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lundi 28 mars 2022

Les premiers mois de la Régence en 1944

Le 20 septembre 1944, la Chambre et le Sénat se réunissent pour élire un régent. Le candidat doit obtenir la majorité absolue parmi les 270 députés et sénateurs présents. Lors du premier tour, 169 parlementaires s'expriment en faveur du prince, contre 100 bulletins blancs et un vote nul. Les socialistes se sont abstenus pour montrer leur préférence à une république, mais votent pour Charles lors du second tour, au cours duquel il obtient désormais 217 voix. La gauche le soutiendra fidèlement durant toute la Régence car elle était consciente qu'il avait de la sympathie pour eux. Une délégation de dix personnes (dont la sénatrice socialiste Marie Spaak, mère du ministre des Affaires étrangères) se rend aussitôt au palais royal pour annoncer au comte de Flandre sa nomination.

La prestation de serment du prince a lieu le lendemain en présence de la reine Elisabeth et du cardinal Van Roey. Très tendu, il porte l'uniforme de colonel des Guides et est accompagné de Robert Goffinet, de son aide de camp le baron de Maere et de son officier d'ordonnance le commandant de Prêt. Après le serment constitutionnel en français et en néerlandais, il prononce un discours répondant à la volonté d'apaisement du gouvernement :  

"Membre de la dynastie, je suis avec elle au service de la Nation. C'est dans cet esprit que j'ai répondu à l'appel qui m'a été fait et que je reçois le dépôt provisoire de l'autorité constitutionnelle que, par vos mains, le pays me remet. Je vous remercie, Mesdames et Messieurs, de votre confiance. Au moment d'assumer cette mission, ma pensée se porte vers le Roi. J'aspire à l'heure où nous le verrons, lui aussi libéré, avec nos prisonniers, avec nos déportés, où nous le verrons reprendre les pouvoirs constitutionnels qui lui appartiennent. C'est en son nom que, dès maintenant, j'adresse à nos puissants Alliés le témoignage de la gratitude de la Belgique, que je remercie tous les patriotes, soldats, membres des organisations de résistance, civils et religieux, et que je m'incline devant les martyrs de notre cause.

Certains d'être en parfaite communauté de sentiment avec le Roi et de me conformer à son ultime appel à l'union des Belges, j'estime que nous devons accueillir tous les concours, d'où qu'ils viennent, et ne repousser que les mauvais citoyens sur lesquels une juste répression doit s'abattre. Cette solidarité nationale s'impose au gouvernement de demain. Il convient donc d'y mesurer largement la place à des patriotes de l'intérieur, sans changer, au moment où le navire approche du port, tous les pilotes qui, par leurs efforts, ont, eux aussi, bien mérité du pays.

Le gouvernement aura en même temps à faire face à toutes les difficultés que l'état de guerre entraîne dans tous les domaines vitaux de la Nation. Cette tâche sera lourde, mais avec la grâce de Dieu et la bonne volonté de tous les citoyens, la Belgique reprendra graduellement sa vie économique ; et le Roi, à son retour, trouvera, je le souhaite, une atmosphère de paix sociale, d'ardeur au travail et de discipline librement consentie".

Le 21 septembre 1944, Messieurs Cornil et Jamar, respectivement procureur général à la Cour de Cassation et premier président de la Cour de Cassation, demandent au baron Holvoet, chef de cabinet du Régent, à être reçus en audience. Charles les rencontre le 23 septembre et reçoit les deux enveloppes avec le testament politique de Léopold III. Averti par Hubert Pierlot du contenu de ce document, il leur explique qu'il n'en tiendra pas compte car il ne veut pas mettre en difficulté la volonté d'apaisement du premier ministre.

Le gouvernement de guerre démissionne le 22 septembre. Quelques jours plus tard, Hubert Pierlot présente un gouvernement d'union nationale réunissant les catholiques, les libéraux, les socialistes et les communistes. Il tiendra cinq mois. Seuls cinq ministres du gouvernement de Londres restent en fonction :   Hubert Pierlot, Paul-Henri Spaak, Camille Gutt, August De Schryver et Albert De Vleeschauwer. La reine Elisabeth reproche à Charles de ne pas avoir suivi les recommandations du roi Léopold contenues dans son testament politique en confiant la direction du premier gouvernement de la Régence à Hubert Pierlot.

Afin de marquer solennellement la reprise des fonctions gouvernementales sur le territoire belge, le premier conseil des ministres a lieu dans la Salle des Marbres au palais royal le 27 septembre 1944, sous la présidence du prince Charles. Deux points importants sont à l'ordre du jour :   le ravitaillement et l'assainissement financier (le plan du ministre Camille Gutt).

Le Régent fait son possible pour rester au-dessus des partis politiques. Il ordonne que le secrétariat royal, fer de lance du mouvement léopoldiste, soit installé en dehors du château de Laeken, afin de montrer son impartialité. Il décide que le drapeau belge marquant la présence du chef de l'Etat au palais royal de Bruxelles flotterait durant la Régence sur une aile et non au milieu du bâtiment principal comme il se doit pour signifier la présence du Roi. Mais les léopoldistes lui reprochent d'avoir porté un képi où figurait la lettre A du règne précédent et non le L de Léopold III.

Sous la Régence, le protocole est simplifié par Charles qui a l'art de mettre tout le monde à l'aise. Lors des audiences, les ministres ne doivent plus porter la jaquette et sortir à reculons, ont le droit de s'asseoir (ils restaient debout auparavant) et se voient offrir un verre de whisky. Il était également fréquent que le Régent les invite avec leur épouse à passer un week-end en sa compagnie au château de Ciergnon dans les Ardennes. 

Pierre Stéphany dresse le portrait du Régent dans son livre "La Belgique sous la Régence (1944-1950)" :    "Fantasque, subtil, naïf, rusé, méfiant, candide, intuitif, curieux, imprévisible, il y avait du Racine et du Courteline chez ce personnage que le destin vint chercher, dans la force de l'âge, pour en faire un monarque à titre précaire (...) Des railleurs, en 1944, le surnommèrent Whisky Ier. Capable d'étonner par son intelligence politique, comme il le montra plus d'une fois au long de la Régence, il déconcertait aussi bien par son goût pour la bringue et par ses sautes d'humeur. Raide et maladroit, comme Léopold III, devant les intrigues, il eut la chance, pendant la Régence, de se voir entouré d'hommes remarquables qui encouragèrent sa volonté réfléchie et sa prudente discrétion. Ainsi exerça-t-il pendant six ans une influence réelle, aidée par sa curiosité, son humour et sa réceptivité". 

En septembre 1944, Charles retrouve sa propriété de Raversijde dans un triste état. Elle a été occupée durant la guerre par la marine allemande. Toutes les maisons sont vides et le terrain est rempli de blocs de béton, suite à l'explosion d'un abri à minutions. A l'automne 1944, le domaine princier est déminé. Le Régent refuse la démolition des imposants ouvrages allemands, devenus aujourd'hui une attraction touristique de la côte belge. 

Le prince Charles envoie un télégramme personnel à 14 chefs d'Etat étrangers pour les informer de la situation politique en Belgique et rendre hommage aux Alliés :   le général Charles de Gaulle, la reine Wilhelmine des Pays-Bas, le roi George VI d'Angleterre, le président américain Roosevelt, le roi Gustave V de Suède, Tchang Kai-Chek, le pape Pie XII, la grande-duchesse Charlotte de Luxembourg, le Politburo de Moscou, le roi George II de Grèce, le roi Pierre Ier de Yougoslavie, le roi Haakon VII de Norvège, ainsi que les présidents polonais et tchécoslovaque. Le ministre des Affaires étrangères Paul-Henri Spaak trouve cette initiative exagérée :   "Il ne s'agit que d'une régence et non d'un changement de règne !".

Le 4 octobre 1944, le nouveau régent effectue une de ses premières sorties publiques en rendant visite aux blessés de l'hôpital Depage. Il rencontre aussi les victimes des bombardements à Anvers, dont il apprécie le bourgmestre Camille Huysmans. La Wallonie n'est pas oubliée par Charles qui visite la mine de Jumet le 20 octobre 1944.

En politique étrangère, le Régent estime que son rôle est d'entretenir de bonnes relations avec les chefs d'Etat étrangers. Le 13 octobre 1944, il déjeune à Anvers avec le roi George VI d'Angleterre, le maréchal Montgomery, des officiers supérieurs britanniques et canadiens. Le 9 novembre 1944, il rencontre à Bruxelles le général Eisenhower, commandant en chef des troupes alliées. Afin de montrer sa solidarité avec nos voisins néerlandais, Charles offre 50.000 francs au National Comité voor Bijstand aan Nederland.

Dans son livre "Belgique est leur nom :  160 ans d'histoire de notre dynastie nationale (1831-1991)", l'historien Christian Cannuyer souligne :   "Dans l'exercice de sa fonction, le prince Charles révéla une compétence inattendue et une séduction certaine, surtout dans le domaine international. De Gaulle lui-même, pourtant avare de louanges, reconnut son habileté".

Le prince Charles et la reine Elisabeth assistent à un Te Deum à la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule à Bruxelles le 15 novembre 1944, jour de la fête du Roi, appelée fête de la Dynastie sous la Régence. La cérémonie est marquée par les nombreux "Vive le Roi" criés dans l'église.

Son premier voyage officiel a lieu à Londres du 5 au 12 décembre 1944. Aucun ministre belge ne l'accompagne. Il rencontre le roi George VI et Winston Churchill, mais aussi des souverains européens s'étant réfugiés à Londres durant la guerre :   la grande-duchesse Charlotte de Luxembourg, le roi Haakon de Norvège et la reine Wilhelmine des Pays-Bas.

Une note de Miss Sykes, secrétaire du baron de Cartier de Marchienne, ambassadeur de Belgique à Londres, a été retrouvée dans les archives d'Argenteuil par Jean Cleeremans et révélée dans son livre "Léopold III, homme libre" :

"Le prince Charles vint une première fois à Londres en automne 1944. Son attitude fut parfaitement correcte vis-à-vis de son frère. Il déclarait qu'il était là pour garder la place pour son frère. Il a vu des membres de la famille royale anglaise et certains ministres. C'était plutôt une visite personnelle, au cours de laquelle le Régent s'efforça de renouer des contacts. Une deuxième fois, le Régent est venu à Londres, accompagné de Mr de Staercke, son secrétaire. Tout le monde s'est instanément rendu compte que l'attitude du prince avait changé, surtout par le fait de la présence de de Staercke à ses côtés, qui ne lâchait le Régent à aucun moment, le suivant au téléphone et partout où il allait... Au cours de cette visite, le prince et Mr de Staercke furent reçus par le roi d'Angleterre à Sandringham. C'est à cette époque que pour la première fois parut dans la presse anglaise un articulet laissant pressentir qu'il y avait un désaccord entre le Régent et son frère le Roi".

L'Office National de Sécurité Sociale (O.N.S.S.), pilier du système social belge, est créée le 28 décembre 1944. Charles a confié plus tard à l'historien Jo Gérard :  "J'approuvais cette nouvelle institution, car j'avais l'impression d'agir comme le roi Albert, qui, aussitôt après la guerre de 1914-1918, voulut réaliser deux importantes réformes sociales :  la journée de huit heures et le suffrage universel".

Cliquez ci-dessous sur "Charles" pour retrouver d'autres articles consacrés au prince-régent.


lundi 24 juin 2019

"Le prince Charles" (Vincent Leroy)

                  1° Présentation de ce livre

Déjà parue en 2007,  cette biographie est ré-éditée à l'occasion du 75ème anniversaire du début de la Régence.

Le prince Charles de Belgique était le fils cadet du roi Albert Ier et de la reine Elisabeth. Après sa formation militaire dans la marine britannique, il mène une vie tranquille et discrète jusqu'en 1944. Suite à la déportation du roi Léopold III en Allemagne, les Chambres réunies le nomment régent du royaume. Il exerce pendant six ans ses nouvelles fonctions avec sérieux et simplicité, et est apprécié du monde politique. Par contre, son frère lui reproche son manque de soutien durant la Question Royale. Après 1950, Charles coupe les ponts avec sa famille et se réfugie dans sa propriété de Raversijde à la côte belge, où il s'adonne à la peinture sous le nom de Karel van Vlaanderen. Les dernières années de sa vie sont marquées par plusieurs procès intentés par le prince et par ses expositions de peinture qui suscitent la curiosité et l'intérêt du public. Il décède en 1983 à Ostende et la Belgique organise des funérailles nationales pour son ancien régent oublié de tous. Son domaine de Raversijde est aujourd'hui ouvert au public.

2° Présentation de l'auteur

Passionné par l'histoire belge contemporaine, Vincent Leroy est, depuis 2005, l'auteur de neuf ouvrages :
   - "Chroniques du règne d'Albert II", éditions Azimuts, 2005, ré-actualisé en 2006
   - "Le poète belge Emile Verhaeren", éditions Azimuts, 2006
   - "Le prince Charles de Belgique", éditions Imprimages, 2007, ré-actualisé en 2019
   - "Les 70 ans de la reine Paola",  éditions Imprimages, 2008
   - "Le prince Laurent et la princesse Claire",  éditions Imprimages, 2009
   - "Les 180 ans de la Belgique", éditions Imprimages, 2010
   - "La princesse Astrid de Belgique", éditions Imprimages, 2011, ré-actualisé en 2016
   - "Les 75 ans de la reine Paola", éditions Imprimages, 2012
   - "Le règne du roi Albert II", éditions Imprimages, 2013

Plus d'infos sur l'auteur :    www.vincentleroy.be

3° L'avis de bloggeurs sur cette biographie

Régine Salens (Noblesse et Royautés) :   www.noblesseetroyautes.com/livre-le-prince-charles 

Valentin Dupont (Royalement Blog) :  http://royalementblog.blogspot.com/2012/04/le-prince-charles-de-belgique-de.html

lundi 24 juillet 2017

Expo sur le prince-régent Charles cet été au palais royal

                                    

Par une étrange coïncidence, deux princes moins connus de notre dynastie sont l'objet d'une exposition cet été :    le prince Alexandre, fils cadet du roi Léopold III, au château de Corroy-le-Château (une exposition dont je vous ai déjà parlé), et le prince Charles, fils cadet du roi Albert Ier, régent de Belgique de 1944 à 1950, au palais royal de Bruxelles.

Organisée par l'asbl Dynastie et Patrimoine Culturel (ex Amis du Musée de la Dynastie), cette exposition gratuite a été inaugurée par le Roi et la Reine, et est ouverte au public jusqu'au 3 septembre 2017.

C'est l'occasion de (re)lire des articles qui lui sont consacrés :

- Sur son enfance :  http://familleroyalebelge.blogspot.be/2015/05/lenfance-du-prince-charles-de-belgique.html

- Sur ses années britanniques (de 1914 à 1926) :  http://familleroyalebelge.blogspot.be/2015/05/les-annees-britanniques-du-prince.html

- Sur son retour en Belgique (de 1926 à 1940) : http://familleroyalebelge.blogspot.be/2015/06/le-prince-charles-de-retour-en-belgique.html

- Sous l'Occupation (de 1940 à 1944) :  http://familleroyalebelge.blogspot.be/2015/07/le-prince-charles-de-belgique-sous.html

- Ses funérailles en 1983 :  http://royalementblog.blogspot.be/2013/06/il-y-30-ans-les-funerailles-du-prince.html

- Le Mémorial Prince Charles à Raversijde :  www.noblesseetroyautes.com/raversijde-dans-lintimite-du-prince-charles

lundi 20 juillet 2015

Le prince Charles de Belgique sous l'Occupation (1940-1944)

Colonel à l'état-major de la Cavalerie, le prince Charles participe modestement du 10 au 28 mai 1940 à la campagne contre l'invasion allemande. Il n'exerce pas de commandement mais effectue des missions. Il parcourt 4.800 km en auto en 18 jours. Il a notamment cherché des survivants sous les ruines de maisons bombardées dans sa chère ville d'Ostende. Il était présent le 21 mai 1940 à l'hôtel de ville d'Ypres lors de la rencontre entre le général Weygand, commandant en chef des forces françaises, et le roi Léopold III. Après la capitulation de l'armée belge, il est transféré de Bruges à Bruxelles avec la reine Elisabeth sous escorte allemande. Pendant la guerre, il peut circuler librement en Belgique et tente d'améliorer le sort des soldats prisonniers. D'après Gunnar Riebs, il aurait caché pendant quelque temps au palais royal Adrien Goffinet, le neveu de Robert, qui n'avait pas répondu à l'ordre d'aller travailler en Allemagne.


L'historien Jo Gérard demanda un jour au prince pourquoi il n'était pas parti à Londres en 1940. Il lui répondit :   "Parce que la Belgique m'a toujours collé aux semelles, comme elle colle aux chansons de Brel. C'est la même chose, comprenez-vous?".

C'est au début des années 40 que le comte de Flandre devient l'ami du peintre belge Alfred Bastien (1873-1955). Sa famille est originaire de Welden près d'Audenaerde mais les parents d'Alfred se sont installés avec leurs neuf enfants à Ixelles. Doué et intelligent, il effectue ses études à l'Athénée de Gand, aux Académies des Beaux-Arts de Gand et Bruxelles. Il devient ensuite le modèle et l'ami du sculpteur Jef Lambeaux, l'auteur de la célèbre fontaine de la Grand-Place d'Anvers. Après un premier mariage raté avec la cantatrice Georgette Leblanc, il effectue un long voyage en 1903 (France, Espagne, Angleterre, Algérie et Maroc). En 1911, à la demande d'Albert Ier, le gouvernement belge commande à Alfred Bastien et Paul Mathieu l'édification d'un Panorama du Congo destiné à l'Exposition Universelle de Gand de 1913. Durant la première guerre mondiale, il est volontaire de guerre au sein de la Section Artistique de l'armée belge, ce qui lui permet de côtoyer régulièrement le roi Albert et la reine Elisabeth derrière les tranchées. Après la guerre, Alfred Bastien peint le Panorama de la Bataille de l'Yser et revoit régulièrement les souverains lors d'événements artistiques. Son deuxième mariage avec Alice Johns, surnommée Johnnie, sera beaucoup plus heureux. Il sera ensuite élu membre de l'Académie Royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique. Cinquante après sa mort, la publication en 2005 de son journal intime offre aux historiens de nombreux renseignements sur la famille royale et les artistes de son époque.




Dans son journal intime du dimanche 16 mars 1941, Alfred Bastien raconte :   "Johnnie me met tous mes beaux atours pour que je rencontre le prince Charles qui m'a fait l'honneur de m'inviter à déjeuner au palais royal avec le baron Robert Goffinet. Ce fut tout simplement cordial et discret. Il a tout des manières affables et délicates de sa douce mère, la reine Elisabeth. Il a ses bons yeux et sa voix.

La chambre où il se tient est un peu celle d'un musicien. Il y a un grand et très vilain orgue dont les flûtes ont été dorées. Un grand et un petit piano. Et des radios gramophones. Certes, la musique doit être un hobby. Il a dans une vitrine des reproductions en plomb de toutes les unités de guerre sur lesquelles il a fait son éducation de marin en Angleterre et nous avons souri en touchant ce "Renown" que les boches ont déjà si souvent touché, brûlé, coulé... Si tout le reste est aussi vrai... Il y a du bon pour la marine du Roy!

Pas de peinture moderne, mais deux beaux petits Antonio Moro, le portrait d'homme surtout. Une belle copie d'un Van Dyck. Une chanoinesse célèbre. Et je vois avec plaisir des reproductions de célèbres Géricault. Nous sommes en bonne société.

Le prince aime bricoler lui-même. Il furète aussi aux ventes. Fait des trouvailles parfois de toiles sans cadre qui témoignent de son goût sûr. Il a entrepris de remembrer toute une aile du palais royal qui lui est dévolue avec tout ce qu'il a trouvé de meilleur dans les anciennes acquisitions de ses ancêtres. Et il a décroché les modernistes qui iront ailleurs. Je remarque en passant que le sinistre Henry Van de Velde avait apporté déjà ses ravages dans le palais royal, mais le prince en a désormais le commandement et a repris le goût léopoldien qui est ici tout à fait à sa place.

Autour d'un vieux poêle en faïence blanche, nous buvons un cocktaïl debout et il entre en propos. Il me fait l'amitié de dire qu'il a gardé et encadré un croquis de lancier que j'ai fait un jour au banquet de l'Ecole Royale Militaire lors d'un joyeux "Pampon" de l'école d'application, où nous étions voisins de table et où il chanta à pleine gorge avec les bleus fraîchement promus. De la guerre, pas un mot, mais en ces termes énergiques et en bloc, il est de notre avis : cela ne peut plus durer longtemps.

Le déjeuner servi sur une petite table dans une salle attenante fut cordial et frugal. Le même pain noir que tout le monde et je crois que Johnnie fait une meilleure soupe au poireau que le chef du Roi! Le soufflé au fromage était une croûte noire qu'il a bravement dégustée comme nous et il ne boit même pas de vin. Aucun fruit. Mais après le repas, un rubis de Porto, du café noir et une fine royale. Le prince m'a fait l'hommage de m'offrir encore un cigare de son père, notre illustre roi Albert...qui n'a pas de portrait au palais.

Nous visitons ensuite tous les grands salons que le prince a entrepris de remettre en ordre depuis deux ans. Ah! Le roi Léopold Ier aimait les peintres et il avait bien commencé... Il y a là des effigies superbes dans le style pompeux de Winterhalter, Gallait, De Keyser, De Winne, de toute la famille royale et les plus touchants sont celles de l'impératrice Charlotte, si belle, si résolue, si malheureuse aussi. Un admirable tableau. La reine Louise-Marie de France et un admirable portrait de grand apparat de Marie-Thérèse d'Autriche par Robert. Un très beau tableau...

Le prince s'intéresse à tout. Le moindre détail d'étoffe, du mobilier ou de textile l'inquiète et il me demande de lui trouver un homme sûr pour réparer certains tableaux mal retouchés. Il veut venir voir avec moi chez Hendrickx. Il sera ravi. A la fin de la visite, nous avons fait le ferme propos de nous revoir et je crois bien que nous n'en resterons pas là".

Alfred Bastien avait raison :  le prince Charles l'invite à nouveau à déjeuner avec Robert Goffinet le 16 avril 1941 au palais royal. Il veut montrer au peintre l'endroit où il a accroché un de ses tableaux offert par Robert Goffinet. Le menu est frugal ; le cuisinier n'avait pas trouvé de viande. Les trois hommes ont discuté de peinture, d'Afrique et de la théorie de Brück enseignée à l'Ecole Royale Militaire.


Début juillet 1941, Alfred Bastien reçoit la visite du comte de Flandre :    "Le baron Goffinet me téléphone pour nous prier de le recevoir avec un ami vers cinq heures... Cette visite imprévue fut assez drôle au début. Le chauffeur du prince avait sonné à la porte de mon voisin, la nôtre garde toujours les marques de l'agression du 10 mai 1940. Alors, comme j'avais entendu une auto s'arrêter à notre porte, je l'ouvre et je vois le prince qui s'affuble d'énormes lunettes bleues. Il m'aborde et me dit : j'ai dû mettre ma fausse barbe pour cette bonne femme ahurie qui était à sa porte par erreur... Il a de ces gamineries de collège anglais.

Et, tout de suite, il me demande à voir Mme Bastien. C'est gentil de voir ce bon géant se pencher vers elle et qui lui parle en anglais tout bas. Robert Goffinet est radieux. Il montre la maison comme un bon guide et le prince Charles contemple en connaisseur. Il prend les petits tableaux en main, comme dans un curiosity shop. Il aime la façon homely nest et la profusion des fauteuils, des vieux meubles, du feu ouvert, des bûches et de maints objets. Il a connu le ménage Gardon qui fut si bon pour moi, le Tavistock Square et il aime les choses que nous aimons.

Il blague des frontaises qui ont été si déplorablement à la mode et ne ménage pas les grotesques :  "J'ai définitivement rompu avec toute cette racaille de Laethem-Saint-Martin qui a fait tant de mal à ma mère". Et il nous raconte des histoires de meubles de Courtrai payés 25.000 francs qui n'ont pas résisté au soleil d'un seul été. Et les tapis de De Saedeleer et les tableaux de Servaes, Saverys et Permeke :  "J'ai mis tout çà à la porte et au grenier. Mon père déjà ne pouvait plus les voir".

Il me prie d'accepter un tableau de guerre qu'il a retrouvé au palais royal. C'est une scène de 1870. Il veut que je lui fasse un portrait de son ami Robert Goffinet en tenue - et le sien aussi - un autre portrait de grand apparat du roi Albert Ier qui manque au palais".

C'est le début de la collaboration et de l'amitié entre Alfred Bastien et Charles. Ce dernier vit dans une aile du palais royal de Bruxelles sous la surveillance de soldats allemands et n'a plus droit à aucune activité publique. Il consacre son temps à sa passion pour la peinture et la décoration. De leur côté, le roi Léopold III et sa mère la reine Elisabeth habitaient au domaine de Laeken.


Sa passion pour la décoration est confirmée par son secrétaire André de Staercke dans ses mémoires :   "Arranger un appartement, peindre des boiseries ou des portes en couleurs vives, déménager des meubles, pendre des cadres étaient ses passe-temps favoris. Il avait une véritable disposition pour la profession d'ensemblier, avec de grands et de petits moyens et en mélangeant, avec un goût inné mais non formé, les plus belles choses avec les horreurs".

Le dimanche 7 décembre 1941, les curés de toutes les paroisses de Belgique annoncent à leurs fidèles le remariage du roi Léopold III avec Lilian Baels, la fille du gouverneur de Flandre occidentale. Le message du cardinal Van Roey stipulait que la nouvelle épouse renonçait au titre de reine et que les futurs enfants du couple n'entreraient pas dans l'ordre de succession au trône. On a souvent écrit que le comte de Flandre aurait été furieux que son frère épouse une roturière alors que le souverain le lui aurait interdit dans les années 30. On n'a pas encore trouvé de document prouvant ce refus. Rien ne permet non plus d'affirmer que Charles souhaitait se marier avec la mère de sa fille Isabelle.


Le lendemain du débarquement des Alliés en Normandie, Hitler ordonne le 7 juin 1944 la déportation du roi Léopold III en Allemagne. Après le départ du souverain, le major SS Bünting avertit la princesse Lilian qu'elle allait être emmenée également avec les quatre enfants royaux (Joséphine-Charlotte, Baudouin, Albert et Alexandre).


Quant au prince Charles, il avait choisi de partir dans la clandestinité afin de ne pas être arrêté par les soldats allemands. D'après Gunnar Riebs, après avoir quitté discrètement le palais royal, il aurait suivi une formation de premiers soins à la clinique Edith Cavell et aurait ensuite passé cinq semaines avec des bûcherons dans la forêt de Soignes, avant de rejoindre les Ardennes.


Après avoir séjourné quelques semaines à Spa, il s'avèra plus prudent de trouver un endroit plus retiré. Le 28 juin 1944, il arriva à vélo à Sart-lez-Spa en compagnie de son ami Paul Charlier, pâtissier à Waremme. Le prince va vivre pendant un peu plus de deux mois sous le nom de Mr Richard dans la maison louée par Melle Fettweis. Parfaitement intégré dans ce petit village ardennais, il bavarde avec les habitants, il assiste le dimanche à la messe, il nage dans la rivière toute proche et il fait des promenades à vélo. Chaque semaine, il reçoit un colis de nourriture venu de Bruxelles. Personne ne se doute de l'identité royale de Charles.


Dans la soirée du 31 juillet 1944, le premier ministre belge Hubert Pierlot est averti que les Allemands recherchent activement Charles, le frère du Roi. Il prend aussitôt contact avec la section belge du Special Operations Executive pour envisager l'enlèvement du prince par les airs. Le gouvernement belge en exil à Londres et le Foreign Office donnent leur accord pour sa venue en Angleterre. L'intérêt politique de la démarche est évident :  il pourrait assurer la Régence en l'absence du souverain déporté en Allemagne et son éducation le pousse à être plutôt favorable aux Anglais. Le plan consiste à conduire le prince et son aide de camp Robert Goffinet de Sart-lez-Spa au château d'Halloy chez le baron Walther de Selys Longchamps. Ils auraient été ensuite pris par un avion sur le terrain d'aviation de Sovet, situé non loin de là. Mais l'opération sera rendue inutile suite à la libération de la Belgique.


Un soir de septembre 1944, "Mr Richard" écoute la BBC au Café des Hauts Egrès et apprend que suite à la libération de Bruxelles, les Allemands battent en retraite et approchent de la région de Spa. Il se lève aussitôt, salue ses hôtes et quitte le village. S'il n'avait pas pris la fuite, le comte de Flandre aurait peut-être été arrêté...
(à suivre)

Bibliographie :
- RIEBS Gunnar,  "Charles, comte de Flandre, prince de Belgique, régent du royaume", éditions Labor, 2004
- LEROY Vincent,  "Le prince Charles de Belgique", éditions Imprimages, 2007
- RIEN Emmery, "Charles de Belgique (1903-1983)", éditions Racine, 2008


Cliquez ci-dessous sur "Charles" pour retrouver mes autres articles sur le prince Charles de Belgique.


lundi 8 juin 2015

Le prince Charles de retour en Belgique avant la guerre

Article sur l'enfance du prince : http://familleroyalebelge.blogspot.be/2015/05/lenfance-du-prince-charles-de-belgique.html


Article sur les années britanniques du prince (de 1914 à 1926) :  http://familleroyalebelge.blogspot.be/2015/05/les-annees-britanniques-du-prince.html


Le troisième volet de cette série est consacré à la période allant de son retour en Belgique en 1926 au début de la deuxième guerre mondiale en 1940. Bonne lecture!


En avril 1926, le prince quitte le Royal Naval War College de Greenwich avec le grade de lieutenant de vaisseau honoraire de première classe et rentre en Belgique après douze années passées en Grande-Bretagne.


Les problèmes entre Charles et ses parents sont confirmés par la reine Marie-José dans son livre "Albert et Elisabeth : mes parents" :   "Après ses études dans la marine anglaise, Charles entra à son tour à l'Ecole Royale Militaire de Bruxelles, où il termina ses études, puis il reçut le commandement d'un régiment de guides. De légers heurts l'opposaient à nos parents. Le flegme ironique de mon frère les déconcertait et les agaçait parfois. Un jour, lorsqu'il étudiait encore en Angleterre, notre père lui fit une remarque au sujet d'un bulletin des plus médiocres. Charles rétorqua en disant que l'avant-dernier de sa classe était un tel génie qui lui eût été impossible de le surpasser!  Un don réel pour le dessin orientait ses goûts plutôt vers les beaux-arts. Il travailla longtemps avec le peintre Bastien. Les amis de Charles apprécient en lui, avant tout, l'originalité de son esprit et le pouvoir de contact humain, qu'il tient de notre mère".

A la rentrée académique de 1926, il est inscrit à l'Ecole Royale Militaire de Bruxelles. Il est fait major de la 71ème promotion et est affecté au premier régiment des guides en janvier 1927. Il effectue régulièrement des périodes de service dans ce régiment et participe à des camps d'entraînement.


En juin et juillet 1929, Charles va pendant six semaines au camp militaire de Beverloo, où il sera promu lieutenant. Albert Coomans de Brachène, fils du bourgmestre d'Aerschot de l'époque, a raconté à Gunnar Riebs :   "Le prince Charles était officier chez les guides et se rendait avec le colonel Donnay de Casteau de Bruxelles à Beverloo. Je me souviens encore d'un repas raffiné lors duquel de très bons vins avaient été servis. Le soir, le prince a fait une promenade avec mon père dans Aerschot et ils sont allés boire un verre dans quelques cafés. Aux petites heures du lendemain, on est venu chercher le prince Charles avec une estafette ornée d'un drapeau et les impressionnants sabres d'alors. Il était très simple et proche des gens. J'étais heureux d'avoir pu partager la table du prince et de mes parents ce soir-là".

Le comte de Flandre mène une vie tranquille en Belgique, où tous les regards sont tournés vers le prince héritier Léopold qui a épousé en 1926 la princesse Astrid de Suède. On le voit lors de certaines activités officielles :   carnaval de Binche en 1926 avec sa sœur Marie-José, funérailles de l'impératrice Charlotte du Mexique (née princesse de Belgique) en 1927, visite du charbonnage de Manage en 1927, inauguration de la Croix du Sacrifice dans le cimetière de Masnuy-Saint-Pierre en 1927, participation au voyage d'Etat de ses parents au Danemark en 1928, visite du béguinage de Bruges en 1930, dîner de gala à Ostende en l'honneur du roi et de la reine d'Irak en 1933, etc.


Charles profite de son temps libre pour se rendre à la côte belge. Son grand-oncle Léopold II, le "roi bâtisseur", était déjà un fidèle de notre littoral et a marqué de son empreinte la ville d'Ostende par de nombreux travaux d'embellissement. Au début du 20ème siècle, il achète une série de terrains et de maisons modestes à Raversijde, entre la chaussée de Nieuport et le chemin des Dunes. Le souverain y fait installer une pépinière expérimentale et des serres avant de tout léguer à la Donation Royale peu de temps avant son décès.


En mai 1914, le roi Albert Ier achète des terrains à l'ouest de l'ancien domaine de Léopold II, mais tous les bâtiments sont dans un état lamentable après la première guerre mondiale. Raversijde tombe dans l'oubli jusqu'en 1930. De retour en Belgique après sa formation à la Marine britannique, le prince Charles continue d'aimer la mer. Il achète personnellement à Raversijde des nouvelles parcelles et différentes habitations autour du domaine appartenant à la Donation Royale. Le fidèle Robert Goffinet fait également l'acquisition de terrains limitrophes.


Lors du décès accidentel du roi Albert Ier à Marche-les-Dames le 17 février 1934, on oublie de prévenir son fils cadet. Apprenant la nouvelle à Ostende, il saute dans sa voiture en direction de Laeken où il arrive furieux et le visage rempli de larmes. Une de ses phrases est passée à la postérité :   "Moi, je l'aimais...".  Il a un jour confié à l'historien Jo Gérard :   "Le respect de la vie sous toutes ses formes, voilà le secret de mon père".  Malgré leurs querelles, le prince gardera tout au long de sa vie un profond respect pour le roi Albert Ier en tant qu'homme et en tant que souverain.


En juin 1934, le prince Charles succède à son frère à la présidence du conseil d'administration de la Caisse Générale d'Epargne et de Retraite (C.G.E.R.).


Après la mort de son père, le comte de Flandre hérite 2/12 des terrains acquis en 1914 par Albert Ier à Raversijde. Il rachète les parts de sa mère, de sa sœur et de son frère, et il y fait construire une porte cochère, un garage et un appartement pour le chauffeur. Ces bâtiments sont toujours visibles actuellement.


Le 7 avril 1935, Charles écrit une lettre de reproches à son frère :   "Cher Léopold, j'ai été très péniblement surpris d'apprendre que les uniformes de Papa sont au Musée de l'Armée!  Tu disposes donc de choses privées ayant appartenu à notre père comme si je n'existais pas. Déjà peu de temps après sa mort, je t'en avais fait la remarque et t'avais loyalement prévenu que si tu maintenais cette attitude, je n'y mettrais aucune bonne volonté pour que la partie de la succession ayant servi aux charges du Roi te revienne. Dès à présent, il faut t'attendre à ce que je réclame ma part jusqu'au dernier objet (carosses, autos, argenterie, etc.) et même sur la bibliothèque. Charles".

Le comte de Flandre se rend en Angleterre pour les obsèques de la princesse Victoria en 1935 et du roi George V en 1936, ainsi que pour le couronnement du roi George VI et de la reine Elisabeth en 1937.  Du 28 octobre au 3 novembre 1937, il assiste aux fêtes données pour les 18 ans du prince héritier Michel de Roumanie, à l'invitation du roi Carol. En 1937, Léopold III demande à son frère de s'occuper des travaux entrepris au palais royal de Bruxelles.


Le 22 février 1938, le prince Charles assiste au palais royal au dîner offert par Léopold III en l'honneur de l'ancien président américain Herbert Hoover, de passage en Belgique. Au menu : consommé brunoise, côtelettes de saumon maréchal, poularde jardinière, pommes anglaises, pâté de foie gras, glace Aurore, fruits et desserts. Au cours de l'année 1938, Charles accompagne les autres membres de la famille royale à l'inauguration de monuments dédiés à la mémoire du roi Albert Ier à Nieuport et à Paris.


Le comte de Flandre est nommé au grade de colonel en septembre 1939.


Le 8 octobre 1939, Charles devient papa avec la naissance à Strasbourg de sa fille Isabelle Wehrli qu'il ne reconnaîtra jamais. La mère est Jacqueline Wehrli, fille d'un pâtissier de la rue Neuve à Bruxelles. Selon Evrard Raskin (biographe de la reine Elisabeth et de la princesse Lilian), Robert Goffinet aurait arrangé un mariage blanc en 1942 entre Jacqueline et Arthur Wybo, ancien valet du Palais. Isabelle porte désormais le nom de Wybo.

(à suivre...)

Bibliographie :
- RIEBS Gunnar, "Charles, comte de Flandre, prince de Belgique, régent du royaume", éditions Labor, 2004
- LEROY Vincent, "Le prince Charles de Belgique", éditions Imprimages, 2007
- EMMERY Rien, "Charles de Belgique (1903-1983)", éditions Racine, 2008

lundi 25 mai 2015

Les années britanniques du prince Charles (de 1914 à 1926)

Le 17 août 1914, la reine Elisabeth et ses trois enfants quittent Bruxelles pour Anvers. Le roi Albert prévoyait le siège d'Anvers et estima plus prudent d'envoyer ses enfants en Angleterre. Le 31 août à 8h du matin, ils embarquent à bord du "Jan Breydel", escorté par deux croiseurs et deux contre-torpilleurs britanniques. A Folkestone, ils prennent le train jusque Basingstoke (avec un changement à Londres) où les attend lord Curzon à qui les souverains belges allaient confier leurs enfants. Ils sont accompagnés du capitaine-commandant Max de Nève de Roden, précepteur des princes Léopold et Charles, et de Kate Hammersley, gouvernante de la princesse Marie-José.


Ancien vice-roi de l'Inde et futur membre du cabinet de guerre britannique, lord George Cruzon habite le domaine d'Hackwood (dans le Hampshire) qui contenait un millier d'hectares de forêts et de prairies. Il avait fait connaissance du couple royal belge lors de vacances à Cannes et était très honoré d'héberger leurs enfants jusque décembre 1914. Lord Curzon est veuf et a trois filles :  Irène, Cynthia et Alexandra. La reine Marie-José a raconté cette anecdote :  "Alexandra, appelée Sandra, la benjamine, avait notre âge. Ma rencontre avec elle fut orageuse car je soulevai son petit chien Bobby par la queue, tandis que Charles lui envoyait traîtreusement un coup de pied".


La reine Elisabeth retourne à Anvers le 7 septembre.


Comment était la vie quotidienne à Hackwood pour les trois enfants?  Après le breakfast, ils avaient cours. L'après-midi était consacrée au sport avant le traditionnel thé de 17h, accompagné de gâteaux et crèmes, bien loin des restrictions que connaissaient les Belges à cette époque. Ils y vivaient plus librement qu'au château de Laeken. Le dimanche, ils assistaient à la messe à Basingstoke.


La reine Elisabeth revient en Angleterre du 26 novembre au 2 décembre 1914. C'est lors de ce séjour que l'entrée du prince Charles dans un collège est envisagée. Elle en profite pour déjeuner avec le roi George V et la reine Mary à Buckingham Palace. A Hackwood, elle explique à lord Curzon les positions de son époux et du gouvernement belge. Durant la première guerre mondiale, elle joue un rôle non négligeable car sous prétexte d'aller voir ses enfants, elle transmet des messages confidentiels du roi Albert Ier aux autorités britanniques.


Après le départ du commandant Max de Nève de Roden au front, Léopold entre au collège d'Eton et Charles est inscrit à partir de février 1915 au Wixenford College dans le Berkshire. Quant à la princesse Marie-José, elle fréquente le pensionnat pour filles des Ursulines à Brentwood jusqu'en 1917, puis l'Institut Santissima Annunziata di Poggio Imperiale à Florence afin de se familiariser avec la langue et la culture italiennes en vue de son futur mariage avec le prince héritier Umberto de Savoie...


Dans son livre "Albert et Elisabeth : mes parents",  la reine Marie-José d'Italie raconte un incident provoqué par le jeune comte de Flandre :   "Après le départ du commandant de Nève, mon jeune frère, livré à lui-même, provoqua la colère de mon père en assistant à un service anglican à Westminster Abbey. Tous les journaux avaient relaté cet événement et l'on voyait, sur les photos, Charles aux côtés des princes anglais. Cela choqua les catholiques. Pour la Belgique, c'était grave! Charles ne comprenait pas la fureur paternelle, car les services anglicans et catholiques lui semblaient identiques. On ne parlait pas encore d'oeucuménisme à cette époque".


Lors de l'entrée triomphale à cheval de la famille royale à Bruxelles le 22 novembre 1918, le prince Léopold était en tenue de lieutenant du 12ème de ligne et le prince Charles en cadet de la Marine britannique, une faveur des Alliés anglais.


La reine Marie-José d'Italie raconte dans ses mémoires une anecdote qui démontre la complicité qui l'unit à son frère Charles :
"Dans les années 1919 et 1920, notre grande joie était d'accompagner nos parents lors de leurs fréquents séjours à Paris et à Versailles. L'incomparable Pierre de Nolhac, alors conservateur du château, et son adjoint, le charmant Mgr Peratty, historien de Marie-Antoinette, en faisaient revivre le glorieux passé. A Versailles, mes parents avaient choisi l'Hôtel des Réservoirs plutôt que le Trianon, encore trop envahi par les délégués. C'est dans cet hôtel qu'eut lieu le petit fait suivant qui prit, à nos yeux d'enfants, une grande importance, privés que nous étions en Belgique de gâteries alimentaires. Un soir, Charles et moi, voyant nos parents sortir en grande tenue, en profitâmes pour nous commander tout ce qu'il y avait sur la carte de plus succulent et, avouons-le, de plus cher. Etrange menu :  les huîtres avoisinaient avec le caviar qui était dégusté avec des asperges à la sauce hollandaise, et la glace au chocolat ; le tout arrosé de champagne. Mais à peine avions-nous commencé le festin que, pour une raison que nous ne saurons jamais, la porte s'ouvrit et quelle ne fut pas notre stupeur d'y voir réapparaître nos parents!  Ils ne dirent pas un mot, s'assirent, dégustèrent de tout sans nous regarder...et ce fut fini. Ravis de ne pas avoir été grondés, nous n'en restâmes pas moins, Charles et moi, sur notre faim!".


Au terme de la conférence de paix de Paris, le ministre grec Venizélos demande en 1919 au roi Albert Ier et au ministre belge Hymans si le trône de Grèce intéresserait le prince Charles. Il estimait que la famille royale grecque s'est discréditée par son comportement durant la première guerre mondiale. Sans en parler à son fils, le souverain refuse cette proposition. Il ne voulait prendre aucun risque car notre dynastie ne comptait en 1919 que deux successeurs au trône (Léopold et Charles).


Après la première guerre mondiale, Albert Ier et ses sœurs les princesses Joséphine et Henriette discutent de l'avenir du château des Amerois dans les Ardennes, seconde résidence de leurs défunts parents le comte et la comtesse de Flandre qui est sous séquestre. Les deux sœurs rappellent au Roi que le souhait de leur mère était de laisser à son petit-fils, le prince Charles, qui porte le titre de comte de Flandre, une part plus importante de son héritage, le palais de la rue de la Régence à Bruxelles et le château des Amerois, pour perpétuer les traditions de leur Maison. La comtesse Marie estimait que son autre petit-fils, le futur Léopold III, aurait suffisamment de propriétés à sa disposition (palais royal de Bruxelles, châteaux de Laeken et Ciergnon, villa royale d'Ostende) et que les princesses de Belgique épousent des princes étrangers et quittent donc le sol belge.


Le roi Albert Ier ne respecte pas la volonté de sa mère la comtesse de Flandre car il craint que cet arrangement ne soit perçu comme un moyen détourné de soustraire le château au séquestre et car il connaît quelques soucis financiers. En effet, il a déjà vendu le palais de la rue de la Régence pour créer des ressources suffisantes à la Liste Civile qui ne parvient plus à payer toutes les dépenses de la Cour. Le château des Amerois est donc finalement vendu en 1923 pour la somme de sept millions de francs belges.


La princesse Clémentine de Belgique (fille cadette du roi Léopold II) aimait beaucoup Charles et l'emmenait avec son fils le prince Louis Napoléon faire du char à voile sur la plage de La Panne. Elle a écrit à son sujet :   "Il possède l'intelligence et l'humour caustique des Saxe-Cobourg, mêlé à la sensibilité des Wittelbach, mais il se montre plus fantaisiste et moins raisonnable que Léopold".


Après la public school de Winchester, le prince Charles suit différentes formations au sein de la Marine Britannique de 1917 à 1926. Malgré la discipline de fer, il s'y plaît bien. Suite à une autorisation du roi George V (car Charles n'a pas la nationalité britannique), il entre en février 1917 au Naval College d'Osborne, avant d'être inscrit en septembre 1918 comme cadet au Royal Navy College de Darmouth. Un congé spécial lui est accordé pour participer avec sa famille à la Joyeuse Entrée à Bruxelles le 22 novembre 1918.


En décembre 1920,  Charles passe l'examen final du collège de Darmouth. Un mois plus tard, il embarque à bord du navire de guerre "HMS Téméraire" pour une mission en Méditerranée du 4 janvier au 11 avril 1921. Albert Ier assiste à son embarquement à Portsmouth et demande que son fils ne bénéficie d'aucun traitement de faveur. Un autre voyage l'emmène en Norvège à bord du "HMS Thunderer Spithead". Le prince de Galles (futur Edouard VIII) l'invite à l'accompagner en Inde et au Japon, où le comte de Flandre rencontre la famille impériale.


En 1923, Charles est engagé sur le "Barham", un navire de la flotte atlantique. Il séjourne ensuite discrètement en 1924 plusieurs mois en Suisse pour suivre un traitement au sanatorium Victoria. Dans sa biographie du prince, Gunnar Riebs émet l'hypothèse d'une sciatique apparue suite à un muscle forcé en manipulant un levier. Il évoque aussi une nourriture déficiente lors de ses années passées à la Royal Navy. Au début de l'année 1925, Charles reprend au Royal Navy College de Greenwich une formation technique et scientifique du niveau de l'Ecole Royale Militaire de Bruxelles.


Dans les années 20, le prince Charles passe également plusieurs semaines chez sa tante et marraine la princesse Henriette de Belgique (épouse du prince Emmanuel d'Orléans, duc de Vendôme) au château de Tourronde, près d'Evian, qu'elle avait acheté en 1922. Dans son livre "Henriette, duchesse de Vendôme" paru aux éditions Racine, l'historienne Dominique Paoli raconte ce séjour du comte de Flandre :


"Henriette sait que son filleul s'entend très mal avec ses parents. Aussi n'est-elle qu'à moitié étonnée lorsqu'un jour, elle le voit arriver inopinément à Tourronde, où il est venu chercher refuge. La situation est délicate, le prince s'étant enfui du palais. Il ne faut pas froisser ni le père, ni le fils. Prévenu, le Roi adresse immédiatement une lettre à sa sœur pour lui demander officiellement si elle veut bien recevoir Charles. Ce problème réglé, le séjour à Tourronde va durer plusieurs semaines. Une merveilleuse occasion pour le jeune prince de confier ses états d'âme à sa marraine dont il connaît le caractère altruiste et affectueux :  il se sent mal aimé, négligé par sa mère qui s'intéresse surtout à Léopold, l'aîné. Il se sent traité en domestique par le futur roi. S'estimant victime d'une terrible incompréhension, il s'est cabré, car il tient à ses idées et s'est révolté contre ses parents".


En avril 1926, il quitte le Royal Naval War College de Greenwich avec le grade de lieutenant de vaisseau honoraire de première classe, et rentre en Belgique après douze années passées en Grande-Bretagne.
(à suivre...)


sources :
- de Belgique Marie-José, "Albert et Elisabeth de Belgique : mes parents", éditions Le Cri, 1999
- EMMERY Rien, "Charles de Belgique (1903-1983)", éditions Racine, 2008
- LEROY Vincent,  "Le prince Charles de Belgique", éditions Imprimages, 2007
- RIEBS Gunnar, "Charles, comte de Flandre, prince de Belgique, régent du royaume", éditions Labor, 2004

lundi 18 mai 2015

L'enfance du prince Charles de Belgique

                                                                                            
Ne souhaitant pas vivre au palais de la rue de la Régence des comtes de Flandre, le prince Albert et la princesse Elisabeth louent l'hôtel d'Assche à Bruxelles de 1901 à leur accession au trône. L'hôtel d'Assche était situé rue de la Science dans le Quartier Léopold. C'est là que naît le 10 octobre 1903 leur fils cadet le prince Charles-Théodore, Henri, Antoine, Meinrad de Saxe-Cobourg-Gotha, prince de Belgique et futur régent du royaume. 101 coups de canon sont tirés. Il reçoit le prénom de son grand-père maternel, mais est très vite appelé Charles au lieu de Charles-Théodore. A sa naissance, il ne portait pas le titre de comte de Flandre qui appartenait à son grand-père paternel Philippe, décédé en 1905 d'une congestion cérébrale.


Dans leur livre "Albert Ier insolite" paru en 1984,  Jo et Hervé Gérard présentent les trois enfants du couple princier :   "Léopold naît en 1901 et sera un petit garçon sérieux, têtu, assez renfermé, très sensible sous ses dehors de sportif plutôt taciturne. Il étudie avec un acharnement silencieux. Il collectionne les bonnes notes, tandis que son frère Charles, né en 1903, se révèle fantaisiste, gai, blagueur même et doué d'une intelligence rapide, pénétrante. En 1906, les deux garçons se penchent sur un berceau où s'agite leur sœur Marie-José dont ils admirent l'abondante chevelure et l'incontestable vivacité".

Malgré la naissance de ses trois enfants, la princesse Elisabeth s'ennuie en Belgique dans les premières années de son mariage, supporte mal le climat pluvieux du pays et a des relations très froides avec ses beaux-parents. Elle connaît de nombreux problèmes de santé et fait de fréquents voyages à l'étranger, ce qui alimente les rumeurs de mésentente au sein du couple princier.


Lorsque la princesse Elisabeth est en voyage, son époux lui raconte la vie quotidienne à Bruxelles. Ces trois extraits de lettres témoignent que leur fils cadet leur cause déjà beaucoup de soucis :


"Pour te donner quelques nouvelles d'ici, je te dirai que les enfants vont très bien, que la petite a gagné trois cent grammes, que les leçons de Léopold sont en progrès et que Charles est très désobéissant. Hier, je lui ai donné une raclée".

"Les enfants sont magnifiques, en excellente santé, gais, contents de l'existence, la petite a une mine splendide, elle est superbe et marche déjà comme une enfant de deux ans, le second est un vrai diable qui s'enorgueillit devant moi de ses prouesses".

"L'aîné gagne beaucoup, il me semble qu'il se fortifie, les études marchent bien. Au contraire, le second se montre indiscipliné et extrêmement paresseux. C'est contre lui que se tourne maintenant la colère de Plas, appelé Baloo".

En 1909, le roi Léopold II décède. La veille de sa prestation de serment, Albert Ier a des doutes sur ses capacités et ne veut pas monter sur le trône. Son épouse usera de tout son pouvoir d'influence pour le faire changer d'avis. Elisabeth est très fière d'être la troisième reine des Belges et son nouveau statut lui fait aimer la Belgique. Elle s'investit dans le domaine social et la culture.


Quelques jours avant le décès de Léopold II, Charles perd son grand-père maternel, le duc Charles-Théodore en Bavière, ophtalmologue de renom, qui meurt le 30 novembre 1909 dans les Alpes bavaroises. Il a transmis à sa fille Elisabeth son esprit anticonformiste, son amour de la musique, son intérêt pour la médecine et son scepticisme face à la religion.


Le 31 janvier 1910, le prince Charles est titré comte de Flandre par son père. En tant que fils aîné du nouveau souverain, le prince Léopold porte, lui, le titre de duc de Brabant.


Sur recommandation de l'ingénieur Emile Waxweiler, Albert avait choisi, après une heure d'entretien,  Vital Plas comme instituteur de ses deux fils. Issu de la classe populaire, il avait été formé à l'Ecole Normale Charles Buls de la Ville de Bruxelles et il s'exprimait avec un solide accent bruxellois. C'était un anticlérical, un franc-maçon et un défenseur de l'enseignement officiel et laïc. Cette désignation entraîna la stupeur et le mécontentement du cardinal Mercier et des cercles catholiques de la capitale... Mais Vital Plas gagna l'affection de ses élèves Léopold et Charles qui le surnommaient Baloo, l'ours du "Livre de la Jungle".


La reine Marie-José évoque Vital Plas dans son livre "Albert et Elisabeth : mes parents" :   "Vital Plas, le professeur de mes frères, était un petit homme rondelet aux yeux en boule de loto. Il leur apprenait maintenant l'histoire selon la théorie basée sur les chiffres que les disciples du major du génie Bruck, mort en 1870, enseignaient à l'Ecole Royale Militaire avec succès. Théorie mise par Plas à la portée des enfants pour apprendre à calculer et donc à prévoir, d'après les courants telluriques, le rythme des époques d'apogée et de décadence de l'humanité. Nous ne nous retrouvions tous les trois qu'à l'heure des repas à la table familiale. Souvent puni, l'un ou l'autre prenait sa collation seul à un petit guéridon en tournant le dos à l'assistance! Une fois, Charles resta ainsi relégué pendant quinze repas. Il avait répété à son professeur de violon un propos imprudent de son précepteur musicophobe :  "N'importe quel balayeur de rue vaut mieux qu'un musicien". Cela avait provoqué un véritable drame dans ces murs où la musique était sacro-sainte".

La reine Marie-José raconte également l'éducation musicale dispensée par la reine Elisabeth à ses trois enfants :    "Très tôt, ma mère nous fit assister aux séances de musique qu'elle donnait chez elle. On voulait nous apprendre à écouter. Pendant ces séances, nous devions être recueillis et surtout ne pas bouger. Immobilité d'autant plus difficile à supporter que le velours des fauteuils nous grattait les jambes. Mes frères prenaient des leçons de piano avec un professeur du Conservatoire de Bruxelles. Léopold, non sans effort, parvint à jouer une sonatine de Diabelli ; durant l'exécution, il levait tellement les coudes qu'on eût dit un hanneton sur le point de s'envoler. Charles délaissa le piano pour le violon qu'il travailla avec Deru. Cependant, tous deux, trop absorbés par leurs études, abandonnèrent bientôt la musique".

Une grande complicité unissait le prince Charles à sa sœur Marie-José comme cet extrait de son livre en témoigne :    "Mon frère Charles et moi étions les enfants terribles de la famille. Léopold avait déjà l'esprit plus pragmatique. Je me souviens qu'avec mon frère cadet, nous partions en secret, bougie à la main, explorer les fameux souterrains du château de Laeken à la recherche d'un mystérieux trésor. Le roi Léopold II avait, en effet, la curieuse manie de faire construire dans la plupart de ses résidences ces étranges souterrains et rotondes rehaussés de colonnes. Dans le parc, nous avions aussi découvert l'amorce d'un grand tunnel destiné à amener le train royal jusqu'au château. Les travaux avaient été interrompus par la mort du souverain. Nous y pénétrions le plus loin possible mais sans jamais rien découvrir...".

Dans sa biographie de la reine Elisabeth, Evrard Raskin a écrit :   "Pourquoi prétendre qu'Elisabeth désavantage Charles au profit de Léopold? Charles est un enfant paresseux, indiscipliné et peu affable. Les bonnes d'enfant ne le supportent pas. Ses professeurs ne l'apprécient pas non plus. Ses bulletins fourmillent de remarques négatives. Il faut donc intervenir régulièrement. Albert lui administre même des punitions corporelles. Mais rien n'y fait. Elisabeth est déçue par Charles, tandis que Léopold est actif, charmant et conscient de ses obligations (...) Ses parents auraient dû se soucier davantage de leur enfant à problèmes et moins pousser Léopold en avant. La reine Elisabeth, quant à elle, aurait dû accorder moins d'importance à ses sentiments esthétiques et montrer autant d'amour au vilain petit canard Charles qu'au beau et imposant Léopold".

Le prince Charles participe de temps en temps à des événements publics comme le 21 mai 1912 lorsqu'un cortège constitué de cinq calèches quitte le palais royal de Bruxelles pour se rendre à une exposition de chevaux dans le hall du Cinquantenaire. Le roi Albert, la reine Elisabeth, la comtesse Marie de Flandre (qui meurt inopinément le 26 novembre 1912) et le prince Charles y ont pris place et sont chaleureusement applaudis tout au long du parcours. Un an plus tard, en 1913, Charles accompagne son père et son frère Léopold à l'inauguration du Musée des Beaux-Arts de Mons. Composé de cinq salles, il répondait aux critères du début du 20ème siècle et permettait de présenter 200 œuvres sur trois niveaux superposés.


Le 28 juin 1914, le roi Albert Ier visite l'Exposition Nationale Suisse à Berne lorsqu'il apprend l'assassinat à Sarajevo de l'archiduc François Ferdinand d'Autriche et de son épouse Sophie par un extrémiste serbe. Cet événement va provoquer la première guerre mondiale qui a perturbé la vie du prince Charles et de sa famille.


Début août, l'Allemagne lance un ultimatum obligeant la Belgique à laisser passer ses troupes pour attaquer la France. Réunis par le Roi au palais royal, les ministres du Conseil de la Couronne refusent et répondent que si la neutralité de notre pays est violée, l'armée repoussera l'invasion ennemie. Le 4 août, les soldats allemands pénètrent sur le territoire belge.


La reine Marie-José a laissé son témoignage de ces heures pénibles :   "Naturellement, je ne vis presque pas mes parents ces jours-là. Mon père présidait des séances qui se prolongeaient tard dans la nuit. De ma chambre, j'entendais un continuel va-et-vient de voitures. Tout le monde paraissait sombre mais on ne me racontait rien. Seul Léopold se donna la peine de m'expliquer que les soldats belges étaient envoyés à la frontière pour arrêter les Allemands qui voulaient entrer dans notre pays. Le 4 août, à 10h du matin, mon père à cheval, entouré de son état-major, se rendit au Parlement et nous l'y rejoignîmes en calèche. Le visage de ma mère et celui de Léopold reflétaient une expression de profonde gravité. Charles et moi ne comprenions qu'à moitié cette tragique situation ; cependant, nous restâmes sages. Mon père apparut à la tribune, calme et très beau en uniforme de campagne bleu foncé".

Le 17 août, la reine Elisabeth et ses trois enfants quittent Bruxelles pour Anvers. Le roi Albert prévoyait le siège d'Anvers et estima plus prudent d'envoyer ses enfants en Angleterre.


A suivre : les années britanniques du prince Charles

Bibliographie  :
- de BELGIQUE Marie-José, "Albert et Elisabeth de Belgique : mes parents", éditions Le Cri, 1999
- EMMERY Rien,  "Charles de Belgique (1903-1983)", éditions Racine, 2008
- LEROY Vincent, "Le prince Charles de Belgique", éditions Imprimages, 2007
- RIEBS Gunnar, "Charles, comte de Flandre, prince de Belgique, régent du royaume", éditions Labor, 2004





lundi 24 mars 2014

La famille royale et la côte belge

                             

(Article actualisé en juillet 2017)

Ce 1er juillet 2017, les souverains et leurs quatre enfants étaient en visite officielle à la côte belge :  ils ont assisté à des démonstrations de sauvetage sur la plage de Westende, et ils ont visité, à Ostende, le navire "Mercator" qui vient d'être restauré.

Depuis le décès du prince-régent Charles à Ostende en 1983, la famille royale belge ne séjourne plus à la côte belge, et a renoncé depuis longtemps à l'utilisation de la Villa Royale d'Ostende, transformée en hôtel-restaurant puis en centre de revalidation.

On sait cependant que le prince Laurent, la princesse Claire et leurs trois enfants viennent de temps en temps se reposer discrètement dans la station de Knokke-Heist, où la famille Coombs posséderait un appartement.

Durant son règne, le roi Albert II a acheté deux appartements à Ostende qui sont mis en location. Son fidèle conseiller Vincent Pardoen possède également un appartement dans le même immeuble.

Pour plus d'infos :

- le monument Léopold Ier à La Panne :  http://tourisme.depanne.be/product/1028/monument-leopold-ier

- l'hôpital de l'Océan à La Panne, où se rendait souvent la reine Elisabeth durant la première guerre mondiale :   www.noblesseetroyautes.com/lhopital-de-locean-a-la-panne

- la chapelle royale de La Panne :   http://familleroyalebelge.blogspot.be/2016/12/la-chapelle-royale-de-la-panne.html

- la maison d'Ostende où est décédée la reine Louise-Marie en 1850 :   www.noblesseetroyautes.com/langestraat-69-a-ostende-la-derniere-demeure-de-la-reine-louise-marie

- Ostende, station balnéaire développée sous l'impulsion de Léopold II : www.noblesseetroyautes.com/ostende-station-balneaire-royale

- l'ancienne Villa Royale d'Ostende :  http://royalementblog.blogspot.be/2011/10/la-villa-royale-dostende.html

- le monument Albert Ier à Nieuport :  http://probelgica-hainaut.blogspot.be/2016/08/pro-belgica-nieuport.html

- la maison du prince-régent Charles à Raversijde (où il vécut de 1950 à 1983) :   www.noblesseetroyautes.com/raversijde-dans-lintimite-du-prince-charles

lundi 15 avril 2013

"La Belgique sans roi : 1940-1950" (Vincent Dujardin et Mark Van den Wijngaert)

Cet ouvrage retrace ces dix années au cours desquelles le roi Léopold III n'a pu exercer ses prérogatives constitutionnelles. Après l'invasion de notre pays par l'Allemagne en 1940, le gouvernement Pierlot quitte la Belgique pour poursuivre la lutte auprès des Alliés. Le Roi refuse de les suivre et veut rester avec l'armée belge (c'est le point de départ de la future Question Royale). Au terme de la Campagne des 18 jours, la Belgique capitule et le souverain est prisonnier de guerre. Surveillé au château de Laeken, il ne peut plus exercer ses compétences, mais son remariage avec Lilian Baels en 1941 est mal perçu par la population. Les deux historiens (l'un francophone et l'autre néerlandophone) racontent ensuite les quatre années d'occupation et de privations, la collaboration, la résistance, etc.

Notre pays est libéré par les Alliés en septembre 1944. Suite à la déportation de Léopold III en Allemagne, son frère cadet le prince Charles est élu régent par les Chambres réunies. La guerre n'est cependant pas encore finie : de nombreux civils sont tués lors de la Bataille des Ardennes à la fin de l'année 1944.

Notre actuel système de sécurité sociale est instauré le 28 décembre 1944. Cette assurance obligatoire prévue pour tous les salariés permet de couvrir les risques de maladie-invalidité, de chômage, d'accorder des allocations familiales, des congés payés, ainsi que de financer les pensions. Une assurance libre subsiste parallèlement, et les syndicats restent habilités à verser des allocations de chômage à leurs affiliés.

Après sa libération par les Alliés en 1945, Léopold III ne parvient pas à s'entendre avec les gouvernements successifs sur ses conditions de retour en Belgique. Une partie du monde politique belge et les Alliés lui reprochent son comportement durant la guerre et le testament politique qu'il a laissé avant sa déportation. Le Roi est contraint de vivre en exil en Suisse de 1945 à 1950, pendant que le prince Charles remplit son rôle de régent sans prendre parti pour son frère avec qui il a des relations difficiles.

Au cours de la Régence, la libération du territoire inaugure une ère de prospérité pour la Belgique. Portée par la paix sociale et un assainissement monétaire efficace, l'industrie fait des miracles. Le droit de vote est accordé aux femmes. En politique étrangère, notre pays rompt avec sa politique de neutralité et entre dans l'ère des alliances (Benelux, Otan, CECA, etc.). Certains hommes politiques belges accomplissent aussi un travail de pionnier dans la construction européenne qui s'amorce.

1950 voit la fin de la Question Royale. Après la consultation populaire aux résultats contrastés entre le nord et le sud du pays, le Parlement vote la fin de la régence et le roi Léopold rentre en Belgique. Des troubles éclatent et entraînent la mort de trois manifestants à Grâce-Berleur. Léopold III renonce au trône au profit de son fils le prince Baudouin (20 ans).

samedi 10 juillet 2010

"Le prince Charles de Belgique" (Vincent Leroy)

                                            

1° Présentation de l'auteur : passionné par l'histoire belge contemporaine, Vincent Leroy est l'auteur de cinq ouvrages ("Chroniques du règne d'Albert II", "Le poète belge Emile Verhaeren", "Le prince Charles de Belgique", "Les 70 ans de la reine Paola" et "Le prince Laurent et la princesse Claire de Belgique"). Plus d'infos sur son site personnel :   www.vincentleroy.be

2° Présentation de cet ouvrage : le prince Charles de Belgique (1903-1983) était le deuxième enfant du roi Albert Ier et de la reine Elisabeth. Après sa formation militaire dans la marine britannique, il mène une vie tranquille et discrète jusqu'en 1944. Suite à la déportation du roi Léopold III en Allemagne, les Chambres réunies le nomment régent du royaume. Il exerce pendant six ans ses nouvelles fonctions avec sérieux et simplicité, et est apprécié du monde politique. Par contre, son frère lui reproche son manque de soutien durant la Question Royale. Après 1950, Charles coupe les ponts avec sa famille et se réfugie dans sa propriété de Raversijde à la côte belge, où il s'adonne à sa passion pour la peinture sous le nom de Karel van Vlaanderen. Les dernières années de sa vie sont marquées par plusieurs procès intentés par le prince et par ses expositions de peinture qui suscitent la curiosité et l'intérêt du public. Il décède en 1983 à Ostende et la Belgique organise des funérailles nationales pour son ancien régent oublié de tous.

3° Vous pouvez commander directement ce livre auprès d'Imprimages (http://www.imprimages.be/catalogue-des-livres/Catalogue/11/livres/biographie.html).

4° Comptes-rendus sur cet ouvrage :
Régine Salens : www.noblesseetroyautes.com/nr01/?p=32753
Association Royaliste de Belgique : http://royaliste.over-blog.com/article-le-prince-charles-de-belgique-de-vincent-leroy-51213484.html
Apolline Elter : http://editionsdelermitage.skynetblogs.be/post/7998711/le-prince-charles-de-belgique

mardi 9 mars 2010

Le prince Charles de Belgique

                                                
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(Article actualisé en juillet 2017)

1° Avant la Régence

Le prince Charles de Belgique (1903-1983) est le deuxième enfant du roi Albert Ier et de la reine Elisabeth. Il reçoit le titre de comte de Flandre. En 1914, ses parents l'envoient faire ses études en Angleterre. Après sa formation militaire dans la marine britannique, il mène une vie tranquille et discrète jusqu'en 1944. Lors de la déportation du roi Léopold III, le prince Charles s'enfuit du palais royal et se cache pendant plusieurs semaines en Ardenne.

Plus d'infos sur son enfance :   http://familleroyalebelge.blogspot.be/2015/05/lenfance-du-prince-charles-de-belgique.html

Plus d'infos sur ses années britanniques (de 1914 à 1926) :   http://familleroyalebelge.blogspot.be/2015/05/les-annees-britanniques-du-prince.html

Plus d'infos sur son retour en Belgique (de 1926 à 1940) :   http://familleroyalebelge.blogspot.be/2015/06/le-prince-charles-de-retour-en-belgique.html

Plus d'infos sur l'Occupation (de 1940 à 1944) :   http://familleroyalebelge.blogspot.be/2015/07/le-prince-charles-de-belgique-sous.html

2° La Régence

En septembre 1944, la Belgique est libérée mais Léopold III est toujours détenu par les Allemands. Les Chambres réunies nomment son frère régent du royaume. Sous la Régence, la vie reprend. L'Office National de Sécurité Sociale (O.N.S.S.), pilier du système social belge, voit le jour. Charles reçoit en Belgique le roi George VI, le général Eisenhower, le maréchal Montgomery, Winston Churchill, le général de Gaulle, etc. Il se rend en Angleterre, au Congo, aux Etats-Unis, au Canada et au Vatican. Le Régent exerce pendant six ans ses nouvelles fonctions avec sérieux et simplicité, et est apprécié du monde politique et de Winston Churchill. Beaucoup d'historiens estiment que c'est lui qui a sauvé l'institution monarchique. Par contre, le Roi et les léopoldistes lui reprochent son manque de soutien durant la Question Royale.

3° Après la Régence

Le 20 juillet 1950, la fin de l'impossibilité de régner est votée au Parlement. La Régence marque la fin des pouvoirs personnels du Roi. La fédéralisation de la Belgique, l'indépendance du Congo et la prise de décisions communes par l'Union Européenne et l'Otan vont encore accentuer cette diminution des prérogatives royales au cours des décennies suivantes.

Après 1950, Charles coupe les ponts avec sa famille et se réfugie dans sa propriété de Raversijde à la côte belge, où il s'adonne à sa passion pour la peinture sous le nom de Karel van Vlaanderen. Il renonce à sa dotation. Les dernières années de sa vie sont marquées par plusieurs procès intentés par le prince contre ses conseillers financiers et par ses expositions de peinture qui suscitent la curiosité et l'intérêt du public.

Charles décède le 1er juin 1983 à l'hôpital du Sacré-Coeur d'Ostende et la Belgique organise des funérailles nationales pour son ancien régent. Il repose dans la crypte royale de l'église Notre-Dame de Laeken. Photos de ses funérailles :  http://royalementblog.blogspot.be/2013/06/il-y-30-ans-les-funerailles-du-prince.html

4° Hommages 

Inauguré en 1992, le Mémorial Prince Charles à Raversijde raconte sa vie et son oeuvre artistique, et permet de visiter la maison de pêcheurs où il a vécu de 1950 à 1983 (photos :  www.noblesseetroyautes.com/raversijde-dans-lintimite-du-prince-charles).

Durant l'été 2017, une exposition lui rend hommage au palais royal de Bruxelles.

Bibliographie :
- RIEBS Gunnar, "Charles, comte de Flandre, prince de Belgique, régent du royaume", éditions Labor, 2004
- LEROY Vincent,  "Le prince Charles de Belgique", éditions Imprimages, 2007
- EMMERY Rien,  "Charles de Belgique (1903-1983)", éditions Racine, 2008

samedi 9 mai 2009

"Tout cela a passé comme une ombre : mémoires sur la Régence et la Question Royale" (A. de Staercke)

Né à Gand en 1913, André de Staercke étudie au Collège Sainte-Barbe à Gand et aux Facultés Notre-Dame de la Paix à Namur. Célibataire endurci, il entre en 1939 dans le cabinet du premier ministre Hubert Pierlot et accompagne le gouvernement belge à Londres durant la guerre. Il devient l'ami de Paul-Henri Spaak et Winston Churchill. De 1945 à 1950, André de Staercke est le secrétaire du prince-régent Charles sur lequel il a une grande influence. Il poursuit ensuite sa brillante carrière en devenant représentant permanent de la Belgique auprès du conseil de l'Otan de 1950 à 1976. Il s'est éteint en 2001.

Selon ses propres volontés, le présent ouvrage a été publié après sa mort. Il comporte trois parties.

La première partie commence à Londres durant la deuxième guerre mondiale et s'arrête en 1945. André de Staercke raconte les épisodes de la Question Royale qu'il a vécus et explique pourquoi il n'a pas soutenu le roi Léopold III. Il parle également de l'établissement de la Régence en 1944 et de sa nomination comme secrétaire du prince Charles.

La deuxième partie est une série de portraits de trois personnalités qu'il a souvent rencontrés : Churchill, Salazar et Paul Van Zeeland. Enfin, dans la troisième partie, on peut consulter une série de documents inédits, comme les lettres échangées entre Léopold III et Charles en 1982 peu de temps avant leur décès respectif.

Cet ouvrage très bien écrit permet d'avoir un témoignage très intéressant (mais parfois subjectif) sur la Régence et la Question Royale. Seul reproche : il est dommage que ses mémoires ne soient pas complètes et n'évoquent pas les années 1945 à 1950.

"Tout cela a passé comme une ombre : mémoires sur la Régence et la Question Royale" de André de Staercke, éditions Racine.

vendredi 24 avril 2009

"Charles, comte de Flandre, prince de Belgique, régent du royaume" (Gunnar Riebs)

                                  

Le prince Charles de Belgique (1903-1983), comte de Flandre, est le fils cadet du roi Albert Ier et de la reine Elisabeth. De 1914 à 1926, il effectue ses études et sa formation militaire en Angleterre, avant de revenir en Belgique où il vit dans l'ombre de son frère Léopold et de sa belle-soeur Astrid. En 1938, il a une fille illégitime, Isabelle, qu'il ne reconnaît pas.

Le destin l'appelle en septembre 1944. La Belgique est libérée mais le roi Léopold III est détenu par les Allemands. Le prince Charles est élu régent du royaume et le restera jusqu'en 1950, car le pays est déchiré par la Question Royale. Il remplit ses nouvelles fonctions avec sérieux et simplicité, et a de bonnes relations avec le monde politique.

En froid avec sa famille, Charles s'installe en 1950 à la côte belge et se consacre à la peinture et au dessin. Les années 60 et 70 sont marquées par des ennuis financiers et par ses premières expositions. Il décède en 1983 et a droit à des funérailles nationales.

Cet ouvrage très bien documenté est la première biographie complète de l'ancien régent parue en français. Son auteur est Gunnar Riebs qui était un ami proche du prince de 1979 à 1983. Mais ses liens avec Charles ne l'empêchent pas d'être objectif.

"Charles, comte de Flandre, prince de Belgique, régent du royaume" de Gunnar Riebs, éditions Labor.

dimanche 22 mars 2009

"Journal intime d'Albert Ier à Baudouin Ier" (A. Bastien)

La famille du peintre belge Alfred Bastien (1873-1955) est originaire de Welden près d'Audenaerde mais les parents d'Alfred se sont installés avec leurs neuf enfants à Ixelles. Doué et intelligent, il effectue ses études à l'Athénée de Gand, aux Académies des Beaux-Arts de Gand et Bruxelles. Il devient ensuite le modèle et l'ami du sculpteur Jef Lambeaux, l'auteur de la célèbre fontaine de la grand-place d'Anvers. Après un premier mariage raté avec la cantatrice Georgette Leblanc, il effectue un long voyage en 1903 (France, Espagne, Angleterre, Algérie et Maroc).

En 1911, à la demande d'Albert Ier, le gouvernement belge commande à Alfred Bastien et Paul Mathieu l'édification d'un Panorama du Congo destiné à l'Exposition Universelle de Gand de 1913. Durant la première guerre mondiale, il est volontaire de guerre au sein de la Section artistique de l'armée belge, ce qui lui permet de côtoyer régulièrement le roi Albert et la reine Elisabeth derrière les tranchées. Après la guerre, Alfred Bastien peint le Panorama de la Bataille de l'Yser et revoit régulièrement les souverains lors d'événements artistiques. Son deuxième mariage avec Alice Johns, surnommée Johnnie, sera beaucoup plus heureux. Il sera ensuite élu membre de l'Académie Royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique. C'est au début des années 40 qu'Alfred Bastien devient l'ami du prince Charles, frère du roi Léopold III.

Cinquante après sa mort, la publication en 2005 de son journal intime de 1930 à 1955 offre aux historiens de nombreux renseignements sur la famille royale belge et les artistes de son époque. Alfred Bastien y parle également de l'ambiance des années 30 (avec l'ascension de Degrelle en Belgique et d'Hitler en Allemagne), de la vie quotidienne sous l'Occupation et de son profond respect pour le roi Albert Ier. Peintre et ami personnel du prince Charles, il nous offre surtout un éclairage nouveau sur la Question Royale et la querelle opposant le Régent au reste de sa famille.

"Journal intime d'Albert Ier à Baudouin Ier" d'Alfred Bastien, éditions Racine, 2005