maison, le plus souvent avec Françoise Dorin. Nous l'avons aussi invité dans notre villa du sud de la France.

- Vous aimiez le théâtre?
- Je lui avais confié que je voulais faire carrière dans le théâtre, mais qu'un tel projet était difficile pour moi. Il m'a répondu que je pouvais être une bonne spectatrice, et que c'était aussi un rôle très important. Je ne l'ai jamais oublié.

- Il avait des points communs avec votre père, le roi Léopold III?
- Ils aimaient tous les deux la littérature, la nourriture et le bon vin. Jean avait une prédilection pour les vins de dessert, et spécialement un sauternes, le Château-Lafaurie-Peyraguey. Ma mère en prévoyait toujours une bouteille.

- Vous étiez toujours en contact?
- Bien sûr!  Jean n'avait pas d'email, ni de smartphone. Si l'on voulait le joindre, il fallait l'appeler ou lui écrire. Il se cachait derrière son répondeur, mais décrochait toujours quand il s'agissait d'une voix amie. Il va me manquer".

Pierre De Vuyst a également demandé la réaction de la princesse Esmeralda pour le magazine belge "Le Soir Mag" :

"J'étais enfant. Je devais avoir huit ou neuf ans, et je ne ratais aucun épisode de la série "Lagardère" à la télévision (1967) et j'étais amoureuse de lui! Jean Piat jouait aussi à la Comédie Française et j'avais réussi à obtenir une photo dédicacée. J'ai appris qu'il jouait une pièce à Paris, "Le tournant", en 1973. Comme mes parents aimaient beaucoup le théâtre, j'ai convaincu mon père d'y assister avec moi. C'était la première pièce de Françoise Dorin qu'il jouait. Nous sommes allés le saluer dans sa loge à la fin du spectacle. Mon père et lui ont immédiatement sympathisé. Si bien que mon père l'a invité à venir nous rendre visite s'il passait en Belgique. Ma mère est aussi allée voir la pièce et l'a formellement invité chez nous à Argenteuil. Ce fut le début d'une longue amitié.

Jean Piat et Françoise Dorin sont devenus des habitués de la maison. Ils logeaient chez nous chaque fois qu'ils avaient quelque chose à faire en Belgique, un spectacle, une pièce,... Mais ma mère les a également conviés à ses colloques. Elle aimait inviter quelqu'un qui n'était pas issu du monde scientifique, un artiste, un journaliste, qui posait des questions simples et accessibles, et animait le débat. Comme Jean Piat, j'ai voulu un temps devenir comédienne. Et quand mon fils a suivi des cours de théâtre, dans une lettre, Jean Piat m'a dit combien il était désolé que tant d'années le séparent de mon fils. Il aurait adoré être son professeur. Aujourd'hui, mon fils a renoncé à ce rêve. Il souhaite devenir journaliste.

Jean Piat était quelqu'un de très fidèle en amitié. Nous avons continué à correspondre régulièrement, notamment aux anniversaires de la mort de mes parents. Il est décédé lui-même à un très grand âge, mais je n'en suis pas moins triste. On s'habitue à la présence des belles personnes. Je trouve très touchant qu'il soit parti si peu de temps après le décès de Françoise Dorin. Ils ne se sont pas quittés longtemps".

"Le Soir Mag" a retrouvé une anecdote racontée par Jean Piat lors d'un séjour dans la maison de vacances de Léopold III et Lilian (aujourd'hui vendue) à Biot sur la Côte d'Azur :    "J'ai même eu l'honneur - après avoir affirmé que j'en avais les compétences - de faire la cuisine dans leur propriété de Biot, sous l'œil amusé des princesses Marie-Christine et Esmeralda. Un certain soir, je fus mis en demeure de cuire les beefsteaks, accompagnés d'endives braisées, ce que, entre nous (je suis nordiste), nous appelions "chicons", afin de satisfaire à la curiosité et aux appétits de chacun. Le protocole en ces circonstances n'existait pas et mes "clients" se sont montrés satisfaits". 

Le journaliste française Stéphane Bern confia au "Soir Mag" :   "Sait-on qu'à chacune de nos rencontres, il me demandait de défendre la mémoire d'un couple royal qu'il avait aimé et dont il était l'ami, le roi Léopold III et la princesse Lilian de Réthy :  "J'espère qu'un jour, l'Histoire leur rendra justice et les réhabilitera", me répétait-il". 

lundi 25 juillet 2016

"Lilian et le Roi" d'Olivier Defrance

                                                     12347826_10153111295157161_6943093259695382540_n

Née en 1916, elle est le septième enfant d'un couple d'Ostendais réfugié en Angleterre en raison de la guerre. Son père Henri Baels sera notamment avocat, échevin, administrateur de sociétés de pêcherie, député à la Chambre, ministre de l'Agriculture et des Travaux publics, et gouverneur de la province de Flandre Occidentale à partir de 1933. Elle fréquente l'école primaire des Sœurs de Saint-Joseph à Ostende, puis l'Institut Val Notre-Dame à Antheit et l'Institut des Dames du Sacré-Coeur à Bruxelles. Elle passe ensuite deux années dans une finishing school (une sorte d'"école des bonnes manières") à Londres et y loge parfois chez l'ambassadeur de Belgique. Lilian parle le français, le néerlandais et l'anglais. L'auteur consacre tout un chapitre à ses fréquents séjours en Autriche dans les années 30 et à ses projets de mariage avec Peter Draskovich.

Veuf de la reine Astrid, le roi Léopold III tombe sous le charme de cette jeune femme belle, cultivée et ambitieuse avec qui il joue au golf. Il l'épouse secrètement et religieusement en 1941. Contrairement à ce que prévoit la Constitution belge, leur mariage civil est célébré quelques mois plus tard, ce qui provoque une grande polémique et déçoit beaucoup de Belges Le mythe du roi veuf et prisonnier s'effondre. On reprochera également au souverain d'avoir remercié Hitler pour les félicitations et les fleurs qu'il avait envoyées lors de leur mariage.

En 1941, la princesse Lilian devient donc un personnage public qui ne laisse personne indifférend et qui a suscité la controverse lors de la Question Royale (1945-1950). De nombreuses rumeurs ont circulé à son sujet, et l'historien Olivier Defrance a le grand mérite de nous offrir enfin une biographie sérieuse, objective, bien documentée et très agréable à lire. Son livre propose des documents inédits jamais exploités qui apporte un éclairage nouveau sur la déportation par les Allemands à Hirschtein, la Question Royale, ses problèmes conjugaux (lorsqu'elle découvre que Léopold III a une maîtresse), ses relations difficiles avec d'autres membres de la famille royale (Elisabeth, Baudouin et Fabiola, Albert et Paola, Marie-Christine, Joséphine-Charlotte, Léa).  Sans jamais prendre parti.

Olivier Defrance évoque aussi son travail à la tête de la Fondation Cardiologique Princesse Lilian et la vie au domaine royal d'Argenteuil. Plusieurs tentatives de rapprochement ont lieu, mais c'est Albert II, devenu roi et nouveau chef de famille, qui parviendra le mieux à une réconciliation avec sa belle-mère. Un seul petit regret :  l'auteur n'évoque pas la vente de ses bijoux dans les années 80, et le sort de certains bijoux de la reine Astrid qui suscite de nombreuses interrogations.

Bref, bravo à Olivier Defrance pour cette biographie qui devient désormais l'ouvrage de référence le plus complet et le plus objectif sur la princesse Lilian (par contre, on peut désormais ranger aux oubliettes l'ancien livre d'Evrard Raskin qui était bien trop impartial et moins bien documenté).

lundi 10 juin 2013

"Lilian : une princesse entre ombre et lumière" (Princesse Esmeralda de Belgique et Patrick Weber)

                                                   


A l'occasion du dixième anniversaire du décès de sa mère en 2012, la princesse Esmeralda a sorti des dizaines de photos (dont beaucoup sont inédites) des archives familiales pour en faire un très bel album-photos. Il montre une princesse Lilian active et élégante en toutes circonstances, tant en public qu'en privé. Elle avait le physique, la classe et le glamour d'une star de cinéma des années 50. Les textes biographiques et objectifs de cet album-photos ont été écrits par le journaliste et écrivain Patrick Weber, mais on reste sur sa faim car il y a peu d'infos exclusives.

Qui est Lilian Baels?  Née en 1916 à Londres, elle est le septième enfant d'un couple d'Ostendais réfugié en Angleterre en raison de la guerre. Son père Henri Baels sera notamment avocat, échevin, administrateur de sociétés de pêcherie, député à la Chambre, ministre de l'Agriculture et des Travaux publics, et gouverneur de la province de Flandre occidentale à partir de 1933. Elle fréquente l'école primaire des Soeurs de Saint-Joseph à Ostende, puis l'Institut des Dames du Sacré-Coeur. Elle parle le français, le néerlandais et l'anglais. Sa famille s'installe à Knokke en 1931 et fuit en France lors de l'invasion allemande de 1940.

Le roi Léopold III, veuf de la reine Astrid, tombe sous le charme de cette jeune femme belle, intelligente et ambitieuse, et l'épouse secrètement et religieusement en 1941. Contrairement à ce que prévoit la Constitution belge, leur mariage civil est célébré quelques mois plus tard, ce qui provoque une grande polémique et déçoit beaucoup de Belges. Le mythe du roi veuf et prisonnier s'effondre.

Léopold III, Lilian et leurs enfants subissent la surveillance à Laeken par les soldats nazis, puis la déportation en 1944 à la forteresse d'Hirschtein et l'exil en Suisse de 1945 à 1950 suite à la Question Royale. La princesse est l'objet de nombreuses critiques et on l'accuse, à tort ou à raison, d'influencer son mari. Mais dans la sphère privée, elle réussit, dans les années 40 et 50, à créer un foyer très chaleureux au sein de cette famille recomposée, dont on peut constater l'amour et la complicité sur de nombreuses photos.

De retour en Belgique, elle est une Première Dame brillante et élégante durant les années 50, et crée la Fondation Cardiologique Princesse Lilian.

A la page 51, Patrick Weber écrit :   "Une chose est sûre :  le point de rupture dans la famille se situe en 1960, avec le mariage de Baudouin et Fabiola. Avant le mariage, toute la famille coule des jours heureux au château et personne ne peut imaginer quitter un jour ce domaine de Laeken auquel Léopold III est tellement attaché. Et puis tout se précipite...".   Patrick Weber fait là un raccourci un peu rapide car le départ de l'ancien roi de Laeken a été décidé dès 1959 sous la pression du gouvernement. C'est la seule erreur historique de cet album-photos.

Au domaine royal d'Argenteuil décoré avec goût, Léopold III et Lilian coulent des jours heureux. Pendant que son époux y prépare ses expéditions à travers le monde et s'adonne à sa passion de la photographie, la princesse s'occupe de la Fondation Cardiologique Princesse Lilian et de sa harde de cerfs, les princesses Marie-Christine et Esmeralda ont des cours particuliers à domicile. De nombreuses personnalités belges et étrangères sont les hôtes du couple.

Après la mort du roi Léopold III en 1983, Lilian n'apparaît plus qu'une seule fois en public, reprend contact avec son beau-fils le roi Albert II, fait publier les mémoires posthumes de son époux et a la joie de devenir la grand-mère d'Alexandra et Leopoldo.

lundi 22 avril 2013

Les 55 ans de la Fondation Cardiologique Princesse Lilian

La Fondation Cardiologique Princesse Lilian a été créée en 1958 par la deuxième épouse du roi Léopold III. Un an auparavant, leur fils le prince Alexandre avait été opéré d'une coarctation de l'aorte au Children Hospital de Boston. Plusieurs familles belges ayant des proches, atteints de maladies cardiaques ou cardio-vasculaires inopérables à l'époque dans notre pays, demandèrent ensuite l'aide de la princesse Lilian. Celle-ci leur apporta un soutien financier et une aide administrative pour les contacts avec l'équipe américaine. De plus en plus sollicitée, elle crée la Fondation Cardiologique Princesse Lilian le 10 décembre 1958. Ami personnel du couple, Ernest-John Solvay en est le premier président jusqu'en 1961, auquel succéda le professeur Fernand Collin.

Les deux premiers objectifs étaient d'offrir la possibilité à des enfants souffrant de malformations cardio-vasculaires d'être opérés aux Etats-Unis d'une part, et de développer une chirurgie cardio-vasculaire de pointe en Belgique d'autre part. Au cours de la première décennie d'activités (1958-1968),  123 patients sont envoyés aux Etats-Unis et une petite centaine en reviennent guéris, soit 77,2 % d'opérations réussies.

Le 15 novembre 1959, la Fondation organise au château de Laeken un colloque de sciences médicales en présence de scientifiques belges et étrangers. La réunion est précédée d'une réception à laquelle étaient conviés les petits patients opérés aux Etats-Unis ou ayant subi une intervention en Belgique, grâce au coeur artificiel du docteur Gross (la princesse Lilian avait offert cet appareil à la clinique Saint-Raphaël à Louvain qui dépendait de l'université). Le roi Baudouin, le roi Léopold III et la princesse Lilian, le prince Albert et la princesse Paola, le prince Alexandre, la princesse Marie-Gabrielle de Savoie, les ambassadeurs de France et des Etats-Unis étaient présents à cette réception. Après le colloque, la famille royale reçut les scientifiques à dîner au château de Laeken. L'année suivante, Laeken accueille, pour la dernière fois, un colloque de cardiologie réunissant une trentaine de médecins belges autour du professeur Michaël De Bakey de Houston. Ce dernier avait réussi la veille à l'hôpital Brugmann l'opération d'un anévrisme de l'aorte.

Du 22 au 25 mai 1962, la Fondation organise un grand colloque international de cardiologie rassemblant des spécialistes de vingt pays autour du thème de l'artériose coronarienne. La séance inaugurale a lieu au palais des Académies à Bruxelles, en présence du roi Léopold III, de la princesse Lilian, du ministre belge de la Santé M. Custers, du professeur Lenègre (président de la Société Européenne de Cardiologie), des ministres d'Etat Janssens et Gutt, du Grand Maréchal de la Cour, des recteurs des universités, etc. Le lendemain, les congressistes se rendent à Gand pour assister à une série d'opérations du coeur par deux des plus grands spécialistes mondiaux, les professeurs américains Cooley et Baley. Dans une autre salle, plusieurs centaines de cardiologues et la princesse Lilian suivent le déroulement des opérations sur un écran de deux mètres carrés. D'autres démonstrations ont lieu à la clinique universitaire de Louvain et à l'hôpital Brugmann à Bruxelles. Toutes les opérations effectuées à l'invitation de la Fondation sont gratuites. Un dîner est offert aux congressistes au domaine royal d'Argenteuil. Le colloque se termine par un débat sur la congestion cérébrale et les accidents cérébraux dus à l'artériosclérose, et par une réception offerte par l'université de Bruxelles.

La princesse confie en 1994 à Jean-Michel Bruffaerts :   "Ces années-là furent les plus passionnantes de ma vie. Maintenant, c'est intéressant. A cette époque, c'était passionnant".

Au début des années 60, beaucoup d'apparitions publiques de la princesse Lilian sont liées à ce thème :  ouverture des journées médicales à Bruxelles, inauguration de l'Institut de recherches cardiologiques de l'hôpital Saint-Pierre à Bruxelles et du service de télégammathérapie à l'Institut du Cancer à Louvain, présence à des opérations du cardiologue américain Cooley à l'hôpital universitaire de Liège, etc. Les activités de la Fondation Cardiologique Princesse Lilian évoluent :  le but humanitaire initial (l'envoi de malades aux Etats-Unis) s'avérant dépassé suite à l'amélioration des installations techniques dans les hôpitaux belges, la Fondation se consacre désormais à faire venir des chirurgiens étrangers pour partager leur savoir-faire. Un conseil scientifique international est créé en 1966.

Lorsque les besoins en chirurgie cardiaque ont été couverts en Belgique, la Fondation s'est centrée sur la communication scientifique et a organisé des colloques de haut niveau sur des sujets d'actualité où la recherche fondamentale débouchait sur des applications cliniques. En 1985, la Fondation absorbe l'ancienne Fondation de recherche pédiatrique Princesse Marie-Christine. De 1974 à 1998,  23 symposia se sont tenus dans notre pays, parfois au domaine royal d'Argenteuil. Pour l'anecdote, c'est au cours d'un de ces colloques que la princesse Marie-Esméralda, fille de la princesse Lilian, a rencontré son époux le professeur Salvador Moncada. Outre la cardiologie au sens strict, ils abordaient aussi d'autres sujets qui lui étaient liés :  la régression de l'artériosclérose, la leucémie et les cellules du sang, la réparation du cerveau, l'auto-immunologie, l'hypertension, les transplantations d'organes, etc. La dernière soirée, la princesse Lilian organisait un dîner de gala dans la salle à manger du domaine royal d'Argenteuil. Contrairement au début des années 60, la presse n'est plus guère invitée à ces colloques scientifiques, pas même l'émission "Place Royale" d'Anne Quevrin sur RTL-TVI.

En 1989, la princesse de Réthy reçoit le Prix Giovanni Lorenzini (Etats-Unis) pour son soutien à la recherche médicale, et est faite membre du Royal College of Physicians of London.

La Fondation après le décès de la princesse Lilian en 2002

Le 17 octobre 2003, la Fondation Cardiologique Princesse Lilian organise au palais des Académies à Bruxelles une séance académique en hommage à la princesse et un colloque international intitulé "La cardiologie et la chirurgie cardiaque à l'aube du XXIème siècle". Parmi les personnalités présentes, citons le prince Alexandre et la princesse Léa, la princesse Marie-Esméralda et son époux le professeur Salvador Moncada, le président de la Chambre et de la Fondation Herman De Croo, le ministre Rudy Demotte, le professeur américain Michaël DeBakey, etc. Une plaquette reprenant les discours prononcés ce jour-là parut en anglais dans la revue Acta Cardiologica.

L'explosion de la communication scientifique dans les congrès mondiaux a suscité une nouvelle réorientation de la Fondation à partir de 2004. Elle organise désormais une chaire de professeur visiteur permettant à un scientifique éminent d'interagir pendant une semaine avec des jeunes chercheurs belges à l'aube de leur carrière :   le professeur Melton de Harvard en 2005, le professeur Zeiher de Francfort en 2006, le professeur Dietz de John Hopkins en 2007, le professeur O. Brown de Stanford en 2008, le professeur Bean de Harvard en 2009, le professeur Al Awquati de Columbia en 2010, le professeur A. Tsiatis de North Carolina en 2011, le professeur Waldmann d'Oxford en 2012 et le professeur Loscalzo d'Harvard en 2013.

Placée sous le Haut Patronage de la princesse Marie-Esméralda, la Fondation Cardiologique Princesse Lilian est présidée par le ministre d'Etat Herman De Croo depuis une vingtaine d'années. Le conseil d'administration est composé de vingt membres, dont les recteurs des universités belges ayant une faculté de médecine complète, diverses personnalités du monde économique et politique, ainsi que le secrétaire du conseil scientifique international (le professeur Charles van Ypersele de Strihou). Son siège actuel se situe au 5, rue d'Egmont à 1000 Bruxelles. Dommage qu'ils ne disposent pas d'un site Internet...

La Fondation Cardiologique Princesse Lilian fête cette année son 55ème anniversaire.

lundi 15 avril 2013

"La Belgique sans roi : 1940-1950" (Vincent Dujardin et Mark Van den Wijngaert)

Cet ouvrage retrace ces dix années au cours desquelles le roi Léopold III n'a pu exercer ses prérogatives constitutionnelles. Après l'invasion de notre pays par l'Allemagne en 1940, le gouvernement Pierlot quitte la Belgique pour poursuivre la lutte auprès des Alliés. Le Roi refuse de les suivre et veut rester avec l'armée belge (c'est le point de départ de la future Question Royale). Au terme de la Campagne des 18 jours, la Belgique capitule et le souverain est prisonnier de guerre. Surveillé au château de Laeken, il ne peut plus exercer ses compétences, mais son remariage avec Lilian Baels en 1941 est mal perçu par la population. Les deux historiens (l'un francophone et l'autre néerlandophone) racontent ensuite les quatre années d'occupation et de privations, la collaboration, la résistance, etc.

Notre pays est libéré par les Alliés en septembre 1944. Suite à la déportation de Léopold III en Allemagne, son frère cadet le prince Charles est élu régent par les Chambres réunies. La guerre n'est cependant pas encore finie : de nombreux civils sont tués lors de la Bataille des Ardennes à la fin de l'année 1944.

Notre actuel système de sécurité sociale est instauré le 28 décembre 1944. Cette assurance obligatoire prévue pour tous les salariés permet de couvrir les risques de maladie-invalidité, de chômage, d'accorder des allocations familiales, des congés payés, ainsi que de financer les pensions. Une assurance libre subsiste parallèlement, et les syndicats restent habilités à verser des allocations de chômage à leurs affiliés.

Après sa libération par les Alliés en 1945, Léopold III ne parvient pas à s'entendre avec les gouvernements successifs sur ses conditions de retour en Belgique. Une partie du monde politique belge et les Alliés lui reprochent son comportement durant la guerre et le testament politique qu'il a laissé avant sa déportation. Le Roi est contraint de vivre en exil en Suisse de 1945 à 1950, pendant que le prince Charles remplit son rôle de régent sans prendre parti pour son frère avec qui il a des relations difficiles.

Au cours de la Régence, la libération du territoire inaugure une ère de prospérité pour la Belgique. Portée par la paix sociale et un assainissement monétaire efficace, l'industrie fait des miracles. Le droit de vote est accordé aux femmes. En politique étrangère, notre pays rompt avec sa politique de neutralité et entre dans l'ère des alliances (Benelux, Otan, CECA, etc.). Certains hommes politiques belges accomplissent aussi un travail de pionnier dans la construction européenne qui s'amorce.

1950 voit la fin de la Question Royale. Après la consultation populaire aux résultats contrastés entre le nord et le sud du pays, le Parlement vote la fin de la régence et le roi Léopold rentre en Belgique. Des troubles éclatent et entraînent la mort de trois manifestants à Grâce-Berleur. Léopold III renonce au trône au profit de son fils le prince Baudouin (20 ans).

mardi 9 octobre 2012

Interview de la princesse Marie-Esméralda de Belgique

Née en 1956, la princesse Esmeralda de Belgique est la fille cadette du roi Léopold III et de la princesse Lilian. Elle est aussi la demi-soeur et filleule de notre roi Albert II. Depuis 1998, elle vit à Londres avec son époux Sir Salvador Moncada et leurs deux enfants, mais revient régulièrement en Belgique (la semaine dernière, elle était ainsi à Bruxelles pour le vernissage de l'exposition sur les vêtements de Cour de sa tante la reine Marie-José et le 10ème anniversaire de la Fondation Polaire Internationale où elle était assise à côté du prince Albert de Monaco). La princesse a accepté de répondre par mail à mes questions sur sa carrière de journaliste :

"Madame, quand et pourquoi avez-vous voulu devenir journaliste?
- Etant adolescente, je voulais devenir comédienne. J'adorais le théâtre et le cinéma, et je pensais sérieusement entreprendre cette carrière. Puis, j'ai choisi d'étudier le droit aux facultés Saint-Louis de Bruxelles avec l'idée de devenir avocate. Après la deuxième candidature, j'ai décidé de faire une licence en communication sociale (journalisme) à Louvain-la-Neuve de 1977 à 1979. L'écriture et les voyages sont des passions que j'ai pu satisfaire dans la profession de reporter.

- Comment ont réagi vos parents, eux qui n'ont pas toujours été épargnés par les journalistes?
- Même si mes parents n'ont pas été épargnés par la presse, ils n'ont jamais essayé de me dissuader. Mon père m'a déclaré à l'époque :  "Si tu agis avec rigueur et honnêteté, le journalisme est l'un des plus beaux métiers du monde".

- Quels souvenirs gardez-vous de vos études de journaliste? Quels rapports aviez-vous avec les autres étudiants?
- Je garde de très bons souvenirs de mes études. Les autres étudiants étaient originaires de différents pays, notamment d'Amérique latine, et nous entretenions d'excellents rapports. J'ai effectué un stage d'un mois à "La Libre Belgique", durant lequel je suis passée par tous les services du journal, à l'exception de la politique intérieure. J'ai choisi d'écrire ma thèse de fin d'études sur le rôle de la presse dans l'affaire Empain, ce qui m'a passionné.

- Vos études de journalisme terminées, quelles étaient vos envies pour votre début de carrière?
- Mes études terminées, j'avais envie de devenir grand reporter et de parcourir le monde. Je n'envisageais pas de travailler dans l'audiovisuel ; je préférais la presse écrite.

- Quand et pourquoi êtes-vous partie travailler à Paris?
- Je suis partie à Paris en 1980 comme stagiaire au "Figaro Magazine", dirigé à l'époque par Louis Pauwels. Je souhaitais partir à l'étranger qui offrait, pour moi, une plus grande liberté d'action et la possibilité de travailler comme n'importe quelle autre journaliste.

- Comment s'est passé ce stage au "Figaro Magazine"?
- C'était passionnant pour moi de me trouver au sein d'un magazine d'un tel renom avec des journalistes de grande envergure. Je me souviens des réunions de rédaction durant lesquelles Louis Pauwels demandait à chacun de donner des idées de reportages. Chaque journaliste, y compris stagiaire, avait son temps de parole et il valait mieux présenter un bon projet devant le patron! Je suis restée un an et j'ai eu l'occasion de signer plusieurs articles dont une interview d'Axel Springer, le grand patron de presse allemand.

- Ce départ en 1980 représente aussi une plus grande liberté et indépendance par rapport à votre vie au domaine royal d'Argenteuil?
- Tout à fait. C'était la première fois que j'habitais seule dans un appartement et que je devais me débrouiller sans l'aide de personne. Mon père est venu habiter plusieurs jours dans mon appartement et ma mère venait souvent passer une journée à Paris et déjeuner avec moi. De toute façon, je revenais à Argenteuil pour de nombreux week-ends.

- Qu'avez-vous fait après ce stage au "Figaro Magazine"?
- Après le stage au "Figaro Magazine", je suis restée à Paris et j'ai collaboré, en free lance, à de nombreux magazines français, allemands, italiens et espagnols, réalisant des interviews du monde du spectacle, des arts, des sciences et des entrepreneurs. J'ai également réalisé des reportages de décoration. J'ai exercé mon métier de journaliste jusqu'en 1998, date à laquelle j'ai quitté Paris pour Londres où je me suis mariée.

- Parmi tous ces articles écrits entre 1980 et 1998, pouvez-vous nous en citer cinq qui vous tiennent particulièrement à coeur?
- J'ai eu la chance d'interviewer des hommes de science comme l'Américain Robert Gallo ou le chirurgien Michael Debakey, des stars tels qu'Anthony Quinn, John Cassavetes, Brigitte Bardot, des grands sportifs tels que Bjorn Borg, des chefs d'entreprise comme Enzo Ferrari ou Axel Springer, ...

- Sous quel nom avez-vous choisi d'écrire ces articles? Est-ce que votre titre de princesse vous a ouvert ou fermé des portes?
- J'ai écrit sous le nom "Esmeralda de Belgique" et aussi "Esmeralda de Réthy". Mon nom m'a ouvert quelques portes, bien entendu, mais parfois c'était un inconvénient et finalement, ce qui compte, c'est le professionalisme que l'on doit prouver sur le terrain.

- Quel regard portaient vos parents sur votre carrière de journaliste?
- Mes parents étaient fiers, je pense, que je sois indépendante et que j'exerce un métier que j'aime.

- Avez-vous eu envie de les interviewer?
- J'aurais aimé le faire mais ils n'auraient pas accepté.

- Que faisiez-vous durant vos temps libres à Paris, quels étaient vos endroits préférés?
- J'ai adoré la ville de Paris où j'ai habité 16 ans (car j'ai également résidé à Milan en Italie pendant plusieurs mois). A Paris, j'aimais flâner dans les rues ou sur les quais de la Seine, entrer dans les librairies de quartier, visiter et revisiter les musées comme, par exemple, celui consacré à Rodin, prendre un brunch le dimanche au café Flore sur le boulevard Saint-Germain, et surtout être en compagnie de mes amis.

- Avez-vous des modèles comme journalistes?
- Mon premier héros du journalisme était un grand écrivain :  Joseph Kessel. Grâce à Marcel Jullian qui fut son ami, j'ai la chance de posséder un exemplaire dédicacé de son livre sur l'aviateur Jean Mermoz. J'ai toujours admiré les grands reporters comme Oriana Fallaci ou Marie Colvin, assassinée il y a peu.

- Comment vous est venue l'idée d'écrire la biographie du couturier Christian Dior?
- J'avais préparé un article de presse sur les 50 ans de la Maison Dior en 1997 et, pour ce faire, interviewé de nombreuses personnes qui avaient connu Christian Dior et qui avaient travaillé avec lui. J'ai découvert tellement d'anecdotes et d'informations que j'ai pensé que cela valait la peine d'écrire un livre.

- Quel regard portez-vous sur l'évolution de la presse écrite face à Internet et aux réseaux sociaux?
- Internet et les réseaux sociaux ont révolutionné l'information ces dernières années. Tout va beaucoup plus vite et tout est plus transparent. C'est un avantage qui rend la censure plus difficile et qui nous permet d'avoir accès à énormément de sources. Mais il faut également être très prudent car on trouve le meilleur et le pire sur Internet. Les journalistes ont plus que jamais un rôle d'intermédiaire à jouer pour donner de la crédibilité aux informations.

- Par rapport à votre mère et à votre frère, votre expérience de journaliste n'a-t-elle pas été aussi un avantage pour bien communiquer avec la presse et les médias à partir de 2001 lorsque vous êtes sortie de l'ombre pour la promotion de votre livre sur le roi Léopold III?
- Certainement.

- Maintenant que vos enfants sont plus grands, aimeriez-vous reprendre votre carrière de journaliste?
- Je me considère toujours une journaliste, même si je me consacre davantage à la rédaction d'ouvrages depuis plusieurs années.

- Merci Madame d'avoir accepté de répondre à ces questions".

Retrouvez les deux autres interviews par mail que m'a accordées la princesse :

- sur son père le roi Léopold III :   http://familleroyalebelge.blogspot.be/2009/09/la-princesse-marie-esmeralda-nous-parle.html

- sur son frère le prince Alexandre :   http://familleroyalebelge.blogspot.be/2010/07/marie-esmeralda-nous-parle-de-son-frere.html

mercredi 14 septembre 2011

La princesse Lilian de Belgique

                                                                                
Née en 1916 à Londres, Lilian est le septième enfant d'un couple d'Ostendais réfugié en Angleterre en raison de la guerre. Son père Henri Baels sera notamment avocat, échevin, administrateur de sociétés de pêcherie, député à la Chambre, ministre de l'Agriculture et des Travaux publics, et gouverneur de la province de Flandre Occidentale à partir de 1933. Elle fréquente l'école primaire des Soeurs de Saint-Joseph à Ostende, puis l'Institut des Dames du Sacré-Coeur. Elle parle le français, le néerlandais et l'anglais. Sa famille s'installe à Knokke en 1931 et fuit en France lors de l'invasion allemande de 1940. Fille de gouverneur, Lilian rencontre plusieurs fois avant la guerre le roi Léopold lors d'activités officielles, et celui-ci l'invite à jouer ensemble au golf.

Le début de la romance entre Léopold III et Lilian débute en 1940, comme elle l'a raconté plus tard dans "Un couple dans la tempête" : "Le 9 juillet, j'ai ramené mon père qui avait été blessé à la jambe pendant l'exode. Je l'ai conduit en voiture à Laeken. Il voulait voir tout de suite le Roi ou son chargé d'affaires. J'ai attendu dehors et là, j'ai vu ces grilles tenues d'un côté par la Gestapo et de l'autre par la Wehrmacht. Après un petit moment, un Grand Maréchal s'est approché, a frappé à ma vitre, et m'a dit : "Le Roi et la reine Elisabeth aimeraient que vous veniez". J'ai ramené mon père à l'hôtel et je suis revenue au palais. C'était le 9 juillet. J'ai revu le Roi sur un green de golf qu'il a appelé le "green du 9 juillet" à partir de ce moment-là. Il m'a posé des questions sur la situation en France. Et puis, il m'a parlé succintement de ce qu'il s'était passé, de la manière odieuse et injuste dont l'avaient traité la France et l'Angleterre. Ca, c'est notre rencontre du 9 juillet 1940, la première fois où l'on se parlait vraiment... Puis, très vite, j'ai dû ramener mon père pour le faire soigner à Anglet. Je ne suis revenue avec lui que fin 1940 en Belgique. J'habitais alors chez des amis. Et là, j'ai revu le Roi. Il avait reçu ma lettre de Bernay. J'étais enchantée (...) Finalement, je suis revenue en juin 1941. Nous prenions les repas avec la reine Elisabeth... Je ne voyais jamais les enfants, je ne voyais que le Roi et ma future belle-mère que j'avais connue lorsqu'elle venait à Bruges quand mon père était gouverneur. Et puis, un jour, en septembre 1941, le Roi m'a demandé de devenir sa femme. J'ai dit non tout de suite, me rendant compte que c'était de la folie à tout point de vue. Et alors, les conseils ne m'ont pas manqué. Le cardinal Van Roey qui était un ami d'enfance, la reine Elisabeth aussi. On a fait venir mon père ; il ne savait pas de quoi il s'agissait. J'ai envoyé le cardinal pour le lui dire. Mon père m'a demandé si j'étais folle. Je lui ai dit : "Pas du tout, c'est pour çà que j'ai refusé". Le cardinal m'a mis la main sur le genou et m'a dit : "Ma petite, si vous ne l'aimez pas, il ne faut pas en faire le sacrifice". Il n'avait rien compris. Pourtant, il me connaissait bien, il m'avait confirmée. C'est lui qui m'a mariée, a ondoyé et baptisé mes enfants, c'est un grand ami. Mon père, bien que très réticent, a donné son accord le 8 ou le 9 septembre. Mais ma mère ne savait rien, alors que jusque-là, mon père ne lui avait jamais rien caché. Les Allemands ne savaient pas, personne n'a su. Le 11 septembre, le cardinal nous a mariés en toute intimité. Il y avait la reine Elisabeth, nous, mon père, le vicaire et le cardinal. Pourquoi un mariage religieux? Parce que le mariage civil nécessite une certaine publicité, les bans, la venue d'un officier de l'état-civil... Etant donné les circonstances, sous l'Occupation allemande, le Roi pensait que ce n'était pas souhaitable, mais mon père regrettait l'absence du mariage civil. Aussi, des semaines après, quand je me suis rendu compte que j'étais enceinte, donc début décembre, nous nous sommes mariés civilement. Et c'est là que, le 6 décembre dans l'après-midi, j'ai vu les enfants pour la première fois, les deux fils parce que Joséphine-Charlotte était en Italie chez sa tante".

L'annonce de cette union crée la polémique pour trois raisons : 1° Le mariage civil a suivi le mariage religieux (alors que la Constitution belge exige l'inverse). 2° Le Roi est prisonnier des Allemands mais peut penser à ses amours, ce qui n'est pas le cas des autres soldats prisonniers. 3° Beaucoup de Belges restent attachés à la mythique reine Astrid, décédée en 1935. Plus tard, on reprochera aussi à Léopold III d'avoir remercié Hitler pour les félicitations et les fleurs qu'il leur avait envoyées lors de leur mariage. Le Roi annonce que la princesse Lilian renonce au titre de reine, et que leurs futurs enfants n'entreront pas dans l'ordre de succession au trône. Le prince Alexandre naît en juillet 1942.

Avec son époux, la princesse Lilian connaîtra la déportation en 1944 dans la forteresse d'Hirschtein, la Question Royale et l'exil en Suisse de 1945 à 1950. Le roi Léopold III décide d'abdiquer au profit de son fils le roi Baudouin, jeune homme célibataire et timide de 20 ans, qui leur demande d'habiter avec lui à Laeken. Léopold III et Lilian sont à nouveau parents : la princesse Marie-Christine, née en 1951, et la princesse Esmeralda, née en 1956. Les photos prises au cours de cette décennie montrent l'amour et la complicité qui régnaient au sein de cette "famille recomposée", un terme qui n'existait pas à cette époque. Toujours très élégante, la princesse Lilian joue le rôle de Première Dame mais ne parvient pas à se faire accepter des Belges. Suite à l'hospitalisation de son fils Alexandre, elle crée la Fondation Cardiologique Princesse Lilian (plus d'infos sur cette fondation : http://familleroyalebelge.blogspot.be/2013/04/les-55-ans-de-la-fondation.html).

Le monde politique belge suspecte le roi Léopold et la princesse Lilian d'influencer la politique du roi Baudouin. Sous la pression du gouvernement, ceux-ci acceptent en 1959 de quitter le domaine de Laeken. L'Etat met à leur disposition le domaine royal d'Argenteuil qui nécessitera un an de travaux (plus d'infos sur ce domaine : http://familleroyalebelge.blogspot.com/2009/02/le-domaine-royal-dargenteuil.html).

1960 marque un tournant dans la vie de Léopold III et Lilian. Outre leur déménagement, c'est le début de leur mise à l'écart de la famille royale et de leur brouille avec le roi Baudouin. Que s'est-il passé entre eux? Quatre hypothèses existent, mais il est difficile de dire laquelle a joué le plus grand rôle : 1° Les meubles de Laeken emportés à Argenteuil sans concertation avec le roi Baudouin. 2° L'influence de l'Eglise sur le roi Baudouin qu'ils ne voyaient pas d'un bon oeil. 3° La volonté du gouvernement d'éloigner le roi Léopold de son fils. 4° Les caractères très opposés de la reine Fabiola et de la princesse Lilian.

Au domaine royal d'Argenteuil décoré avec goût, Léopold III prépare ses expéditions à travers le monde et s'adonne à sa passion de la photographie, la princesse s'occupe de la Fondation Cardiologique Princesse Lilian et de sa harde de cerfs, la princesse Marie-Esméralda suit des cours particuliers à domicile (la princesse Marie-Christine est pensionnaire à Bruges puis en France). Léopold III et Lilian reçoivent dans la discrétion de nombreuses personnes : ambassadeurs, ministres, anciens combattants, photographes, scientifiques, sportifs, etc. Mais la plus prestigieuse visite à Argenteuil restera celle de la reine Elisabeth II et du prince Philip d'Angleterre en 1966.

En 1983, le roi Léopold III décède et a droit à des funérailles nationales. Il laisse à sa veuve son testament politique qu'il lui demande de faire publier à un moment opportun. Elle crée en 1991 l'asbl Princesse Lilian en mémoire du roi Léopold III afin de rassembler et classer les nombreuses archives du quatrième roi des Belges, et ne fera plus qu'une seule apparition publique pour les 10 ans de la mort de son mari. Par ailleurs, les ponts sont coupés avec sa fille la princesse Marie-Christine qui s'est installée aux Etats-Unis.

Le soir du 31 juillet 1993, Albert II, nouveau chef de famille, lui téléphone pour l'informer du décès du roi Baudouin afin qu'elle l'apprenne avant l'annonce par les médias. Après cette délicate attention, il se rend à plusieurs reprises au domaine d'Argenteuil et il assiste au mariage à Londres de la princesse Esmeralda avec le professeur Salvador Moncada. La princesse Lilian a ensuite la joie d'être grand-mère en 1998 et 2001. De son côté, le prince Alexandre - qui venait voir sa mère presque tous les jours - rend public son mariage avec Léa Wolman, mais cette dernière ne semble pas avoir été bien acceptée par sa belle-mère.

L'image de la princesse Lilian ne s'améliore pas dans l'opinion publique et des rumeurs sont régulièrement relayées par la presse (une supposée liaison avec son beau-fils le roi Baudouin, p.ex.). Evrard Raskin écrit sa biographie dont l'objectif est de démontrer que le deuxième mariage de Léopold III est la cause principale de la Question Royale et de l'abdication du souverain. ("Des années après sa mort, Léopold III apparaît toujours comme l'homme qui s'est marié au mauvais moment avec la femme qu'il n'aurait jamais dû épouser" écrit-il).

Ignorant les critiques, la princesse Lilian continue son travail de mémoire : elle soutient sa fille Esmeralda pour la sortie d'un album-photos intitulé "Léopold III, mon père", elle donne enfin sa version des événements à Claude Désiré et Marcel Jullian pour leur livre "Un couple dans la tempête", et elle fait publier le testament politique de son mari en 2001 à l'occasion du 100ème anniversaire de sa naissance. Un an plus tard, la princesse décède au domaine royal d'Argenteuil et est inhumée dans la crypte royale de Laeken en présence de toute la famille royale belge.

Le gouvernement belge refuse les propositions du prince Alexandre et de la princesse Marie-Esméralda de consacrer le domaine royal d'Argenteuil en un lieu de travail pour les fondations créées par Léopold III et Lilian. A partir de l'automne 2002, le château commence à se vider : les meubles d'Etat empruntés en 1960 retournent à Laeken ; les archives sont transférées au palais royal ; les meubles, robes, bijoux, tableaux et argenterie sont partagés entre les trois héritiers ou vendus par Sothebys. Réputée pour son élégance, la princesse Lilian serait sans doute très heureuse que certaines de ses robes aient été offertes par ses enfants au Musée de la Mode d'Anvers, au Musée du Costume et de la Dentelle de Bruxelles, à la Maison Dior en France et au Musée Balenciaga en Espagne. En septembre 2004, l'Etat vend le domaine royal d'Argenteuil à Jean-Marie Delwart, un riche industriel belge, désireux de s'y livrer à sa passion pour la recherche scientifique en ethologie. La princesse Esmeralda rachète le châlet d'Hinteriss que possédait sa mère, et continue de défendre sa mémoire. Par contre, la princesse Marie-Christine règle ses comptes avec la princesse Lilian dans son autobiographie "La brisure".

Bref, la princesse Lilian est une femme qui a compté dans la vie de trois rois (Léopold III, Baudouin et Albert II) et qui a marqué l'histoire de la dynastie belge. Ses relations avec le prince Charles, la reine Fabiola et les princesses Marie-Christine et Léa ont été difficiles. Sa personnalité continue de susciter la controverse, mais j'espère vous avoir fait connaître un peu mieux sa vie, loin des clichés et des rumeurs. Pour en savoir plus, je vous conseille la lecture de la biographie sérieuse et objective que lui a consacré l'historien Olivier Defrance.

mardi 7 avril 2009

"Un couple dans la tempête : le destin malheureux de Léopold III de Belgique et de la princesse Lilian" (C. Désiré et M. Jullian)

                                             
Cet ouvrage co-écrit par deux Français bénéficie d'une source inédite : le témoignage de la princesse Lilian, veuve du roi Léopold III, qui ne s'était jamais confiée auparavant. Elle y raconte sa rencontre avec son mari, leur mariage en 1941, leur déportation à Hirschtein par les Allemands, leur libération par les Américains, la Question Royale et leur installation à Laeken et Argenteuil. Elle n'évoque cependant pas les raisons de leur conflit avec le roi Baudouin et la reine Fabiola.

Malgré ce prestigieux témoignage, cet ouvrage aurait pu être plus fouillé et plus documenté. On apprend plus d'informations sur le couple royal dans le livre qu'a écrit Michel Verwilghen sur le domaine royal d'Argenteuil. Il ne contient cependant aucune erreur historique.

Autre reproche : Marcel Jullian et Claude Désiré n'évitent pas le piège dans lequel tombent beaucoup d'ouvrages sur les controversés Léopold et Lilian. Les deux auteurs ont choisi leur parti et manquent de neutralité et d'objectivité. Ils n'hésitent d'ailleurs pas à parler d'un "devoir de mémoire" envers le couple royal.

Fidèles à leurs objectifs de départ, Marcel Jullian et Claude Désiré terminent par une conclusion engagée et politique : "Ne devons-nous pas faire plus, nous Français, dont un président du Conseil, par ses propres mensonges, a jeté l'opprobre sur le souverain d'un Etat ami? Pour réparer un tel manquement au code de l'honneur, commis par un chef de gouvernement français dans l'exercice de ses fonctions, la République française, cinquième du nom, ne devrait-elle pas décider de faire acte de repentance à la mémoire du roi Léopold III? Une telle décision nous mettrait en accord avec notre conscience. En outre, elle serait peut-être de nature à entraîner la repentance de la Grande-Bretagne et, qui sait, inciterait-elle la Belgique à entreprendre une campagne de réhabilitation de Léopold III et de la princesse Lilian?".

"Un couple dans la tempête : le destin malheureux de Léopold III de Belgique et de la princesse Lilian" de Claude Désiré et Marcel Jullian, éditions Albin Michel.

mardi 3 février 2009

"Le mythe d'Argenteuil : demeure d'un couple royal" (M. Verwilghen)

                                                        

Ce livre sur le domaine royal d'Argenteuil est très intéressant pour deux raisons : il lève enfin le voile sur une demeure méconnue et il est le premier ouvrage à bénéficier de la collaboration du prince Alexandre et de la princesse Marie-Esméralda de Belgique, enfants du roi Léopold III et de la princesse Lilian.

Située aux confins de la forêt de Soignes, cette gentilhommière a été construite en 1930 par les architectes new-yorkais Delano et Aldrich à la demande du riche ingénieur américain William Tuck, docteur honoris causa de l'ULB, qui vivait en Belgique et avait épousé une jeune fille anversoise Hilda Bunge. A partir de 1933, le couple et leurs trois enfants séjournent régulièrement dans leur résidence d'été à Argenteuil qui a le grand honneur d'accueillir l'ancien président américain Herbert Hoover, ami de William Tuck.

Durant la seconde guerre mondiale, la demeure est sérieusement endommagée par des troupes allemandes et alliées. Elle est vendue en 1949 à l'Etat belge qui le propose à l'ancien régent Charles en 1951. Mais il ne l'aime pas et ne s'y installera donc jamais. Quelques années plus tard, Argenteuil accueille les hôtes de marque du gouvernement lors de l'Exposition Universelle de Bruxelles en 1958.

En 1959, le domaine est mis à la disposition du roi Léopold III, de la princesse Lilian et de leurs trois enfants. Ils s'y installent un an plus tard après des travaux bien nécessaires. Dans ce livre, Michel Verwilghen dit enfin la vérité sur "l'affaire des meubles volés" qui a fait couler tant d'encre depuis 1960...

Dans ce château décoré avec goût, le Roi prépare ses expéditions à travers le monde et s'adonne à sa passion de la photographie, la princesse s'occupe de la Fondation Cardiologique Princesse Lilian et de sa harde de cerfs, les princesses Marie-Christine et Marie-Esméralda ont des cours particuliers à domicile. Léopold III et Lilian reçoivent dans la discrétion de nombreuses personnes à Argenteuil : ambassadeurs, ministres, anciens combattants, photographes, scientifiques, sportifs, etc. Mais la plus prestigieuse visite restera celle de la reine Elisabeth et du prince Philip d'Angleterre en 1966.

En 1983, Léopold III décède et a droit à des funérailles nationales. Sa veuve continue de résider à Argenteuil et de subir régulièrement les critiques d'historiens ou de journalistes. Elle crée en 1991 l'asbl Princesse Lilian en mémoire du roi Léopold III (dont l'auteur de ce livre était administrateur délégué) afin de rassembler et classer les nombreuses archives du quatrième roi des Belges.

Dans son testament, la princesse Lilian (décédée en 2002) exprime le souhait d'être enterrée au domaine royal d'Argenteuil et d'y laisser le mobilier et les archives afin d'accueillir les réunions des fondations créées par Léopold III et Lilian. Ces demandes sont rejetées par le gouvernement Verhofstadt. A partir de l'automne 2002, le château commence à se vider : les meubles d'Etat empruntés en 1960 retournent à Laeken ; les archives sont transférées au palais royal ; les meubles, robes, bijoux, tableaux et argenteries sont partagés entre les trois héritiers ou vendus par Sotheby's. En septembre 2004, l'Etat vend le domaine à Jean-Marie Delwart, un riche industriel belge, désireux de s'y livrer à sa passion pour la recherche scientifique en ethologie.

En conclusion, cet ouvrage très intéressant et très documenté de Michel Verwilghen contient de nombreuses informations historiques inédites qui aideront les futurs biographes de Léopold III, Lilian, Charles, Baudouin, Albert II, Alexandre, Marie-Christine et Esmeralda. Un seul reproche : l'auteur - qui était un proche de la princesse Lilian - manque parfois de recul et d'objectivité, notamment lorsqu'il évoque le prince Charles, qui a été un bon régent malgré son attitude ambigüe envers son frère aîné.

"Le mythe d'Argenteuil : demeure d'un couple royal" de Michel Verwilghen, éditions Racine, 2006

(Article actualisé en novembre 2019)

Fin 2019, on apprend que Jean-Marie Delwart met en vente le domaine royal d'Argenteuil qu'il avait acquis quinze ans plus tôt. Il s'est confié à la presse :

"J'ai 80 ans et je deviens vieux. Je n'ai pas de succession pour Argenteuil :  mes enfants vivent leur vie à l'étranger et sont heureux. Je suis un peu triste de devoir vendre mais je ne me vois pas y vivre en fauteuil roulant. J'ai mis en vente dans deux agences :  l'une en Belgique (L'Immobilière Le Lion), l'autre à l'étranger (Sotheby's). Il y a quelques années, j'ai eu quelques offres ; elles remontent entre cinq et dix ans (d'un Chinois, d'un Russe, d'un Arabe, d'un Français qui voulaient déménager en Belgique). J'aurais bien été embêté si j'avais donné un prix et qu'ils m'auraient dit oui. L'idéal, à la limite, ce serait une vente en viager. Je ne suis pas pressé en effet car l'endroit est très beau. Il y a de grandes plaines et des cerfs, mais on vieillit tous et il faut pouvoir gérer tout ça. J'y vis depuis 15 ans. C'est resté un endroit de mystère :  quand on y rentre le soir, il y a cette longue allée sombre qui mène à la maison isolée. Quand on y entre, c'est comme dans un monastère. Il y a un sentiment de lourdeur calme. On sent qu'il est chargé d'histoire. La reine Elisabeth II d'Angleterre y est venue. Valéry Giscard d'Estaing aussi. J'y ai planté 3.000 plantes. Au printemps, c'est magnifique. Il y a le bureau du roi Léopold III, sa bibliothèque. On m'a confié des photos et des tableaux privés. Personne n'est jamais venu me les redemander. Aujourd'hui, je mène un peu une vie de reclus :  je ne sors plus, je ne reçois presque plus. Chaque année, la princesse Esmeralda organise un repas au château pour la Fondation Cardiologique Princesse Lilian".