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lundi 12 décembre 2016

La chapelle royale de La Panne

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Si la grande statue du roi Léopold Ier sur la digue de La Panne est bien connue des touristes de la station balnéaire,  peu savent qu'il existe aussi....une chapelle royale dans la Kapellestraat.

La chapelle néo-gothique des Pères Oblats a été construite en 1906. Durant la première guerre mondiale, le roi Albert Ier et la reine Elisabeth habiteront quatre années à La Panne sur le dernier lambeau de territoire libre, et assisteront à la messe dans cette chapelle. C'est la raison pour laquelle ils lui décerneront en 1924 le titre de "chapelle royale". Les vitraux représentant les saints patrons de la dynastie, installés en 1931, ont malheureusement été détruits durant la deuxième guerre mondiale.

A gauche de la chapelle se trouve également une pierre commémorative dédiée au roi Léopold III. Cette plaque a été installée en 1982 par les Vétérans du roi Léopold III.

lundi 15 août 2016

Les liens entre la dynastie belge et le Brésil

                    
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Juillet 2016 :  voyage de la princesse Maria-Esmeralda au Brésil
Du 3 au 7 juillet, la princesse Maria-Esmeralda s'est rendue au Brésil sur les traces de son père et de ses grands-parents. Au programme de son voyage :   inauguration d'un buste de la reine Elisabeth dans les jardins de l'ambassade de Belgique à Brasilia, visite du village de Porteira afin de rencontrer le peuple indigène des Xerente (le roi Léopold III avait déjà rencontré cette communauté lors d'une expédition au Brésil dans les années 60), rencontre avec le vice-gouverneur et le gouverneur de l'Etat du Tocantins, visite du projet social "Kritzelei" à Sao Sebastiao (dans lequel la chanteuse belge Dorka Hepp est impliquée en faveur de filles et adolescentes de 9 à 18 ans), inauguration au Mémorial des Peuples Indigènes de Brasilia de l'exposition des photos prises par Léopold III lors de son voyage au Brésil en 1964

Août 2016 : le roi Philippe et la reine Mathilde aux Jeux Olympiques de Rio
Le couple royal s'est rendu au Brésil pour les premières journées des Jeux Olympiques 2016 de Rio : cérémonie d'ouverture, visite du Village Olympique, réception offerte aux chefs d'Etat et de gouvernement présents par le président intérimaire du Brésil Michel Temer, rencontre avec les responsables d'un projet social de l'ONG belge Kiyo, rencontre avec le président du Comité International Olympique Thomas Bach, réception du Comité Olympiques et Interfédéral Belge, ainsi que diverses épreuves sportives auxquelles participaient des Belges (judo, hockey, tennis, haltérophilie, p.ex.).

C'est le deuxième voyage de nos souverains au Brésil depuis le début de leur règne. En effet, ils s'y étaient rendus un week-end en 2014 pour assister à un match des Diables Rouges dans le cadre de la Coupe du Monde de football. Ils en avaient profité pour dévoiler la nouvelle plaque de l'avenue dédiée à la reine Elisabeth et déposer des fleurs devant le buste du roi Albert Ier (ces deux hommages du Brésil aux souverains belges rappellent leur voyage dans ce pays en 1920).

Avant 2014 et 2016, il y a eu d'autres visites de notre famille royale au Brésil, mais celle qui est restée dans les mémoires, c'est celle du roi Albert Ier et de la reine Elisabeth (voir ci-dessous).

Le voyage du roi Albert Ier et de la reine Elisabeth au Brésil en 1920
En voici le compte-rendu que j'ai trouvé dans le livre "Elisabeth de Belgique : les défis d'une reine" de l'historien Georges-Henri Dumont :


"Pour de multiples raisons, les souverains belges avaient accepté l'invitation officielle que leur avait faite le président brésilien Epitacao Pessoa. Le Brésil était entré dans la guerre aux côtés des Alliés en 1917. Assez modestement sur le plan militaire (il s'était contenté d'envoyé une petite flotille dans les mers septentrionales), mais c'est en grandes quantités qu'il avait expédié des médicaments et des vivres. La Belgique ne l'avait pas oublié. Et puis Elisabeth n'était-elle pas une Bragance par sa mère, une "fille des enfants de lumière", selon les mots de Camoëns?  République depuis 1889, le Brésil se souvenait néanmoins du roi Joao VI et surtout de don Pedro qui avait proclamé l'indépendance en 1822 et pris le titre d'empereur. Les Brésiliens considéraient Elisabeth presque comme des leurs. Enfin, les souverains belges, qui avaient l'intention de se rendre bientôt au Congo, étaient heureux de l'occasion qui leur était offerte de parcourir une région tropicale. La Reine avait d'ailleurs demandé au docteur Nolf de l'accompagner afin d'enquêter sur place sur le diagnostic et le traitement des maladies tropicales.


L'embarquement eut lieu le mercredi 1er septembre 1920 au port de Zeebrugge, où avait accosté le cuirassé brésilien "Sao Paulo". Avant de franchir la passerelle et de faire ses adieux à ses trois enfants, la Reine s'entretint pendant quelques instants avec les orphelins de marins et de pêcheurs, élèves de l'école Ibis, venus lui offrir des fleurs. Puis ce furent la montée à bord, les traditionnelles acclamations de la foule massée sur le môle ou les toits des hangars, les hymnes nationaux, les ancres levées, les amarres lâchées.


La traversée fut presque sans histoire. La Reine qui aimait la chaleur et en éprouvait le besoin physique se dorait volontiers au soleil, un livre à la main. L'équipage était surpris par sa jovialité et son apparente simplicité. Elle se mêlait aux habituels jeux de bord qu'elle connaissait bien depuis son voyage aux Etats-Unis. Et le soir, elle prenait souvent sa place parmi les violonistes de l'orchestre. Comme c'était la première fois qu'elle franchissait la ligne de l'équateur, il lui fallut subir l'épreuve du baptême par le roi Neptune. En souvenir de quoi les marins lui offrirent un poudrier en cristal et bronze.


Escorté de dix torpilleurs, le "Sao Paulo" pénétra majestueusement dans la baie de Rio au début de l'après-midi du dimanche 19 septembre 1920. Pendant que, sous un soleil éclatant, les forteresses de Santa Cruz, Sao Joao et Imbuhy saluaient le cuirassé de leurs canons, soixante-quatre rameurs conduisaient vers le Roi et la Reine une galiote toute blanc et or. C'était l'historique "Dom Joao VI", construite en 1808, venue du Portugal lorsque l'arrière-grand-père maternel d'Elisabeth, fuyant l'occupation napoléonienne, s'était exilé en terre brésilienne.


Albert et Elisabeth, accueillis par le président Epitacao Pessoa, sa femme et sa fille, descendirent dans la galiote qui les mena au débarcadère. Discours, cortège triomphal jusqu'au palais de Guanabara, apparitions au balcon : la visite officielle commençait. Trop, beaucoup trop officielle au gré de la Reine. Les autorités brésiliennes avaient cru bien faire en montrant à leurs hôtes combien leur pays était européanisé. Réception au parlement, soirées de gala au théâtre, parades militaires, garden-parties, concours hippique, match de football : rien ne leur fut épargné alors qu'ils souhaitaient essentiellement rencontrer ceux qui luttaient difficilement pour le développement, les dirigeants d'établissements industriels, les responsables de l'urbanisme aux prises avec l'extension des favellas, etc.


Le mardi 27 septembre, après une semaine de cérémonies aussi lassantes que brillantes, la Reine, accompagnée du docteur Nolf et de la comtesse de Caraman-Chimay, put enfin visiter l'Institut de Médecine Tropicale Oswaldo-Cruz situé dans un faubourg de Rio. Elle s'y fit notamment expliquer comment, en quelques années, le docteur Oswaldo-Cruz, un élève de Pasteur, avait réussi à éradiquer la fièvre jaune apportée en 1849 par des navires venant d'Amérique centrale. Nommé directeur de la Santé publique par le président Rodriguez Alvoz, il avait constitué une brigade de 1.500 hommes qui procédèrent systématiquement à l'assèchement ou à la pétrolisation des marais, au nettoyage régulier des petites rivières et à l'examen quotidien des égouts de la capitale. Les résultats ne s'étaient guère fait attendre :   dès 1903, la mortalité due à la fièvre jaune était tombée à 584 décès. En 1908, on n'en enregistrait plus que 4 et l'année suivante, plus du tout. Le docteur Chagaz, successeur de Cruz, étendit le domaine des recherches de l'Institut de Médecine Tropicale aux épidémies qui décimaient le bétail. Après avoir entendu les paroles élogieuses de la Reine, Chagaz et ses collaborateurs signalèrent à celle-ci qu'ils connaissaient et appréciaient les travaux de plusieurs médecins belges, notamment le docteur Jules Bordet.


La flore brésilienne fascinait la Reine. Aussi voulut-elle passer de longues heures au jardin botanique où on lui fit admirer le premier palmier que son arrière-grand-père, le roi Joao du Portugal, planta en 1808. Albert Ier, qui semblait soucieux depuis qu'il savait son gouvernement menacé par les démissions successives du ministre de la Défense Nationale et du ministre des Colonies, planta, lui aussi, un arbre pour commémorer sa visite :  un metrodora. Pour compenser les effets débilitants de la chaleur humide de Rio de Janeiro, les souverains furent conviés à passer un jour et une nuit dans une plantation de café établie dans la montagne. La Reine en profita pour chevaucher dans la région, tantôt au trot, tantôt au galop. A un moment donné, elle piqua des deux à la poursuite d'un immense papillon bleu. Epuisés par son rythme, transpirant, la plupart des membres de sa suite abandonnèrent, l'un après l'autre, la randonnée. Elle, elle continuait, joyeuse et fougueuse comme aux beaux jours de Possenhofen.


Le périple brésilien conduisit Albert et Elisabeth à la ville résidentielle de Petrópolis, à Theresopolis peuplée de colons allemands et suisses, à Belo Horizonte, la nouvelle capitale de l'Etat de Minas Gerais, construite de toutes pièces en quelques années sur l'emplacement d'un village perdu, à Sao Paulo où le prince Léopold vint rejoindre ses parents. A nouveau, trop de cérémonies officielles, mais aussi un enthousiasme populaire délirant, ponctué à chaque gare de salves de fusil et de coups de revolver. Le roi Albert prononça une nouvelle série de discours de remerciement dans le style banal qui convenait. Toutefois, lors de la réception à la Cour de Justice de Belo Horizonte, il glissa une petite phrase qui ne passa pas inaperçue :  "Plus un pays avance dans la civilisation, plus le pouvoir judiciaire y occupe une situation indépendante et respectée".

Quant à la Reine, elle visita à Sao Paulo le couvent de l'ordre belge de Saint-Vincent dont l'école était fréquentée par les enfants de la classe ouvrière. Et pour ne pas faire de discrimination, elle s'arrêta aussi chez les sœurs de Saint-Augustin, un autre ordre belge, qui réservaient leur enseignement aux enfants de ce qu'on appelait la "bonne société".


Le vendredi 8 octobre, le Roi, la Reine et le prince Léopold partirent pour la plaine de Campinas, le plus ancien centre de plantations de café de la région. A cheval, ils montèrent jusqu'à l'important institut zootechnique. Puis ce fut la visite des différents centres agricoles de la Fazenda de Guatapara, suivies de celle du port de Santos aux entrepôts bourrés de sacs de café.


Le voyage se termina comme il avait commencé : à bord du "Sao Paulo". A l'escale de Lisbonne, Elisabeth retrouva le souvenir de ses ancêtres : pour elle, les Portugais tirèrent les carrosses royaux exposés au musée près de la tour de Belem".


(extrait de "Elisabeth de Belgique : les défis d'une reine" de Georges-Henri Dumont)   

lundi 25 mai 2015

Les années britanniques du prince Charles (de 1914 à 1926)

Le 17 août 1914, la reine Elisabeth et ses trois enfants quittent Bruxelles pour Anvers. Le roi Albert prévoyait le siège d'Anvers et estima plus prudent d'envoyer ses enfants en Angleterre. Le 31 août à 8h du matin, ils embarquent à bord du "Jan Breydel", escorté par deux croiseurs et deux contre-torpilleurs britanniques. A Folkestone, ils prennent le train jusque Basingstoke (avec un changement à Londres) où les attend lord Curzon à qui les souverains belges allaient confier leurs enfants. Ils sont accompagnés du capitaine-commandant Max de Nève de Roden, précepteur des princes Léopold et Charles, et de Kate Hammersley, gouvernante de la princesse Marie-José.


Ancien vice-roi de l'Inde et futur membre du cabinet de guerre britannique, lord George Cruzon habite le domaine d'Hackwood (dans le Hampshire) qui contenait un millier d'hectares de forêts et de prairies. Il avait fait connaissance du couple royal belge lors de vacances à Cannes et était très honoré d'héberger leurs enfants jusque décembre 1914. Lord Curzon est veuf et a trois filles :  Irène, Cynthia et Alexandra. La reine Marie-José a raconté cette anecdote :  "Alexandra, appelée Sandra, la benjamine, avait notre âge. Ma rencontre avec elle fut orageuse car je soulevai son petit chien Bobby par la queue, tandis que Charles lui envoyait traîtreusement un coup de pied".


La reine Elisabeth retourne à Anvers le 7 septembre.


Comment était la vie quotidienne à Hackwood pour les trois enfants?  Après le breakfast, ils avaient cours. L'après-midi était consacrée au sport avant le traditionnel thé de 17h, accompagné de gâteaux et crèmes, bien loin des restrictions que connaissaient les Belges à cette époque. Ils y vivaient plus librement qu'au château de Laeken. Le dimanche, ils assistaient à la messe à Basingstoke.


La reine Elisabeth revient en Angleterre du 26 novembre au 2 décembre 1914. C'est lors de ce séjour que l'entrée du prince Charles dans un collège est envisagée. Elle en profite pour déjeuner avec le roi George V et la reine Mary à Buckingham Palace. A Hackwood, elle explique à lord Curzon les positions de son époux et du gouvernement belge. Durant la première guerre mondiale, elle joue un rôle non négligeable car sous prétexte d'aller voir ses enfants, elle transmet des messages confidentiels du roi Albert Ier aux autorités britanniques.


Après le départ du commandant Max de Nève de Roden au front, Léopold entre au collège d'Eton et Charles est inscrit à partir de février 1915 au Wixenford College dans le Berkshire. Quant à la princesse Marie-José, elle fréquente le pensionnat pour filles des Ursulines à Brentwood jusqu'en 1917, puis l'Institut Santissima Annunziata di Poggio Imperiale à Florence afin de se familiariser avec la langue et la culture italiennes en vue de son futur mariage avec le prince héritier Umberto de Savoie...


Dans son livre "Albert et Elisabeth : mes parents",  la reine Marie-José d'Italie raconte un incident provoqué par le jeune comte de Flandre :   "Après le départ du commandant de Nève, mon jeune frère, livré à lui-même, provoqua la colère de mon père en assistant à un service anglican à Westminster Abbey. Tous les journaux avaient relaté cet événement et l'on voyait, sur les photos, Charles aux côtés des princes anglais. Cela choqua les catholiques. Pour la Belgique, c'était grave! Charles ne comprenait pas la fureur paternelle, car les services anglicans et catholiques lui semblaient identiques. On ne parlait pas encore d'oeucuménisme à cette époque".


Lors de l'entrée triomphale à cheval de la famille royale à Bruxelles le 22 novembre 1918, le prince Léopold était en tenue de lieutenant du 12ème de ligne et le prince Charles en cadet de la Marine britannique, une faveur des Alliés anglais.


La reine Marie-José d'Italie raconte dans ses mémoires une anecdote qui démontre la complicité qui l'unit à son frère Charles :
"Dans les années 1919 et 1920, notre grande joie était d'accompagner nos parents lors de leurs fréquents séjours à Paris et à Versailles. L'incomparable Pierre de Nolhac, alors conservateur du château, et son adjoint, le charmant Mgr Peratty, historien de Marie-Antoinette, en faisaient revivre le glorieux passé. A Versailles, mes parents avaient choisi l'Hôtel des Réservoirs plutôt que le Trianon, encore trop envahi par les délégués. C'est dans cet hôtel qu'eut lieu le petit fait suivant qui prit, à nos yeux d'enfants, une grande importance, privés que nous étions en Belgique de gâteries alimentaires. Un soir, Charles et moi, voyant nos parents sortir en grande tenue, en profitâmes pour nous commander tout ce qu'il y avait sur la carte de plus succulent et, avouons-le, de plus cher. Etrange menu :  les huîtres avoisinaient avec le caviar qui était dégusté avec des asperges à la sauce hollandaise, et la glace au chocolat ; le tout arrosé de champagne. Mais à peine avions-nous commencé le festin que, pour une raison que nous ne saurons jamais, la porte s'ouvrit et quelle ne fut pas notre stupeur d'y voir réapparaître nos parents!  Ils ne dirent pas un mot, s'assirent, dégustèrent de tout sans nous regarder...et ce fut fini. Ravis de ne pas avoir été grondés, nous n'en restâmes pas moins, Charles et moi, sur notre faim!".


Au terme de la conférence de paix de Paris, le ministre grec Venizélos demande en 1919 au roi Albert Ier et au ministre belge Hymans si le trône de Grèce intéresserait le prince Charles. Il estimait que la famille royale grecque s'est discréditée par son comportement durant la première guerre mondiale. Sans en parler à son fils, le souverain refuse cette proposition. Il ne voulait prendre aucun risque car notre dynastie ne comptait en 1919 que deux successeurs au trône (Léopold et Charles).


Après la première guerre mondiale, Albert Ier et ses sœurs les princesses Joséphine et Henriette discutent de l'avenir du château des Amerois dans les Ardennes, seconde résidence de leurs défunts parents le comte et la comtesse de Flandre qui est sous séquestre. Les deux sœurs rappellent au Roi que le souhait de leur mère était de laisser à son petit-fils, le prince Charles, qui porte le titre de comte de Flandre, une part plus importante de son héritage, le palais de la rue de la Régence à Bruxelles et le château des Amerois, pour perpétuer les traditions de leur Maison. La comtesse Marie estimait que son autre petit-fils, le futur Léopold III, aurait suffisamment de propriétés à sa disposition (palais royal de Bruxelles, châteaux de Laeken et Ciergnon, villa royale d'Ostende) et que les princesses de Belgique épousent des princes étrangers et quittent donc le sol belge.


Le roi Albert Ier ne respecte pas la volonté de sa mère la comtesse de Flandre car il craint que cet arrangement ne soit perçu comme un moyen détourné de soustraire le château au séquestre et car il connaît quelques soucis financiers. En effet, il a déjà vendu le palais de la rue de la Régence pour créer des ressources suffisantes à la Liste Civile qui ne parvient plus à payer toutes les dépenses de la Cour. Le château des Amerois est donc finalement vendu en 1923 pour la somme de sept millions de francs belges.


La princesse Clémentine de Belgique (fille cadette du roi Léopold II) aimait beaucoup Charles et l'emmenait avec son fils le prince Louis Napoléon faire du char à voile sur la plage de La Panne. Elle a écrit à son sujet :   "Il possède l'intelligence et l'humour caustique des Saxe-Cobourg, mêlé à la sensibilité des Wittelbach, mais il se montre plus fantaisiste et moins raisonnable que Léopold".


Après la public school de Winchester, le prince Charles suit différentes formations au sein de la Marine Britannique de 1917 à 1926. Malgré la discipline de fer, il s'y plaît bien. Suite à une autorisation du roi George V (car Charles n'a pas la nationalité britannique), il entre en février 1917 au Naval College d'Osborne, avant d'être inscrit en septembre 1918 comme cadet au Royal Navy College de Darmouth. Un congé spécial lui est accordé pour participer avec sa famille à la Joyeuse Entrée à Bruxelles le 22 novembre 1918.


En décembre 1920,  Charles passe l'examen final du collège de Darmouth. Un mois plus tard, il embarque à bord du navire de guerre "HMS Téméraire" pour une mission en Méditerranée du 4 janvier au 11 avril 1921. Albert Ier assiste à son embarquement à Portsmouth et demande que son fils ne bénéficie d'aucun traitement de faveur. Un autre voyage l'emmène en Norvège à bord du "HMS Thunderer Spithead". Le prince de Galles (futur Edouard VIII) l'invite à l'accompagner en Inde et au Japon, où le comte de Flandre rencontre la famille impériale.


En 1923, Charles est engagé sur le "Barham", un navire de la flotte atlantique. Il séjourne ensuite discrètement en 1924 plusieurs mois en Suisse pour suivre un traitement au sanatorium Victoria. Dans sa biographie du prince, Gunnar Riebs émet l'hypothèse d'une sciatique apparue suite à un muscle forcé en manipulant un levier. Il évoque aussi une nourriture déficiente lors de ses années passées à la Royal Navy. Au début de l'année 1925, Charles reprend au Royal Navy College de Greenwich une formation technique et scientifique du niveau de l'Ecole Royale Militaire de Bruxelles.


Dans les années 20, le prince Charles passe également plusieurs semaines chez sa tante et marraine la princesse Henriette de Belgique (épouse du prince Emmanuel d'Orléans, duc de Vendôme) au château de Tourronde, près d'Evian, qu'elle avait acheté en 1922. Dans son livre "Henriette, duchesse de Vendôme" paru aux éditions Racine, l'historienne Dominique Paoli raconte ce séjour du comte de Flandre :


"Henriette sait que son filleul s'entend très mal avec ses parents. Aussi n'est-elle qu'à moitié étonnée lorsqu'un jour, elle le voit arriver inopinément à Tourronde, où il est venu chercher refuge. La situation est délicate, le prince s'étant enfui du palais. Il ne faut pas froisser ni le père, ni le fils. Prévenu, le Roi adresse immédiatement une lettre à sa sœur pour lui demander officiellement si elle veut bien recevoir Charles. Ce problème réglé, le séjour à Tourronde va durer plusieurs semaines. Une merveilleuse occasion pour le jeune prince de confier ses états d'âme à sa marraine dont il connaît le caractère altruiste et affectueux :  il se sent mal aimé, négligé par sa mère qui s'intéresse surtout à Léopold, l'aîné. Il se sent traité en domestique par le futur roi. S'estimant victime d'une terrible incompréhension, il s'est cabré, car il tient à ses idées et s'est révolté contre ses parents".


En avril 1926, il quitte le Royal Naval War College de Greenwich avec le grade de lieutenant de vaisseau honoraire de première classe, et rentre en Belgique après douze années passées en Grande-Bretagne.
(à suivre...)


sources :
- de Belgique Marie-José, "Albert et Elisabeth de Belgique : mes parents", éditions Le Cri, 1999
- EMMERY Rien, "Charles de Belgique (1903-1983)", éditions Racine, 2008
- LEROY Vincent,  "Le prince Charles de Belgique", éditions Imprimages, 2007
- RIEBS Gunnar, "Charles, comte de Flandre, prince de Belgique, régent du royaume", éditions Labor, 2004

lundi 18 mai 2015

L'enfance du prince Charles de Belgique

                                                                                            
Ne souhaitant pas vivre au palais de la rue de la Régence des comtes de Flandre, le prince Albert et la princesse Elisabeth louent l'hôtel d'Assche à Bruxelles de 1901 à leur accession au trône. L'hôtel d'Assche était situé rue de la Science dans le Quartier Léopold. C'est là que naît le 10 octobre 1903 leur fils cadet le prince Charles-Théodore, Henri, Antoine, Meinrad de Saxe-Cobourg-Gotha, prince de Belgique et futur régent du royaume. 101 coups de canon sont tirés. Il reçoit le prénom de son grand-père maternel, mais est très vite appelé Charles au lieu de Charles-Théodore. A sa naissance, il ne portait pas le titre de comte de Flandre qui appartenait à son grand-père paternel Philippe, décédé en 1905 d'une congestion cérébrale.


Dans leur livre "Albert Ier insolite" paru en 1984,  Jo et Hervé Gérard présentent les trois enfants du couple princier :   "Léopold naît en 1901 et sera un petit garçon sérieux, têtu, assez renfermé, très sensible sous ses dehors de sportif plutôt taciturne. Il étudie avec un acharnement silencieux. Il collectionne les bonnes notes, tandis que son frère Charles, né en 1903, se révèle fantaisiste, gai, blagueur même et doué d'une intelligence rapide, pénétrante. En 1906, les deux garçons se penchent sur un berceau où s'agite leur sœur Marie-José dont ils admirent l'abondante chevelure et l'incontestable vivacité".

Malgré la naissance de ses trois enfants, la princesse Elisabeth s'ennuie en Belgique dans les premières années de son mariage, supporte mal le climat pluvieux du pays et a des relations très froides avec ses beaux-parents. Elle connaît de nombreux problèmes de santé et fait de fréquents voyages à l'étranger, ce qui alimente les rumeurs de mésentente au sein du couple princier.


Lorsque la princesse Elisabeth est en voyage, son époux lui raconte la vie quotidienne à Bruxelles. Ces trois extraits de lettres témoignent que leur fils cadet leur cause déjà beaucoup de soucis :


"Pour te donner quelques nouvelles d'ici, je te dirai que les enfants vont très bien, que la petite a gagné trois cent grammes, que les leçons de Léopold sont en progrès et que Charles est très désobéissant. Hier, je lui ai donné une raclée".

"Les enfants sont magnifiques, en excellente santé, gais, contents de l'existence, la petite a une mine splendide, elle est superbe et marche déjà comme une enfant de deux ans, le second est un vrai diable qui s'enorgueillit devant moi de ses prouesses".

"L'aîné gagne beaucoup, il me semble qu'il se fortifie, les études marchent bien. Au contraire, le second se montre indiscipliné et extrêmement paresseux. C'est contre lui que se tourne maintenant la colère de Plas, appelé Baloo".

En 1909, le roi Léopold II décède. La veille de sa prestation de serment, Albert Ier a des doutes sur ses capacités et ne veut pas monter sur le trône. Son épouse usera de tout son pouvoir d'influence pour le faire changer d'avis. Elisabeth est très fière d'être la troisième reine des Belges et son nouveau statut lui fait aimer la Belgique. Elle s'investit dans le domaine social et la culture.


Quelques jours avant le décès de Léopold II, Charles perd son grand-père maternel, le duc Charles-Théodore en Bavière, ophtalmologue de renom, qui meurt le 30 novembre 1909 dans les Alpes bavaroises. Il a transmis à sa fille Elisabeth son esprit anticonformiste, son amour de la musique, son intérêt pour la médecine et son scepticisme face à la religion.


Le 31 janvier 1910, le prince Charles est titré comte de Flandre par son père. En tant que fils aîné du nouveau souverain, le prince Léopold porte, lui, le titre de duc de Brabant.


Sur recommandation de l'ingénieur Emile Waxweiler, Albert avait choisi, après une heure d'entretien,  Vital Plas comme instituteur de ses deux fils. Issu de la classe populaire, il avait été formé à l'Ecole Normale Charles Buls de la Ville de Bruxelles et il s'exprimait avec un solide accent bruxellois. C'était un anticlérical, un franc-maçon et un défenseur de l'enseignement officiel et laïc. Cette désignation entraîna la stupeur et le mécontentement du cardinal Mercier et des cercles catholiques de la capitale... Mais Vital Plas gagna l'affection de ses élèves Léopold et Charles qui le surnommaient Baloo, l'ours du "Livre de la Jungle".


La reine Marie-José évoque Vital Plas dans son livre "Albert et Elisabeth : mes parents" :   "Vital Plas, le professeur de mes frères, était un petit homme rondelet aux yeux en boule de loto. Il leur apprenait maintenant l'histoire selon la théorie basée sur les chiffres que les disciples du major du génie Bruck, mort en 1870, enseignaient à l'Ecole Royale Militaire avec succès. Théorie mise par Plas à la portée des enfants pour apprendre à calculer et donc à prévoir, d'après les courants telluriques, le rythme des époques d'apogée et de décadence de l'humanité. Nous ne nous retrouvions tous les trois qu'à l'heure des repas à la table familiale. Souvent puni, l'un ou l'autre prenait sa collation seul à un petit guéridon en tournant le dos à l'assistance! Une fois, Charles resta ainsi relégué pendant quinze repas. Il avait répété à son professeur de violon un propos imprudent de son précepteur musicophobe :  "N'importe quel balayeur de rue vaut mieux qu'un musicien". Cela avait provoqué un véritable drame dans ces murs où la musique était sacro-sainte".

La reine Marie-José raconte également l'éducation musicale dispensée par la reine Elisabeth à ses trois enfants :    "Très tôt, ma mère nous fit assister aux séances de musique qu'elle donnait chez elle. On voulait nous apprendre à écouter. Pendant ces séances, nous devions être recueillis et surtout ne pas bouger. Immobilité d'autant plus difficile à supporter que le velours des fauteuils nous grattait les jambes. Mes frères prenaient des leçons de piano avec un professeur du Conservatoire de Bruxelles. Léopold, non sans effort, parvint à jouer une sonatine de Diabelli ; durant l'exécution, il levait tellement les coudes qu'on eût dit un hanneton sur le point de s'envoler. Charles délaissa le piano pour le violon qu'il travailla avec Deru. Cependant, tous deux, trop absorbés par leurs études, abandonnèrent bientôt la musique".

Une grande complicité unissait le prince Charles à sa sœur Marie-José comme cet extrait de son livre en témoigne :    "Mon frère Charles et moi étions les enfants terribles de la famille. Léopold avait déjà l'esprit plus pragmatique. Je me souviens qu'avec mon frère cadet, nous partions en secret, bougie à la main, explorer les fameux souterrains du château de Laeken à la recherche d'un mystérieux trésor. Le roi Léopold II avait, en effet, la curieuse manie de faire construire dans la plupart de ses résidences ces étranges souterrains et rotondes rehaussés de colonnes. Dans le parc, nous avions aussi découvert l'amorce d'un grand tunnel destiné à amener le train royal jusqu'au château. Les travaux avaient été interrompus par la mort du souverain. Nous y pénétrions le plus loin possible mais sans jamais rien découvrir...".

Dans sa biographie de la reine Elisabeth, Evrard Raskin a écrit :   "Pourquoi prétendre qu'Elisabeth désavantage Charles au profit de Léopold? Charles est un enfant paresseux, indiscipliné et peu affable. Les bonnes d'enfant ne le supportent pas. Ses professeurs ne l'apprécient pas non plus. Ses bulletins fourmillent de remarques négatives. Il faut donc intervenir régulièrement. Albert lui administre même des punitions corporelles. Mais rien n'y fait. Elisabeth est déçue par Charles, tandis que Léopold est actif, charmant et conscient de ses obligations (...) Ses parents auraient dû se soucier davantage de leur enfant à problèmes et moins pousser Léopold en avant. La reine Elisabeth, quant à elle, aurait dû accorder moins d'importance à ses sentiments esthétiques et montrer autant d'amour au vilain petit canard Charles qu'au beau et imposant Léopold".

Le prince Charles participe de temps en temps à des événements publics comme le 21 mai 1912 lorsqu'un cortège constitué de cinq calèches quitte le palais royal de Bruxelles pour se rendre à une exposition de chevaux dans le hall du Cinquantenaire. Le roi Albert, la reine Elisabeth, la comtesse Marie de Flandre (qui meurt inopinément le 26 novembre 1912) et le prince Charles y ont pris place et sont chaleureusement applaudis tout au long du parcours. Un an plus tard, en 1913, Charles accompagne son père et son frère Léopold à l'inauguration du Musée des Beaux-Arts de Mons. Composé de cinq salles, il répondait aux critères du début du 20ème siècle et permettait de présenter 200 œuvres sur trois niveaux superposés.


Le 28 juin 1914, le roi Albert Ier visite l'Exposition Nationale Suisse à Berne lorsqu'il apprend l'assassinat à Sarajevo de l'archiduc François Ferdinand d'Autriche et de son épouse Sophie par un extrémiste serbe. Cet événement va provoquer la première guerre mondiale qui a perturbé la vie du prince Charles et de sa famille.


Début août, l'Allemagne lance un ultimatum obligeant la Belgique à laisser passer ses troupes pour attaquer la France. Réunis par le Roi au palais royal, les ministres du Conseil de la Couronne refusent et répondent que si la neutralité de notre pays est violée, l'armée repoussera l'invasion ennemie. Le 4 août, les soldats allemands pénètrent sur le territoire belge.


La reine Marie-José a laissé son témoignage de ces heures pénibles :   "Naturellement, je ne vis presque pas mes parents ces jours-là. Mon père présidait des séances qui se prolongeaient tard dans la nuit. De ma chambre, j'entendais un continuel va-et-vient de voitures. Tout le monde paraissait sombre mais on ne me racontait rien. Seul Léopold se donna la peine de m'expliquer que les soldats belges étaient envoyés à la frontière pour arrêter les Allemands qui voulaient entrer dans notre pays. Le 4 août, à 10h du matin, mon père à cheval, entouré de son état-major, se rendit au Parlement et nous l'y rejoignîmes en calèche. Le visage de ma mère et celui de Léopold reflétaient une expression de profonde gravité. Charles et moi ne comprenions qu'à moitié cette tragique situation ; cependant, nous restâmes sages. Mon père apparut à la tribune, calme et très beau en uniforme de campagne bleu foncé".

Le 17 août, la reine Elisabeth et ses trois enfants quittent Bruxelles pour Anvers. Le roi Albert prévoyait le siège d'Anvers et estima plus prudent d'envoyer ses enfants en Angleterre.


A suivre : les années britanniques du prince Charles

Bibliographie  :
- de BELGIQUE Marie-José, "Albert et Elisabeth de Belgique : mes parents", éditions Le Cri, 1999
- EMMERY Rien,  "Charles de Belgique (1903-1983)", éditions Racine, 2008
- LEROY Vincent, "Le prince Charles de Belgique", éditions Imprimages, 2007
- RIEBS Gunnar, "Charles, comte de Flandre, prince de Belgique, régent du royaume", éditions Labor, 2004





lundi 2 mars 2015

Activités de l'Association Royale Dynastie et Patrimoine Culturel

1° Mardi 17 mars 2015

A 15h à la Fondation Universitaire (11, rue d'Egmont à Bruxelles), projection du film de Nicolas Delvaulx :  "Sur les pas du roi Albert Ier et de la reine Elisabeth, mes grands-parents". Il nous présente un documentaire exceptionnel de 95 minutes, réalisé à partir de nombreux témoignages et documents inédits tirés, entre autres, d'albums et d'archives royales privées. Comme pour ses films précédents, Nicolas Delvaulx a bénéficié de la collaboration de la princesse Marie-Esméralda de Belgique qui offre un regard personnel et émouvant sur ses grands-parents. Nicolas Delvaulx commentera le documentaire avec Olivier Defrance, historien (ULB) et auteur de plusieurs ouvrages sur la dynastie belge. Ils répondront aux questions après la projection du film.


Inscription obligatoire avant le 13 mars. Prix d'entrée : 10 euros.


2° Mercredi 6 mai 2015

8h30 : Rendez-vous au parking des cars, rue Cardinal Mercier à Bruxelles, et départ pour le château de Rumbeke.


Visite de l'exposition "Le roi Albert Ier et la Grande Guerre" qui se tient au château de Rumbeke, une demeure datant de la Renaissance flamande, située dans le domaine provincial du Sterrenbos à Roulers. L'exposition est consacrée au rôle du roi Albert Ier et de l'armée belge pendant les premiers mois de la guerre.


Déjeuner dans le restaurant du domaine.


Visite du Musée du Boyau de la Mort à Dixmude, récemment restauré, où nous serons guidés par le colonel aviateur Jean-Jacques David, secrétaire de notre association.


Inscription obligatoire avant le 24 avril. Prix de la journée : 50 euros (trajet en bus + 2 visites + repas de midi).


Plus d'infos :   www.musdyn.be

dimanche 9 novembre 2014

Interview de Christophe Vachaudez sur ses ouvrages sur la famille royale

                              


A l'occasion de la sortie de l'album-photos "Albert et Elisabeth" qu'il a co-réalisé avec la princesse Marie-Esméralda de Belgique, l'historien Christophe Vachaudez a répondu à mes questions par mail :


"Comment est née votre passion pour les familles royales?
- Il y a bien longtemps, j'en ai peur. Je devais avoir neuf ans quand on m'a offert un livre sur les palais royaux et puis de fil en aiguille, mes intérêts pour la généalogie et le bijou ont fait le reste!


- Votre ouvrage sur les bijoux de notre famille royale paru en 2004 fait figure de référence. Des bijoux sont sortis de l'ombre depuis lors, notamment lors de la succession de la grande-duchesse Joséphine-Charlotte et de la vente de la princesse Marie-Gabrielle de Savoie. Pouvez-vous nous en dire plus?
- Il est toujours frustrant d'écrire un livre et puis de constater que certaines questions qui se posaient peuvent être solutionnées après la parution. Je pourrais en effet le ré-éditer avec nombre d'informations supplémentaires....peut-être un jour? La grande-duchesse Joséphine-Charlotte a reçu nombre de bijoux ayant appartenu à sa mère et voilà qui est bien normal. Elle en a achetés également. La reine Marie-José possédait, elle aussi, une très belle collection combinant les bijoux de la maison d'Italie et de Belgique.

- Peut-on s'attendre à voir prochainement ré-apparaître des bijoux de notre dynastie?
- Pas que je sache pour le moment, bien que des mystères doivent encore trouver une solution...

- Ne faut-il pas trouver une solution comme aux Pays-Bas ou en Suède, afin que l'écrin de nos reines ne soit pas démantelé à chaque génération?
- Cette décision incombe au monarque mais la collection actuelle est plutôt réduite. Il est à espérer que la reine Fabiola privilégie Mathilde dans l'héritage. C'était le souhait de la reine Marie-Henriette, mais Léopold II ne l'a pas appliqué.

- Comment est né ce projet d'album-photos sur le roi Albert Ier et la reine Elisabeth?
- La princesse Marie-Esméralda et moi avons eu une idée similaire et nous avons joint nos forces pour concevoir cet album.

- Où avez-vous trouvé les photos inédites de ce nouvel ouvrage et de "L'Album royal de Léopold Ier à Baudouin" (que vous avez réalisé avec Olivier Defrance)?
- Nombre de photos sont issues des collections royales (aussi bien des archives que des albums privés), de collections privées et publiques, tant en Belgique qu'à l'étranger. Il s'agit d'un travail de fourmis.

- Comment présenteriez-vous le roi Albert et la reine Elisabeth en quelques lignes?
- Le roi Albert et la reine Elisabeth sont des figures complexes et éminemment intéressantes. Lui est plus taciturne mais son caractère s'est quelque peu affiné au fil des années, ce qui lui a permis de prendre des décisions pour le bien de la population en désaccord avec le gouvernement et les Alliés durant la guerre. Il a vraiment joué cavalier seul et pris de lourdes responsabilités. Comme son épouse, il s'intéressait aux nouvelles technologies et était heureux de rencontrer des scientifiques et des savants. Il appréciait aussi les moments de solitude.
La Reine est un personnage hors norme, qui a conscience de sa position mais ne réchigne pas à enfreindre les règles établies. Elle était, à ma connaissance, la seule souveraine à piloter, à faire de l'alpinisme, de la natation ou du yoga, à escalader en nacelle les murs des temples égyptiens, à maintenir une correspondance avec des figures comme Einstein, Colette, Jean Cocteau ou Albert Schweitzer. Elle est allée en Pologne, en Russie et en Chine à l'époque du rideau de fer et contre l'avis du gouvernement. Elle était partout, a sauvé des enfants juifs, a institué un concours musical reconnu internationalement, a œuvré pour la protection du palais des Beaux-Arts, patronné une association qui luttait contre les maladies vénériennes...la liste est longue!

- Quels sont vos projets pour 2015?
- J'ai plein de projets en cours en Belgique, au Luxembourg, en Autriche et en Serbie, mais tout dépend des autorisations que j'aurai.

- Quel regard portez-vous sur le début de règne du nouveau couple royal?
- Je pense qu'il est difficile d'évoluer sous l'œil peu complaisant de la presse qui ne tolère aucun faux pas, mais je trouve, et c'est très personnel, que les souverains tirent bien leur épingle du jeu. Par contre, on peut regretter la mauvaise gestion de certains faits, comme l'interview du roi Albert accordée à RTL-TVI. Le Palais n'aurait pas dû marteler qu'il n'était pas au courant et agir avec plus de diplomatie. Tout a été codifié avec des côtés positifs et négatifs, mais des évolutions sont nécessaires, et je pense que l'image que renvoient les souverains et leurs enfants est très positive autant en Belgique qu'à l'étranger. Le prince Laurent paraît plus serein, mais il est dommage que la princesse Astrid semble un peu mise à l'écart de même que les anciens souverains. Les rancunes personnelles devraient prendre un aspect moins public. L'amour du prochain n'est-il pas une vertu que doivent cultiver les gens qui se disent chrétiens?".

Vous pouvez retrouver mon compte-rendu du livre "Bijoux des reines et princesses de Belgique" de Christophe Vachaudez (paru en 2004) :  http://familleroyalebelge.blogspot.be/2010/02/bijoux-des-reines-et-princesses-de.html


  

lundi 11 août 2014

"Albert et Elisabeth : le film de la vie d'un couple royal" (éditions Mardaga)

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Ecrit par 12 auteurs du nord et du sud du pays,  cet ouvrage collectif prolonge l'exposition organisée en hommage au roi Albert Ier et à la reine Elisabeth durant l'été 2014 au palais royal. Ils ont bénéficié de l'aide de la Cinémathèque Royale de Belgique, du Centre d'étude Guerres et Sociétés, et de l'Association Dynastie et Patrimoine Culturel.


C'est le roi Philippe en personne qui a écrit l'avant-propos de ce livre et fait remarquer plusieurs choses :
"Lorsqu'Albert Ier a succédé à son oncle, la monarchie avait pour plusieurs raisons perdu de sa popularité. A son décès tragique, 25 ans et une guerre mondiale plus tard, le Roi avait réussi à gagner le cœur de son peuple et à donner un nouvel élan à la Belgique, tant au niveau national qu'international".
-  "Pendant cette guerre, Albert Ier ne s'est pas seulement comporté en chef d'Etat responsable. Il a également senti que le monde était en train de changer. Et que la souffrance du soldat dans la boue des tranchées et l'oppression pesant sur le pays occupé étaient portées par tous les Belges, solidaires et unis".
-  "Mon arrière-grand-père avait aussi compris que le cinéma permettait de communiquer d'une tout autre façon avec le monde extérieur, mieux encore, que cela rendait cette communication nécessaire. Comme dans tout ce qu'il faisait ou presque, il n'a donc rien laissé au hasard dans ce domaine".
-  "J'ai aussi été frappé par l'enthousiasme du Roi et de la Reine à parcourir le monde. Albert et Elisabeth ont régné dans un monde globalisé avant la lettre".
-  "Le roi Albert Ier a été le premier roi des Belges à ne pas se présenter seul au monde extérieur, mais à le faire, dès le début, avec la Reine à ses côtés".


Le roi Philippe résume assez bien les différents aspects mis en avant par les spécialistes de cet ouvrage, qui n'est pas une biographie mais donne déjà un bel aperçu de leur règne, tant par les textes que par les photos. Durant la guerre, Albert Ier a parfois agi sans l'accord de ses ministres et jusqu'en septembre 1918, il maintient ses troupes dans des positions défensives et ne veut pas participer aux combats des Britanniques et des Français. Il impose ensuite le suffrage universel qui change le système parlementaire belge :  des gouvernements de coalition sont désormais nécessaires, ce qui renforce le rôle de médiateur du Roi. Quelques fois, il utilise des lettres ouvertes rendues publiques pour soutenir certaines réformes ou projets de lois. Cet ouvrage explique aussi l'intérêt du couple royal pour le Congo, les sciences et le cinéma (qu'il a abondamment utilisé pour sa communication).

lundi 23 juin 2014

Le voyage d'Albert Ier et Elisabeth au Brésil en 1920

Lors de leur week-end au Brésil, le roi Philippe et la reine Mathilde ont dévoilé la nouvelle plaque de l'avenue dédiée à la reine Elisabeth, et déposé des fleurs devant le buste du roi Albert Ier. Ces deux hommages du Brésil aux souverains belges rappellent leur voyage dans ce pays en 1920. En voici le compte-rendu que j'ai trouvé dans le livre "Elisabeth de Belgique : les défis d'une reine" de l'historien Georges-Henri Dumont :


"Pour de multiples raisons, les souverains belges avaient accepté l'invitation officielle que leur avait faite le président brésilien Epitacao Pessoa. Le Brésil était entré dans la guerre aux côtés des Alliés en 1917. Assez modestement sur le plan militaire (il s'était contenté d'envoyé une petite flotille dans les mers septentrionales), mais c'est en grandes quantités qu'il avait expédié des médicaments et des vivres. La Belgique ne l'avait pas oublié. Et puis Elisabeth n'était-elle pas une Bragance par sa mère, une "fille des enfants de lumière", selon les mots de Camoëns?  République depuis 1889, le Brésil se souvenait néanmoins du roi Joao VI et surtout de don Pedro qui avait proclamé l'indépendance en 1822 et pris le titre d'empereur. Les Brésiliens considéraient Elisabeth presque comme des leurs. Enfin, les souverains belges, qui avaient l'intention de se rendre bientôt au Congo, étaient heureux de l'occasion qui leur était offerte de parcourir une région tropicale. La Reine avait d'ailleurs demandé au docteur Nolf de l'accompagner afin d'enquêter sur place sur le diagnostic et le traitement des maladies tropicales.


L'embarquement eut lieu le mercredi 1er septembre 1920 au port de Zeebrugge, où avait accosté le cuirassé brésilien "Sao Paulo". Avant de franchir la passerelle et de faire ses adieux à ses trois enfants, la Reine s'entretint pendant quelques instants avec les orphelins de marins et de pêcheurs, élèves de l'école Ibis, venus lui offrir des fleurs. Puis ce furent la montée à bord, les traditionnelles acclamations de la foule massée sur le môle ou les toits des hangars, les hymnes nationaux, les ancres levées, les amarres lâchées.


La traversée fut presque sans histoire. La Reine qui aimait la chaleur et en éprouvait le besoin physique se dorait volontiers au soleil, un livre à la main. L'équipage était surpris par sa jovialité et son apparente simplicité. Elle se mêlait aux habituels jeux de bord qu'elle connaissait bien depuis son voyage aux Etats-Unis. Et le soir, elle prenait souvent sa place parmi les violonistes de l'orchestre. Comme c'était la première fois qu'elle franchissait la ligne de l'équateur, il lui fallut subir l'épreuve du baptême par le roi Neptune. En souvenir de quoi les marins lui offrirent un poudrier en cristal et bronze.


Escorté de dix torpilleurs, le "Sao Paulo" pénétra majestueusement dans la baie de Rio au début de l'après-midi du dimanche 19 septembre 1920. Pendant que, sous un soleil éclatant, les forteresses de Santa Cruz, Sao Joao et Imbuhy saluaient le cuirassé de leurs canons, soixante-quatre rameurs conduisaient vers le Roi et la Reine une galiote toute blanc et or. C'était l'historique "Dom Joao VI", construite en 1808, venue du Portugal lorsque l'arrière-grand-père maternel d'Elisabeth, fuyant l'occupation napoléonienne, s'était exilé en terre brésilienne.


Albert et Elisabeth, accueillis par le président Epitacao Pessoa, sa femme et sa fille, descendirent dans la galiote qui les mena au débarcadère. Discours, cortège triomphal jusqu'au palais de Guanabara, apparitions au balcon : la visite officielle commençait. Trop, beaucoup trop officielle au gré de la Reine. Les autorités brésiliennes avaient cru bien faire en montrant à leurs hôtes combien leur pays était européanisé. Réception au parlement, soirées de gala au théâtre, parades militaires, garden-parties, concours hippique, match de football : rien ne leur fut épargné alors qu'ils souhaitaient essentiellement rencontrer ceux qui luttaient difficilement pour le développement, les dirigeants d'établissements industriels, les responsables de l'urbanisme aux prises avec l'extension des favellas, etc.


Le mardi 27 septembre, après une semaine de cérémonies aussi lassantes que brillantes, la Reine, accompagnée du docteur Nolf et de la comtesse de Caraman-Chimay, put enfin visiter l'Institut de Médecine Tropicale Oswaldo-Cruz situé dans un faubourg de Rio. Elle s'y fit notamment expliquer comment, en quelques années, le docteur Oswaldo-Cruz, un élève de Pasteur, avait réussi à éradiquer la fièvre jaune apportée en 1849 par des navires venant d'Amérique centrale. Nommé directeur de la Santé publique par le président Rodriguez Alvoz, il avait constitué une brigade de 1.500 hommes qui procédèrent systématiquement à l'assèchement ou à la pétrolisation des marais, au nettoyage régulier des petites rivières et à l'examen quotidien des égouts de la capitale. Les résultats ne s'étaient guère fait attendre :   dès 1903, la mortalité due à la fièvre jaune était tombée à 584 décès. En 1908, on n'en enregistrait plus que 4 et l'année suivante, plus du tout. Le docteur Chagaz, successeur de Cruz, étendit le domaine des recherches de l'Institut de Médecine Tropicale aux épidémies qui décimaient le bétail. Après avoir entendu les paroles élogieuses de la Reine, Chagaz et ses collaborateurs signalèrent à celle-ci qu'ils connaissaient et appréciaient les travaux de plusieurs médecins belges, notamment le docteur Jules Bordet.


La flore brésilienne fascinait la Reine. Aussi voulut-elle passer de longues heures au jardin botanique où on lui fit admirer le premier palmier que son arrière-grand-père, le roi Joao du Portugal, planta en 1808. Albert Ier, qui semblait soucieux depuis qu'il savait son gouvernement menacé par les démissions successives du ministre de la Défense Nationale et du ministre des Colonies, planta, lui aussi, un arbre pour commémorer sa visite :  un metrodora. Pour compenser les effets débilitants de la chaleur humide de Rio de Janeiro, les souverains furent conviés à passer un jour et une nuit dans une plantation de café établie dans la montagne. La Reine en profita pour chevaucher dans la région, tantôt au trot, tantôt au galop. A un moment donné, elle piqua des deux à la poursuite d'un immense papillon bleu. Epuisés par son rythme, transpirant, la plupart des membres de sa suite abandonnèrent, l'un après l'autre, la randonnée. Elle, elle continuait, joyeuse et fougueuse comme aux beaux jours de Possenhofen.


Le périple brésilien conduisit Albert et Elisabeth à la ville résidentielle de Petrópolis, à Theresopolis peuplée de colons allemands et suisses, à Belo Horizonte, la nouvelle capitale de l'Etat de Minas Gerais, construite de toutes pièces en quelques années sur l'emplacement d'un village perdu, à Sao Paulo où le prince Léopold vint rejoindre ses parents. A nouveau, trop de cérémonies officielles, mais aussi un enthousiasme populaire délirant, ponctué à chaque gare de salves de fusil et de coups de revolver. Le roi Albert prononça une nouvelle série de discours de remerciement dans le style banal qui convenait. Toutefois, lors de la réception à la Cour de Justice de Belo Horizonte, il glissa une petite phrase qui ne passa pas inaperçue :  "Plus un pays avance dans la civilisation, plus le pouvoir judiciaire y occupe une situation indépendante et respectée".

Quant à la Reine, elle visita à Sao Paulo le couvent de l'ordre belge de Saint-Vincent dont l'école était fréquentée par les enfants de la classe ouvrière. Et pour ne pas faire de discrimination, elle s'arrêta aussi chez les sœurs de Saint-Augustin, un autre ordre belge, qui réservaient leur enseignement aux enfants de ce qu'on appelait la "bonne société".


Le vendredi 8 octobre, le Roi, la Reine et le prince Léopold partirent pour la plaine de Campinas, le plus ancien centre de plantations de café de la région. A cheval, ils montèrent jusqu'à l'important institut zootechnique. Puis ce fut la visite des différents centres agricoles de la Fazenda de Guatapara, suivies de celle du port de Santos aux entrepôts bourrés de sacs de café.


Le voyage se termina comme il avait commencé : à bord du "Sao Paulo". A l'escale de Lisbonne, Elisabeth retrouva le souvenir de ses ancêtres : pour elle, les Portugais tirèrent les carrosses royaux exposés au musée près de la tour de Belem".


(extrait de "Elisabeth de Belgique : les défis d'une reine" de Georges-Henri Dumont)   

lundi 24 mars 2014

La famille royale et la côte belge

                             

(Article actualisé en juillet 2017)

Ce 1er juillet 2017, les souverains et leurs quatre enfants étaient en visite officielle à la côte belge :  ils ont assisté à des démonstrations de sauvetage sur la plage de Westende, et ils ont visité, à Ostende, le navire "Mercator" qui vient d'être restauré.

Depuis le décès du prince-régent Charles à Ostende en 1983, la famille royale belge ne séjourne plus à la côte belge, et a renoncé depuis longtemps à l'utilisation de la Villa Royale d'Ostende, transformée en hôtel-restaurant puis en centre de revalidation.

On sait cependant que le prince Laurent, la princesse Claire et leurs trois enfants viennent de temps en temps se reposer discrètement dans la station de Knokke-Heist, où la famille Coombs posséderait un appartement.

Durant son règne, le roi Albert II a acheté deux appartements à Ostende qui sont mis en location. Son fidèle conseiller Vincent Pardoen possède également un appartement dans le même immeuble.

Pour plus d'infos :

- le monument Léopold Ier à La Panne :  http://tourisme.depanne.be/product/1028/monument-leopold-ier

- l'hôpital de l'Océan à La Panne, où se rendait souvent la reine Elisabeth durant la première guerre mondiale :   www.noblesseetroyautes.com/lhopital-de-locean-a-la-panne

- la chapelle royale de La Panne :   http://familleroyalebelge.blogspot.be/2016/12/la-chapelle-royale-de-la-panne.html

- la maison d'Ostende où est décédée la reine Louise-Marie en 1850 :   www.noblesseetroyautes.com/langestraat-69-a-ostende-la-derniere-demeure-de-la-reine-louise-marie

- Ostende, station balnéaire développée sous l'impulsion de Léopold II : www.noblesseetroyautes.com/ostende-station-balneaire-royale

- l'ancienne Villa Royale d'Ostende :  http://royalementblog.blogspot.be/2011/10/la-villa-royale-dostende.html

- le monument Albert Ier à Nieuport :  http://probelgica-hainaut.blogspot.be/2016/08/pro-belgica-nieuport.html

- la maison du prince-régent Charles à Raversijde (où il vécut de 1950 à 1983) :   www.noblesseetroyautes.com/raversijde-dans-lintimite-du-prince-charles

lundi 10 février 2014

80ème anniversaire du décès de notre roi Albert Ier

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Qui était le roi Albert Ier?
A sa naissance le 8 avril 1875, rien ne laissait prévoir qu'il allait un jour monter sur le trône. Il est le fils cadet du prince Philippe, comte de Flandre et frère du roi Léopold II, et de la princesse Marie de Hohenzollern, qui vivent dans leur palais de la rue de la Régence à Bruxelles. Son éducation dans sa petite enfance est négligée par rapport à celle de son frère aîné le prince Baudouin. Tout change à l'âge de douze ans lorsque ses parents le confient au capitaine Jungbluth qui lui ouvre l'esprit, développe son esprit critique et lui fait rencontrer des personnalités intéressantes et différentes. Après le décès du prince Baudouin, victime d'une pleuro-pneumonie en janvier 1891, Albert devient le nouvel héritier de la dynastie belge.

De nature réservée, le prince Albert entre à l'Ecole Royale Militaire, entreprend un long voyage aux Etats-Unis et au Congo, devient sénateur de droit, et s'intéresse beaucoup aux sciences et aux problèmes sociaux. En 1906, il fonde l'Institut Ibis, un foyer et une école destinés à aider les orphelins de pêcheurs.

Sur le plan privé, Albert épouse en octobre 1900 Elisabeth qu'il avait rencontrée trois ans plus tôt à Paris lors des funérailles de la duchesse d'Alençon. Elisabeth est la fille du duc Charles-Théodore en Bavière, ophtalmologue de renom, et de l'infante Marie-José du Portugal. Le couple aura trois enfants :  le prince Léopold (né en 1901), le prince Charles (né en 1903) et la princesse Marie-José (née en 1906).

Suite au décès de Léopold II en 1909, Albert Ier monte sur le trône et est le premier roi des Belges à prêter serment en français et en néerlandais. Devant l'imminence d'une guerre européenne, il obtient en 1913 du Parlement l'instauration du service militaire pour tous les hommes âgés de 20 ans. La Belgique continue de rappeler sa neutralité :  elle peut retarder les Allemands s'ils l'envahissent, mais elle aura besoin de l'aide rapide des Anglais et des Français pour sauver son indépendance.

L'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand d'Autriche à Sarajevo entraîne la guerre entre l'empire austro-hongrois et la Serbie, soutenue par les Russes. Alliée de l'Autriche, l'Allemagne déclare à son tour la guerre à la France et à la Russie. Le 2 août 1914, les Allemands remettent au roi Albert Ier et au gouvernement belge un ultimatum exigeant le passage de leurs troupes pour attaquer la France. La Belgique refuse et est envahie le 4 août 1914.

Notre vaillante armée repousse les premiers assauts et Liège ne tombe qu'après dix jours de siège. Sans cesser de se battre, nos soldats se replient sur Malines et Anvers qu'ils doivent abandonner devant des forces supérieures en nombre. Le Roi décide d'arrêter l'armée belge derrière l'Yser. Les écluses de Nieuport ayant été ouvertes, c'est derrière un immense lac que notre armée construit des tranchées et résiste pendant quatre ans aux Allemands. Le roi Albert et la reine Elisabeth restent avec eux sur ce dernier lambeau de territoire libre. Le reste de la Belgique est occupée par les envahisseurs qui réquisitionnent tout ce dont ils ont besoin. L'armistice du 11 novembre 1918 met fin à la première guerre mondiale, au cours de laquelle 41.000 Belges sont morts...

Le couple royal et leurs enfants effectuent ensuite leur Joyeuse Entrée dans les villes libérées où ils reçoivent un accueil triomphal. Albert Ier devient un héros et est surnommé le "roi chevalier". La monarchie belge n'a jamais été aussi vénérée et populaire qu'à cette époque.

De retour à Bruxelles, le Roi se rend au Parlement et annonce d'importantes réformes :  l'introduction du suffrage universel pour les hommes de plus de 21 ans, l'égalité effective des deux langues nationales, la flamandisation de l'Université de Gand et l'extension de la législation sociale (instauration de la journée de 8h et de la semaine de 48h, p.ex.). Cet élargissement du corps électoral et le système de représentation proportionnelle ne permet plus à un parti d'obtenir la majorité absolue. Désormais, la Belgique a un gouvernement bipartite ou tripartite. En 1921, le suffrage universel est élargi aux femmes uniquement pour les élections communales.

Sur la scène internationale, le comportement du roi Albert durant la guerre lui vaut un grand prestige. Il est reçu avec tous les honneurs lors d'un long voyage officiel aux Etats-Unis et participe personnellement aux négociations du traité de Versailles :  il y défend les intérêts de la Belgique, mais tente aussi en vain de s'opposer aux humiliations excessives de l'Allemagne, dangereuses pour l'avenir...

Passionné par les sciences, Albert Ier crée en 1928 le Fonds National de la Recherche Scientifique (F.N.R.S.). Le couple royal est l'ami de nombreux écrivains, musiciens, artistes et scientifiques. La reine Elisabeth assiste en 1922 à l'ouverture du tombeau de Toutankhamon et soutient la création de la Fondation Egyptologique Reine Elisabeth, de la Fondation Médicale Reine Elisabeth et du Fonds Reine Elisabeth pour l'Assistance Médicale aux indigènes du Congo belge. Elle convainc les responsables politiques de construire le palais des Beaux-Arts de Bruxelles, dû à l'architecte Victor Horta et inauguré en 1928.

Le centenaire de l'indépendance de la Belgique en 1930 est marqué par les expositions internationales de Liège et Anvers, et la naissance du prince Baudouin, deuxième dans l'ordre de succession au trône. En 1930, le Canal Albert est inauguré et permet la liaison entre Liège et Anvers à travers la Campine, sans passer par l'enclave néerlandaise de Maastricht.

Le 17 février 1934, le roi Albert Ier (59 ans) fait une chute mortelle lors d'une après-midi d'escalade à Marche-les-Dames. Son fils aîné Léopold lui succède.

Hommage de son arrière-petit-fils le nouveau roi Philippe
Dans son discours de Nouvel An 2014 aux autorités du pays, le Roi lui a rendu hommage :

"Cette année, nous commémorons le début de la Grande Guerre. Une guerre qui provoqua la mort par millions d'hommes et de femmes de tous les continents, venus pour la plupart rejoindre le champ de bataille décisif sur nos terres et celles du nord de la France. Malgré les efforts du roi Albert Ier pour éviter d'inutiles effusions de sang, notre pays a payé un lourd tribut à cette guerre. Tant de soldats ont, de Liège à Ypres, sacrifié leurs vies sur les champs de bataille et dans les tranchées. Des milliers de victimes civiles tombèrent à la suite de l'invasion du pays.

Cette commémoration sera l'occasion de rendre hommage à nos aïeux qui ont vécu cette période avec courage et dignité. Nous dirons aussi notre reconnaissance envers tous ceux venus se battre à nos côtés, parfois depuis l'autre bout du monde. Le souvenir de cette guerre et de la seconde guerre mondiale doit nous rappeler la valeur de la paix et de la sécurité que l'Union Européenne et l'Alliance Atlantique nous ont apportées.

Après la fin de la première guerre mondiale, nos gouvernements, soutenus par mon arrière-grand-père, ont remodelé la Belgique. Sur le plan politique, notre pays faisait un pas en avant en instaurant le suffrage universel masculin. De nouveaux groupes au sein de la population ont enfin pu participer à la gestion du pays. Même s'il a fallu attendre longtemps encore pour voir instauré le droit de vote féminin, la voie de l'émancipation, de l'égalité des chances et de l'égalité de traitement fut ouverte à cette époque. Il a fallu du temps aussi pour atteindre l'égalité des langues, mais l'enseignement commença alors de plus en plus à s'exercer dans chacune des langues nationales. C'est aussi de cette période que datent les premières conquêtes sociales comme la journée de travail de 8h et le droit de grève. La Belgique devint de cette manière le pays de tous les Belges.

C'est alors aussi que tous ensemble, nous avons reconstruit notre économie. Il y a quelques semaines, j'étais à Gand pour le 85ème anniversaire du Fonds voor Wetenschappelijk Onderzoek. Avec son équivalent francophone, ce fond répond à l'appel du roi Albert Ier en vue d'améliorer la prospérité du pays et de la population à travers la science et la recherche. L'obligation scolaire à 14 ans et l'essor de l'enseignement technique ont suivi de près. Depuis lors, nous avons pleinement investi dans le talent. C'était alors la voie à suivre. Cela l'est tout autant aujourd'hui".

Quelques jours après ce discours, lors de leur visite officielle à Paris, le roi Philippe, la reine Mathilde, le premier ministre Elio Di Rupo et le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders ont déposé des fleurs devant le monument du roi Albert Ier, près de la place de la Concorde, à l'occasion des 80 ans de son décès et du centenaire de la première guerre mondiale. A noter que la princesse Esmeralda de Belgique prépare un documentaire sur ses grands-parents le roi Albert Ier et la reine Elisabeth pour l'automne 2014. Affaire à suivre...

Cérémonies organisées pour les 80 ans du décès du roi Albert Ier
Dimanche 16 février 2014 :  messe en l'église de Nalinnes-Bultia à 9h30, dépôt de fleurs devant le monument du roi Albert Ier à 11h, réception au château communal de Ham-sur-Heure à 11h30.

Dimanche 16 février 2014 en province de Namur :  cérémonies à 9h15 devant la statue du roi Albert Ier au Grognon à Namur, et à 11h45 devant le rocher de Marche-les-Dames.

Lundi 17 février 2014 :  ouverture de la crypte royale de Laeken au public de 13h à 17h à l'occasion du 80ème anniversaire du décès du roi Albert Ier.

Lundi 17 février 2014 à 11h45 :  dépôt de fleurs devant le monument du roi Albert Ier à Ixelles (avenue Guillaume Macan).

Lundi 17 février 2014 à 14h :  dépôt de fleurs devant le monument du roi Albert Ier à Jumet (rue Surlet) avec les enfants des écoles voisines.

Lundi 17 février 2014 :  réception à l'hôtel de ville de Mons pour le 80ème anniversaire du décès du roi Albert Ier.

Lundi 17 février 2014 à 17h :  garde d'honneur au monument des héros des deux guerres à Saint-Ghislain (rendez-vous à la place des Combattants).

Lundi 17 février 2014 à 17h30 :  réunion dans le hall de l'hôtel de ville de Charleroi pour aller fleurir les différents monuments, réception à 18h45 à la caserne Trésignies.

Lundi 17 février 2014 à 17h30 :  dépôt de fleurs devant le monument du roi Albert Ier à Paris (place de la Concorde).

Lundi 17 février 2014 de 18h30 à 19h30 :  garde d'honneur autour du monument aux morts de Grez-Doiceau.

Mardi 18 février 2014 :  messe à la mémoire des défunts de la dynastie en l'église Notre-Dame de Laeken en présence de la famille royale, suivie de l'ouverture de la crypte royale de Laeken au public de 13h à 17h.

Samedi 22 février 2014 à 11h30 :  dépôt de fleurs devant le monument du roi Albert Ier à Tournai (place Crombez).

mercredi 23 décembre 2009

Le roi Albert Ier

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Albert Ier est le fils cadet du prince Philippe, comte de Flandre et frère du roi Léopold II, et de la princesse Marie de Hohenzollern, qui mènent une vie bourgeoise dans leur palais de la rue de la Régence à Bruxelles. A sa naissance le 8 avril 1875, rien ne laissait prévoir qu'il allait un jour monter sur le trône. Aussi son éducation dans sa petite enfance est négligée par rapport à celle de son frère aîné le prince Baudouin. Tout change à l'âge de douze ans lorsque ses parents le confient au capitaine Jungbluth qui lui ouvre l'esprit, développe son esprit critique et lui fait rencontrer des personnalités intéressantes et diversifiées. Après le décès du prince Baudouin, victime d'une pleuro-pneumonie en janvier 1891, Albert devient le nouvel héritier de la dynastie belge.

De nature réservée, le prince Albert entre à l'Ecole Royale Militaire, entreprend un long voyage aux Etats-Unis et au Congo, devient sénateur de droit, et s'intéresse beaucoup aux sciences et aux problèmes sociaux. En 1906, il fonde l'Institut Ibis, un foyer et une école destinés à aider les orphelins de pêcheurs.

Sur le plan privé, Albert épouse en octobre 1900 Elisabeth qu'il avait rencontrée trois ans plus tôt à Paris lors des funérailles de la duchesse d'Alençon. Elisabeth est la fille du duc Charles-Théodore en Bavière, ophtalmologue de renom, et de l'infante Marie-José du Portugal. Le couple aura trois enfants : le prince Léopold (né en 1901), le prince Charles (né en 1903) et la princesse Marie-José (née en 1906).

Suite au décès de Léopold II en 1909, Albert Ier monte sur le trône et est le premier roi des Belges à prêter serment en français et en néerlandais. Devant l'imminence d'une guerre européenne, il obtient en 1913 du Parlement l'instauration du service militaire pour tous les hommes âgés de 20 ans. La Belgique continue de rappeler sa neutralité : elle peut retarder les Allemands s'ils l'envahissent mais elle aura besoin de l'aide rapide des Anglais et des Français pour sauver son indépendance.

L'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand d'Autriche à Sarajevo entraîne la guerre entre l'empire austro-hongrois et la Serbie, soutenue par les Russes. Alliée de l'Autriche, l'Allemagne déclare à son tour la guerre à la France et à la Russie. Le 2 août 1914, les Allemands remettent au roi Albert Ier et au gouvernement belge un ultimatum exigeant le passage de leurs troupes pour attaquer la France. La Belgique refuse et est envahie le 4 août 1914.

Notre vaillante armée repousse les premiers assauts et Liège ne tombe qu'après dix jours de siège. Sans cesser de se battre, nos soldats se replient sur Malines et Anvers qu'ils doivent abandonner devant des forces supérieures en nombre. Le Roi décide d'arrêter l'armée belge derrière l'Yser. Les écluses de Nieuport ayant été ouvertes, c'est derrière un immense lac que notre armée construit des tranchées et résiste pendant quatre ans aux Allemands. Le roi Albert et la reine Elisabeth restent avec eux sur ce dernier lambeau de territoire libre. Le reste de la Belgique est occupée par les envahisseurs qui réquisitionnent tout ce dont ils ont besoin. L'armistice du 11 novembre 1918 met fin à la première guerre mondiale, au cours de laquelle 41.000 Belges sont morts...

Le couple royal et leurs enfants effectuent ensuite leur Joyeuse Entrée dans les villes libérées où ils reçoivent un accueil triomphal. Albert Ier devient un héros et est surnommé "le roi chevalier". La monarchie belge n'a jamais été aussi vénérée et populaire qu'à cette époque.

De retour à Bruxelles, le Roi se rend au Parlement et annonce d'importantes réformes : l'introduction du suffrage universel pour les hommes de plus de 21 ans, l'égalité effective des deux langues nationales, la flamandisation de l'Université de Gand, et l'extension de la législation sociale (instauration de la journée de 8h et de la semaine de 48h, p.ex). Cet élargissement du corps électoral et le système de représentation proportionnelle ne permettent plus à un parti d'obtenir la majorité absolue. Désormais, la Belgique aura un gouvernement bipartite ou tripartite. En 1921, le suffrage universel est élargi aux femmes uniquement pour les élections communales.

Sur la scène internationale, le comportement du roi Albert durant la guerre lui vaut un grand prestige. Il est reçu avec tous les honneurs lors d'un long voyage officiel aux Etats-Unis et participe personnellement aux négociations du traité de Versailles : il y défend les intérêts de la Belgique, mais tente aussi en vain de s'opposer aux humiliations excessives de l'Allemagne, dangereuses pour l'avenir...

Passionné par les sciences, Albert Ier crée en 1928 le Fonds National de la Recherche Scientifique (F.N.R.S.). Le couple royal est l'ami de nombreux écrivains, musiciens, artistes et scientifiques. La reine Elisabeth assiste en 1922 à l'ouverture du tombeau de Toutankhamon et soutient la création de la Fondation Egyptologique Reine Elisabeth, de la Fondation Médicale Reine Elisabeth et du Fonds Reine Elisabeth pour l'assistance médicale aux indigènes du Congo belge. Elle convainc les responsables politiques de construire le palais des Beaux-Arts de Bruxelles, dû à l'architecte Victor Horta et inauguré en 1928.

Le centenaire de l'indépendance de la Belgique en 1930 est marqué par les expositions internationales de Liège et Anvers, et la naissance du prince Baudouin, deuxième dans l'ordre de succession au trône. En 1930, le Canal Albert est inauguré et permet la liaison entre Liège et Anvers à travers la Campine, sans passer par l'enclave néerlandaise de Maastricht.

Le 17 février 1934, le roi Albert Ier (59 ans) fait une chute mortelle lors d'une après-midi d'escalade à Marche-les-Dames. Son fils aîné Léopold lui succède.

mercredi 11 février 2009

75 ans du décès du roi Albert Ier

A l'occasion du 75ème anniversaire du décès du roi Albert Ier survenu le 17 février 1934, plusieurs cérémonies auront lieu cette année.

Province du Hainaut : Cérémonie d'hommage au monument du roi Albert Ier à Tournai (croisement rue Royale et place Crombez) organisée par le Mouvement Dynastique-Hainaut occidental (samedi 14 février 2009 à 11h30).

Région de Bruxelles-Capitale : Messe à la mémoire des défunts de la dynastie à l'église Notre-Dame de Laeken en présence de toute la famille royale, suivie d'un bain de foule (mardi 17 février 2009 dans l'avant-midi).

Province de Namur : Cérémonie d'hommage à Marche-les-Dames devant le monument érigé sur les lieux de l'accident en présence du Roi et organisée par la Fédération Royale des Vétérans et Sympathisants du Roi Albert Ier (mardi 17 février 2009 dans l'après-midi).

Province de Liège : Cérémonie commémorative en présence du prince Philippe au pied de la statue équestre du roi Albert Ier à Liège (mercredi 18 février 2009).

Province de Flandre Orientale : Cérémonie d'hommage au monument du roi Albert Ier à Gand, Koning Albertpark (14 mars 2009 à 11h).

L'Association Royale Dynastie et Patrimoine Culturel prépare pour cet automne 2009 une grande exposition sur le roi Albert Ier dans la galerie reliant le palais royal de Bruxelles et le Musée Bellevue.

Par ailleurs, si vous êtes de passage à Paris, allez découvrir la statue équestre du roi Albert Ier dans un coin de la place de la Concorde (le long de la Seine face à l'Assemblée Nationale). Elle a été inaugurée en 1938 par sa veuve la reine Elisabeth et leurs deux fils Léopold III et Charles, et a été restaurée en 2003 pour le voyage d'Etat du roi Albert II et de la reine Paola en France. Beaucoup de touristes belges passent à côté de cette statue sans s'en rendre compte.