Affichage des articles dont le libellé est Léopold II. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Léopold II. Afficher tous les articles

lundi 15 juin 2020

Léopold II : la réaction de la famille royale

                                     Afficher l’image source

La semaine passée, je vous ai déjà parlé du débat qui agite la Belgique en ce mois de juin 2020 autour des monuments dédiés au roi Léopold II :    http://familleroyalebelge.blogspot.com/2020/06/pour-ou-contre-le-maintien-des-statues.html

Qu'en pense la famille royale ? Deux membres ont accepté de donner leur opinion à la presse....et ils n'ont pas le même point de vue sur ce débat.

Le prince Laurent a confié au groupe Sud Presse :    "Vous n'avez qu'à voir ce que le roi Léopold II a fait pour la Belgique et vous comprendrez. Le roi Léopold II a fait des parcs sociaux à Bruxelles et des tas d'autres choses. Vous devez savoir qu'il y avait beaucoup de gens qui travaillaient pour Léopold II, et ceux-là ont vraiment abusé. Mais ce n'est pas pour ça que Léopold II a abusé, et il faut vraiment faire attention au fait que l'on respecte toujours ces gens aujourd'hui. Il n'est jamais allé au Congo lui-même. Donc, je ne vois pas comment il a pu souffrir des gens sur place. Je crois que c'est aussi important de le dire. Tout le monde se goure sur beaucoup de choses.

Je pense qu'il faut voir aujourd'hui comment se comportent les gens par rapport aux Africains et aux chefs d'Etat africains. Moi, je peux vous dire que, personnellement, chaque fois que j'ai vu dans le cadre de ma fonction un chef d'Etat africain, j'ai toujours dit que je m'excusais pour les actions que les Européens ont faites par rapport aux Africains en général". 

La princesse Esmeralda  a également donné son avis à la presse :   "Evidemment que des statues qui sont dans l'espace public et qui sont à la gloire des colonisateurs ou des marchands d'esclaves heurtent, blessent toute une communauté. Je pense qu'il faudrait une grande consultation populaire où tout le monde participe (les minorités sociales, tous les habitants de la communauté) pour décider quoi en faire. Peut-être les mettre dans un musée, peut-être mettre des plaques explicatives, mais il y a un débat à avoir, et ce débat est vraiment urgent. Je pense qu'il est très important qu'on évoque le problème des excuses, qui a parfois été suggéré mais qui n'a jamais vraiment été débattu. Le gouvernement doit décider. Le Roi ne pourra jamais le faire de lui-même. Mais ce serait évidemment très fort si le gouvernement et le Roi le faisaient ensemble, étant donné le côté personnel de la famille royale dans ce débat".

Et qu'en pense le roi Philippe ?

Le Roi se tient prudemment à l'écart de ce débat. En dehors d'une rencontre avec le président du Rwanda Paul Kagame en 2018 et le président du Congo Felix Tshisekedi en 2019 à Bruxelles, il ne partage pas l'attachement et l'intérêt des rois Baudouin et Albert II pour nos anciennes colonies d'Afrique centrale, et semble vouloir tourner la page. Une question de génération, probablement.

De même, aucun membre de la famille royale n'a assisté à la réouverture du Musée Royal d'Afrique centrale à Tervuren après des travaux de rénovation (ce dernier a rappelé qu'il avait restitué une centaine de pièces au Congo et plus de 600 au Rwanda, principalement des masques et des statues).

lundi 8 juin 2020

Pour ou contre le maintien des statues du roi Léopold II ?

                                Afficher l’image source


Ce débat revient régulièrement à la "une" de l'actualité :  doit-on enlever ou laisser les statues de Léopold II (et toutes les autres traces de notre passé colonial) dans l'espace public ?  J'ai lu les arguments de chacun, et je regrette que de part et d'autre, on manque de recul et de nuances. Cette phrase relevée dans la presse mérite aussi réflexion :   "Nous devons nous différencier de la rage iconoclaste des barbares de Daech".

Afin de faire votre propre avis, je vous conseille la lecture de deux ouvrages objectifs et intéressants sur le roi Léopold II :



Je rejoins aussi l'avis nuancé du professeur Vincent Dujardin qui a répondu début juin aux questions des quotidiens du groupe "L'Avenir" :

"Vous êtes historien à l'UCLouvain. Selon vous, que doit-on faire de ces statues dans l'espace public? Faut-il sacrifier toute trace de notre passé polémique?
- Faire table rase du passé ne me semble pas du tout constituer un bon chemin pour favoriser la cohésion de nos sociétés. Ce n'est pas en niant le passé que l'on va résoudre les blessures, les ressentis exprimés par certains aujourd'hui. Faut-il, dès lors, aussi supprimer toute trace des Jules César, Charles-Quint ou Napoléon de notre espace public?  Ils n'étaient pas tous des Saints François d'Assise...

- Ne risque-t-on d'oublier en supprimant ces statues?
- Evidemment !  Si un sujet est sensible, c'est une raison supplémentaire pour l'aborder, munis d'une rigueur historique. Se souvenir ne veut pas dire adhérer à tout, mais est, au contraire, indispensable pour mieux se comprendre. Les peuples sans mémoire n'ont tout simplement pas d'avenir.

- Que faire alors?  Des plaques contextualisantes accompagnant ces statues?  Ou placer ces statues dans des musées?
- Je pense qu'il faut commencer par favoriser la connaissance de notre passé en encourageant l'apprentissage de l' Histoire au niveau de l'enseignement obligatoire. Beaucoup de mes étudiants de première année n'ont jamais entendu parler de notre passé colonial. Il faut vraiment faire preuve de pédagogie. C'est ainsi que l'on favorisera le dialogue et que la compréhension mutuelle s'en trouvera renforcée. C'est en connaissant mieux nos passés respectifs que l'on peut mieux vivre le présent. L'amnésie n'a jamais favorisé le bien-être, que du contraire.

- La Belgique doit-elle s'excuser de son passé colonial? Certains disent que ces statues sont le symbole de ce qu'on n'assume pas.
- C'est une question qui appartient aux politiques, mais il faudrait d'abord, de toute façon, se mettre d'accord, au préalable, sur ce qui s'est vraiment passé.

- Les connaissances sur cette période de notre histoire sont insuffisantes selon vous?
- Nous connaissons déjà toute une série d'éléments. Longtemps, la colonisation a été présentée comme une oeuvre de civilisation, en vantant par exemple les apports dans la médecine ou l'enseignement. Il est vrai qu'en 1960, le Congo était le pays le plus alphabétisé d'Afrique. Mais on a longtemps occulté les exactions qui ont indubitablement été graves et nombreuses. En ce qui concerne l'image de Léopold II, on ne retenait que le côté "génie". Dans les manuels flamands, dès les années 1980, le récit des exactions et des abus se développe, avant de se généraliser au début des années 1990. Le volet "génie" est occulté, laissant place à la seule "gêne". Du côté francophone, l'évolution a été moins forte. On peut trouver un ton souvent plus nuancé. Vous ne trouverez pas une unicité de ton entre historiens, mais sur le fond, je pense que les positions sont fortement rapprochées. Il reste néanmoins évident que l'on a encore beaucoup à apprendre à propos de notre passé colonial". 

Le professeur Vincent Dujardin a été rejoint par Caroline Désir, ministre de l'Enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles, dont je salue la réaction positive selon moi :   "Le moment que nous vivons est important. Il y a une prise de conscience aigüe, douloureuse même, que les combats que nous menons contre le racisme et les discriminations restent terriblement insuffisants. L'éducation a effectivement un rôle essentiel à jouer. Ce sera vu comme partie intégrante de l'histoire de la Belgique. Ce n'est pas tellement que l'histoire du Congo est donnée de façon maladroite ou sur base de références dépassées, c'est surtout que cette partie de notre histoire est souvent ignorée dans les cours. Certains enfants n'entendent même pas parler de la colonisation belge au Congo, ni des mécanismes d'exploitation et de domination. C'est une lacune qu'on ne peut plus tolérer".

Et qu'en pense le roi Philippe ?

Le Roi se tient prudemment à l'écart de ce débat. En dehors d'une rencontre avec le président du Rwanda Paul Kagame en 2018 et le président du Congo Félix Tshisekedi en 2019 à Bruxelles,  il ne partage pas l'attachement et l'intérêt des rois Baudouin et Albert II pour nos anciennes colonies d'Afrique centrale, et semble vouloir tourner la page. Une question de génération, probablement.

De même, aucun membre de la famille royale n'a assisté à la ré-ouverture du Musée Royal d'Afrique Centrale à Tervuren après ses travaux de rénovation (ce dernier a rappelé qu'il avait restitué une centaine de pièces au Congo et plus de 600 au Rwanda, principalement des masques et des statues).

lundi 12 novembre 2018

"Léopold II, potentat congolais : l'action royale face à la violence coloniale" (Pierre-Luc Plasman)

                                                    

Cet ouvrage intéressant, bien documenté et objectif est l'adaptation d'une thèse de doctorat en histoire présentée à l'Université Catholique de Louvain en 2015. Ce n'est pas une biographie du roi Léopold II, mais une étude du fonctionnement de l'Etat Indépendant du Congo.

Dit interessante werk (uitgeverij Racine), dat objectief is en goed documenteerd, vloeit voort uit een doctoraatsthesis in de geschiedenis dat in 2015 werd voorgesteld aan de Université Catholique de Louvain door Pierre-Luc Plasman. Het is geen biografie over Leopold II, maar een studie over de werking van Congo Vrijstaat.

Pierre-Luc Plasman commence par retracer le rêve colonial du souverain qui aboutit lors de la conférence de Berlin de 1885 par la création de l'Etat Indépendant du Congo. Il nous explique ensuite comment travaille le gouvernement congolais à Bruxelles, le rôle des secrétaires généraux, les rivalités et les oppositions entre les uns et les autres, les différents canaux d'information du Roi. Il fait de même avec l'administration léopoldienne au Congo.  Pierre-Luc Plasman revient aussi sur les atrocités commises que plus personne ne peut nier aujourd'hui.

Pierre-Luc Plasman begint bij het achterhalen van de koloniale droom van de vorst, die leidt op de Conferentie van Berlijn tot de oprichting van Congo-Vrijstaat. Vervolgens legt hij uit hoe de Congolese regering functioneert in Brussel, de rol van de secretarissen-generaal, de rivaliteiten en tegenstellingen tussen de één en de ander, en over welke informatiekanalen de Koning beschikte. Hij doet hetzelfde voor de Leopoldistische administratie in Congo. Pierre-Luc Plasman komt tevens terug op de gruwelijkheden die werden begaan en die niemand op vandaag nog kan ontkennen.

Après nous avoir expliqué concrètement le fonctionnement de l'Etat Indépendant du Congo,  l'auteur détaille les critiques et dénonciations contre les violences, les campagnes de presse anticongolaise qui aboutissent à la création d'une commission d'enquête. Léopold II décède en 1909 et lègue le Congo à la Belgique.

Nadat hij de concrete werking van Congo-Vrijstaat heeft uitgelegd, legt de auteur nader de kritieken en protesten tegen de gewelddaden uit en heeft hij het over de anti-congolese perscampagne's die uitmondden in een onderzoekscommissie. Leopold II overlijdt in 1909 en laat Congo over aan België.

Quelle est la conclusion de Pierre-Luc Plasman sur ces violences?  Wat is de conclusie van Pierre-Luc Plasman over de gewelddaden?

"Les massacres ne sont pas ordonnés par le gouvernement léopoldien, mais ils se produisent dans un contexte d'incitation permanente à accroître la production tout en laissant le champ libre aux acteurs sur place. Hauts fonctionnaires territoriaux et directeurs de sociétés abusent largement de leurs prérogatives, tandis qu'agents subalternes et sentinelles africaines intègrent la bestialisation de leur comportement dans leur cadre de travail. Les violences ne se limitent pas aux régies de l'Etat. Elles se déchaînent même avec plus de brutalité dans les concessions, où la productivité permet toutes les exactions. Aussi horribles soient-elles, ces violences de masse ne peuvent pas être qualifiées de génocidaires. De même, la moitié de la population congolaise n'a pas été exterminée. Il existe cependant bel et bien un déclin démographique, dans lequel la terreur et la violence jouent un rôle primordial à côté d'autres facteurs, comme la dénatalité vénérienne".

"De bloedbaden werden niet bevolen door de leopoldistische regering, maar ze gebeurden binnen een context waarin men werd aangespoord om de productie blijvend op te drijven, waarbij vrij spel werd gegeven aan de personen ter plaatse. Hoge territoriale ambtenaren en directeurs van vennootschappen misbruikten ruimschoots de hen toegekende prerogatieven, terwijl jonge agenten en Afrikaanse bewakers de bestialisering van hun gedrag integreerden in hun werkkader. De gewelddaden waren niet beperkt tot de delen die door de Staat werden geleid. Ze waren des te brutaler in de concessies, waar de productiviteit leidde tot iedere mogelijke vorm van uitbuiting. Hoe verschrikkelijk ze ook waren, toch kunnen deze massa-gewelddaden niet worden bestempeld als genocidair. Evenzo werd de helft van de Congolese bevolking niet uitgeroied. Er was weliswaar een duidelijke demografische terugval, waarin de terreur en geweld een primordiale rol speelden, maar er waren ook andere factoren, zoals een venerische denataliteit".

Sur le rôle de Léopold II,  l'auteur fait remarquer son manque d'objectivité. Als hij het over de rol van Leopold II heeft,  laat de auteur zijn objectiviteit blijken :

"Avec l'âge, l'esprit et l'intelligence du monarque sont devenus rigides et teintés de misanthropie. A plusieurs reprises, il dénie l'existence des abus et il distingue dans la campagne anticongolaise l'expression d'une frustration de l'impérialisme anglais. Plus généralement, le Roi ne perçoit pas que la source des abus réside dans le système d'exploitation. Dès lors, son appréciation place la responsabilité sur des acteurs collectifs, à savoir les sentinelles africaines, les compagnies commerciales et la force publique. Léopold II se place dans une position défensive et offensive à l'égard des critiques et ne cherche plus dans les dernières années qu'à maintenir sans profonde modification le régime léopoldien. L'appareil étatique n'est pas non plus une pyramide sur laquelle le Roi règne sans partage, mais ressemble plus à une matriochka. Sentant le fil des jours s'écouler, Léopold II désire mettre une touche finale au programme de son règne :  il veut une Belgique plus grande, plus forte et plus belle. Léopold II n'a donc pas cherché à s'enrichir personnellement, même si son train de vie est devenu - quoique tardivement - plus luxueux".

"Met de leeftijd werden de geest en intelligentie van de monarch rigide en gekenmerkt door misantropie. Meermaals ontkent hij het bestaan van misbruiken en hij ontwaart in de anti-congolese campagne de uiting van frustratie door het Engels imperialisme. Meer in het algemeen snapt de Koning niet dat de oorsprong van de misbruiken ligt in het systeem van uitbuiting. Derhalve plaats zijn appreciatie de verantwoordelijkheid bij collectieve actoren, zoals de Afrikaanse bewakers, de commerciële vennootschappen en het leger. Leopold II plaatst zich in een defensieve en offensieve positie ten aanzien van de kritiek en wenst in de laatste jaren enkel het leopoldistisch regime te handhaven, zonder diepgaande veranderingen.  Het staatsapparaat is niet zozeer een piramide waarover de Koning zonder meer heerst, maar lijkt meer op een matroesjkapop. Wanneer hij het einde van zijn dagen voelt naderen wil Leopold II het programma van zijn koningschap in schoonheid afronden :  hij wil een groter, sterker en mooier België. Leopold II was er dan ook niet op uit zich persoonlijk te verrijken, hoewel zijn levensstijl - zij het eerder vrij laat -  luxueuzer was geworden".

Bref,  après avoir lu cet ouvrage, on ne peut plus parler ni de génocide, ni d'œuvre civilisatrice. La vérité historique est plus nuancée et est à mi-chemin entre ces deux extrêmes. Les responsabilités sont nombreuses. Et il faut aussi remettre les faits dans le contexte de l'époque.

Na dit werk te hebben gelezen kan men niet meer spreken van een genocide, doch ook niet van een meesterwerk van beschaving. De historische waarheid is meer genuanceerd en bevindt zich tussen de twee voormelde extremen. De personen die verantwoordelijk waren zijn talrijk. En men moet ook de feiten kaderen in hun toenmalige context.

lundi 20 novembre 2017

La famille royale et les Ardennes

                              Résultat d’images pour Philippe et Mathilde à ciergnon

Comme la plupart de leurs prédécesseurs, le roi Philippe et la reine Mathilde apprécient le château de Ciergnon dans les Ardennes, une propriété de la Donation Royale mise traditionnellement à la disposition du souverain régnant. Depuis leur accession au trône en 2013, ils n'y viennent pas passer les week-ends (comme le faisaient régulièrement le roi Albert et la reine Paola), mais y passent plutôt une semaine de congé (à la Toussaint, par exemple). A noter que c'est dans la chapelle du château que leurs quatre enfants ont été baptisés.

Beaucoup de lieux sont liés à notre dynastie dans les Ardennes :

- le château de Ciergnon (plus d'infos :  http://royalementblog.blogspot.be/2011/08/le-chateau-de-ciergnon.html)

- le château de Villers-sur-Lesse (plus d'infos :  http://royalementblog.blogspot.be/2011/08/le-chateau-de-villers-sur-lesse.html)

- le château de Fenffe (plus d'infos :  http://royalementblog.blogspot.be/2011/09/le-chateau-de-fenffe.html)

- la chapelle Reine Astrid de Briquemont (plus d'infos :  http://royalementblog.blogspot.be/2014/01/la-chapelle-reine-astrid-de-briquemont.html)

- la Tour de l'ancien château royal d'Ardenne (plus d'infos :  http://familleroyalebelge.blogspot.be/2010/05/le-chateau-royal-dardenne.html)

- l'ancien presbytère de Villers-sur-Lesse (plus d'infos :  http://familleroyalebelge.blogspot.be/2014/01/lancien-presbytere-de-villers-sur-lesse.html)

lundi 13 mars 2017

Les villas de Léopold II à la Côte d'Azur

1° La villa "Les Cèdres"                           

                       

C'est au cours de l'hiver 1895-1896 que le roi Léopold II investit pour la première fois dans le sud de la France. Il s'intéresse particulièrement à la tranquille baie de Passable à l'entame de la presqu'île du Cap Ferrat, connue aujourd'hui sous le nom de Saint-Jean-Cap-Ferrat. Cette lande de terre sauvage ("ferus" en latin, d'où vient "Ferrat"), couverte d'herbes folles, appartient à la commune de Villefranche voisine qui en tire un modeste revenu à l'époque en louant des herbages pour y accueillir des troupeaux d'ovins. Au début du XXème siècle, la presqu'île ne compte qu'une vingtaine de villas et la plus grande partie de ses 250 hectares reste inoccupée. A l'est, le petit port de Saint-Jean accueille des barques de pêcheurs.

Dans la baie de Passable, Léopold II achète la modeste villa Vial qui surplombe la petite crique. Il la rebaptise "Radiana" et la transforme en un charmant petit palais pourvu de tout le confort de l'époque, et destiné à sa maîtresse Blanche Delacroix, baronne de Vaughan.

Les années suivantes, via divers prêtes-noms (son médecin personnel le Docteur Thiriar, le Domaine de la Couronne, l'Etat Indépendant du Congo ou la Société civile immobilière de séjour et d'exploitation horticole de la Côte d'Azur),  le Roi se porte acquéreur de dizaines d'hectares de terres peu prisées et cédées par des propriétaires qui n'avaient pas encore compris le futur et rapide développement touristique du Cap Ferrat. Il rachète aussi "Les Oiseaux", la propriété familiale de l'ancien maire de Villefranche Désiré Pollonais, qu'il rebaptise "Les Cèdres" et qui est voisine de la villa "Radiana".

Dans ses deux nouvelles propriétés "Radiana" et "Les Cèdres", Léopold II fait arracher la végétation autochtone de pins, caroubiers, oliviers et de garrigue pour y implanter des plantes et arbres exotiques, des palmiers, des magnolias, des bananiers qui se sont parfaitement acclimatés. Fort critiqués à l'époque, ils font aujourd'hui la fierté des Saint-Jeannois. Près du phare, il fait encore construire trois villas ("La Banana", "La Boma" et "La Matadi") qu'il destine comme maisons de repos pour ses fidèles officiers du Congo. Il finira par posséder un tiers de la superficie de la presqu'île!

En vacances à la Côte d'Azur, le roi Léopold II passe aussi beaucoup de temps à bord de son yacht (plus d'infos :   http://royalementblog.blogspot.be/2012/11/le-yacht-alberta-du-roi-leopold-ii.html).

Après son décès en décembre 1909,  ses propriétés françaises sont gérées par la Donation Royale. Durant la première guerre mondiale, le roi Albert Ier les fait transformer en hôpitaux militaires ou de convalescence pour les soldats belges évacués du front de l'Yser. Ils sont plusieurs dizaines, gazés à l'Ypérite, à avoir terminé leur existence au Cap Ferrat et à y reposer au cimetière militaire belge.

Albert Ier n'a pas hérité du sens des affaires de son oncle. Après la première guerre mondiale, il fait vendre à des prix très modestes les villas et les dizaines d'hectares acquis par Léopold II à la Côte d'Azur.

En ce qui concerne la Villa "les Cèdres", elle est rachetée en 1921 par la famille Marnier-Lapostolle qui trouve dans les serres de Léopold II l'endroit parfait pour faire pousser les herbes secrètes de sa liqueur (le grand Marnier) pendant des décennies. Cette marque a été rachetée par le groupe Campari-Cinzano qui n'a que faire de la propriété composée d'une dizaine de chambres, d'une salle des fêtes, d'un jardin d'hiver, d'une écurie, d'une conciergerie, d'une piscine et d'un parc botanique privé de 14 hectares dont 25 serres. Sa valeur est estimée à un milliard d'euros. Avis aux amateurs...

2° La villa "Leopolda"

                            

Parallèlement à ses achats à Saint-Jean-Cap-Ferrat, le roi Léopold II se prend aussi de passion pour les terres surplombant la commune voisine de Villefranche-sur-Mer. En haut du Col de Caire, il achète une quinzaine de parcelles de terres non exploitées pour former un promontoire de plusieurs hectares sur lequel il bâtit la Villa "Leopolda", grâce à l'aide de l'architecte Aaron Messiah. Elle est entourée d'un parc de huit hectares, planté de quelques 1.200 arbres d'essences les plus variées, qui nécessite l'occupation d'une cinquantaine de jardiniers!

Peu après, il parvient à acheter le domaine voisin, et y fait construire, avec le même architecte, la villa de Saint-Segond. Les deux domaines sont reliés par une passerelle au-dessus de l'avenue qui porte d'ailleurs depuis le nom de Léopold II.

En 1920, la Villa "Leopolda" est rachetée par la comtesse de Beauchamp qui la fait remodeler par l'architecte américain Ogden Codman pour lui donner son aspect actuel. Dans les années 50, un financier américain revend les lieux à Gianni Agnelli, le patron de Fiat, qui cède la propriété en 1985 à l'homme d'affaire libanais Edmond Safra. Sa veuve y réside toujours.

Un milliardaire russe Mikhaïl Prokhorov veut s'en porter acquéreur. En 2008, un compromis de vente est passé pour 390 millions d'euros. Il verse une garantie de 39 millions d'euros....avant de devoir renoncer à l'achat à cause de la crise financière de l'automne 2008. Lily Safra refuse de lui restituer les 39 millions d'euros, et les tribunaux lui donneront raison par trois fois. Elle a donné l'argent à des oeuvres caritatives, et continue d'habiter dans l'ancienne propriété du roi Léopold II.

Cliquez ci-dessous sur "Léopold II" pour retrouver mes autres articles consacrés au deuxième roi des Belges.

lundi 21 décembre 2015

Les serres royales de Laeken

                           ???????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????


(Article actualisé en 2023)

A la fin du 18ème siècle, notre pays fait partie des Pays-Bas autrichiens. La gouvernante Marie-Christine d'Autriche et son époux Albert de Saxe-Teschen, décident de faire construire une résidence d'été au nord de Bruxelles :  le château de Laeken. Ensuite, Napoléon achète le château abandonné et l'offre à sa première épouse, Joséphine de Beauharnais. De 1815 à 1830, le château fait partie de la dotation de Guillaume Ier, roi des Pays-Bas, qui y fait construire un théâtre et une orangerie.


A partir de 1831, le palais royal de Bruxelles et le château de Laeken appartiennent au nouvel Etat belge indépendant, et sont mis à la disposition de la nouvelle dynastie fondée par Léopold Ier et Louise-Marie, premiers roi et reine des Belges. Comme toutes les résidences royales, Laeken a été marqué par l'empreinte de  Léopold II, le "roi bâtisseur", qui y entreprend d'importants travaux. Il souhaite même en faire un "Palais de la Nation" destiné aux congrès et réceptions publiques, et envisage la construction d'une ligne de chemin de fer qui aurait débouché près de l'escalier d'honneur de la Grande Galerie du château, mais le projet est abandonné.


Son œuvre la plus marquante à Laeken reste les serres royales. Léopold II confie ce projet à l'architecte Alphonse Balat à partir de 1874. Niché dans un paysage vallonné, ce palais de verre et d'acier constitue alors le plus vaste complexe jardinier privé du monde. Sur la photo ci-dessus, on peut voir la grande rotonde du Jardin d'Hiver, surmontée d'une couronne royale.


Les serres rassemblent une étonnante collection de plantes tropicales et subtropicales, géraniums, azalées, fuchsias, orangers, palmiers, orchidées, etc. Dans l'orangerie, hivernent des camélias du Japon et des orangers cultivés en caisse, dont certains sont bicentenaires.


Le roi Léopold II décède en décembre 1909 dans le Pavillon des Palmiers qui jouxte les serres royales de Laeken qu'il lègue à la Donation Royale. Celles-ci sont désormais ouvertes chaque année au public quelques semaines au printemps. Quant au château, il est habité depuis 1999 par le roi Philippe, la reine Mathilde et leurs quatre enfants.

                                 

Ingénieur agronome de formation, Michel Denkens a été régisseur du domaine royal de Laeken et coordonné les équipes de jardiniers (35 au total dont 15 sont assignés aux serres). Il a confié à la presse :   "Les vrais artistes, ce sont les jardiniers. Moi, je m'assure que chacun a les outils qu'il faut pour travailler, afin que chaque note soit à sa place. Nous avons pour mission de conserver le patrimoine qui nous a été légué par le roi Léopold II, aussi bien architectural que végétal. C'est quelque chose qui doit être préservé, comme la manière dont ça a été agencé par John Wills, l'architecte paysagiste de Léopold II. Pour l'ouverture au public au printemps, nous créons des décors de toutes pièces dans les serres fonctionnelles pour apporter des fleurs et de la diversité. C'est une grosse performance de nos jardiniers de pouvoir s'arranger pour que les fleurs fleurissent au bon moment. On est parfois contre-nature :  les hortensias, par exemple, dans les jardins, ne fleurissent pas maintenant, mais de juin à octobre. Tout est exceptionnel : le cadre comme les plantes. De grandes fougères qui côtoient des palmiers, le lien entre les plantes et l'architecture : ce sont des choses qu'on ne retrouve nulle part ailleurs. Les galeries de passage sont, elles, ornées par de grands pélargoniums alors que la partie supérieure, vers la toiture, est garnie de fuchsias. Les techniques horticoles sont un peu immuables, mais on apporte chaque fois des choses supplémentaires, des pratiques particulières, des recettes un peu différentes pour faire pousser la végétation. On adapte mieux les substrats aux plantes, par exemple. Cette finesse-là était probablement déjà présente à l'époque de Léopold II, mais on essaie de la poursuivre et d'aller plus loin".

Depuis 2021, un nouveau système de chauffage du domaine de Laeken est entré en fonctionnement :  le nouveau réseau est directement connecté à l'incinérateur de Neder-over-Heembeek par 4,5 km de tuyaux souterrains permettant d'exporter la chaleur résiduelle dégagée par l'incinérateur vers le domaine royal, et ainsi chauffer les serres et bâtiments. 

lundi 24 mars 2014

La famille royale et la côte belge

                             

(Article actualisé en juillet 2017)

Ce 1er juillet 2017, les souverains et leurs quatre enfants étaient en visite officielle à la côte belge :  ils ont assisté à des démonstrations de sauvetage sur la plage de Westende, et ils ont visité, à Ostende, le navire "Mercator" qui vient d'être restauré.

Depuis le décès du prince-régent Charles à Ostende en 1983, la famille royale belge ne séjourne plus à la côte belge, et a renoncé depuis longtemps à l'utilisation de la Villa Royale d'Ostende, transformée en hôtel-restaurant puis en centre de revalidation.

On sait cependant que le prince Laurent, la princesse Claire et leurs trois enfants viennent de temps en temps se reposer discrètement dans la station de Knokke-Heist, où la famille Coombs posséderait un appartement.

Durant son règne, le roi Albert II a acheté deux appartements à Ostende qui sont mis en location. Son fidèle conseiller Vincent Pardoen possède également un appartement dans le même immeuble.

Pour plus d'infos :

- le monument Léopold Ier à La Panne :  http://tourisme.depanne.be/product/1028/monument-leopold-ier

- l'hôpital de l'Océan à La Panne, où se rendait souvent la reine Elisabeth durant la première guerre mondiale :   www.noblesseetroyautes.com/lhopital-de-locean-a-la-panne

- la chapelle royale de La Panne :   http://familleroyalebelge.blogspot.be/2016/12/la-chapelle-royale-de-la-panne.html

- la maison d'Ostende où est décédée la reine Louise-Marie en 1850 :   www.noblesseetroyautes.com/langestraat-69-a-ostende-la-derniere-demeure-de-la-reine-louise-marie

- Ostende, station balnéaire développée sous l'impulsion de Léopold II : www.noblesseetroyautes.com/ostende-station-balneaire-royale

- l'ancienne Villa Royale d'Ostende :  http://royalementblog.blogspot.be/2011/10/la-villa-royale-dostende.html

- le monument Albert Ier à Nieuport :  http://probelgica-hainaut.blogspot.be/2016/08/pro-belgica-nieuport.html

- la maison du prince-régent Charles à Raversijde (où il vécut de 1950 à 1983) :   www.noblesseetroyautes.com/raversijde-dans-lintimite-du-prince-charles

lundi 17 mars 2014

Témoignage du dernier secrétaire du roi Léopold II

Peu de temps avant son décès, le comte Edmond Carton de Wiart confia ses souvenirs à la Fondation Léopoldienne qui les publia dans sa revue "Les Cahiers Léopoldiens" de décembre 1959 :

"S'il fallait indiquer le trait dominant du caractère de Léopold II, je crois qu'il faudrait souligner la persévérance, l'opiniâtreté jamais lassée, jamais découragée. Il déconcertait son entourage par sa force de travail qui lui permettait de poursuivre en la même journée 20 objets divers avec 20 personnes différentes. On l'a souvent dépeint comme un solitaire ; l'on peut dire, rappelant un mot d'Emerson, que cet homme était une "île" et que nul n'a pu se flatter de le connaître tout entier.

Lorsqu'on a voulu, croyant grandir son rôle, l'opposer, lui seul, à la nation, comme s'il avait toujours agi sans elle, abandonné par elle et même contre elle, on s'est trompé. Sans doute, il a rencontré dans certains milieux belges de l'incompréhension, de l'hostilité même, mais il a aussi trouvé en Belgique ou à l'étranger des milliers de compatriotes qui lui ont apporté un concours sans réserve, généreux et désintéressé. Il les découvrait, ce qui est une des premières qualités d'un chef, savait se servir d'eux, mais savait aussi témoigner sa gratitude. Il a vécu en communion profonde avec le peuple belge qu'il connaissait parfaitement, dans ses qualités et dans ses défauts.

Ses boutades quelquefois dures contre l'aveuglement et l'apathie n'étaient pas des condamnations générales et il fallait plutôt y voir des coups d'éperon destinés à les stimuler. Il appréciait à sa juste valeur le concours dévoué qu'il trouvait chez tous ses collaborateurs, souvent bien modestes, qu'il avait rassemblés autour de lui pour fonder la colonie. Il savait leur parler un langage à la fois confiant et élevé, et je n'en veux comme preuve que cette lettre magnifique, autographe et signée par lui, qu'il adressait le 16 juin 1897 à chacun des agents du Congo. Elle est peu connue :

"Monsieur, les agents de l'Etat Indépendant du Congo ont été durement éprouvés dans ces derniers temps. Leurs rangs se sont ouverts aux coups cruels et répétés du sort. Je tiens à rendre un hommage de reconnaissance à tous ceux qui ont vaillamment sacrifié leur vie dans l'accomplissement de leur devoir. Comme toute grande cause, celle que nous servons au Congo a eu de nombreux martyrs.

Aux dépositaires de leurs viriles traditions, je veux adresser quelques paroles que me dicte mon cœur. La mission que les agents de l'Etat ont à accomplir au Congo est noble et élevée. Il leur incombe de continuer à développer l'œuvre de la civilisation au centre de l'Afrique équatoriale en s'inspirant directement des principes énoncés dans les actes de Berlin et Bruxelles. Placés en face de la sauvagerie primitive, aux prises avec des coutumes sanguinaires datant de milliers d'années, ils ont à les réduire graduellement.

Je me plais à penser que nos agents, presque tous volontaires sortis des rangs de l'armée belge, ont toujours présents à l'esprit les règles de la carrière d'honneur où ils se sont engagés. Animés d'un pur sentiment de patriotisme, peu ménagers de leur sang, ils le seront d'autant plus que celui des indigènes, qui verront en eux des protecteurs tout-puissants de leurs vies et de leurs biens, les tuteurs bienveillants dont ils ont un si grand besoin.

Notre programme à tous, je tiens à le redire ici avec vous, c'est le travail de regénération matérielle et morale qu'il s'agit d'opérer chez des populations dont on a peine à mesurer la déchéance ou la condition déshéritée. Des fléaux affreux dont elles semblaient, au sein de notre humanité, les victimes désignées, cèdent déjà peu à peu à notre intervention.

Les difficultés que nous avons, quant à nous, rencontrées, seront réduites de beaucoup quand sera réalisé, à brève échéance, le chemin de fer du Bas-Congo au Stanley-Pool. Je remercie nos agents de leurs efforts et je leur réitère l'expression de ma royale affection. Léopold".

Pensez quelle impression devait produire sur les agents, perdus dans la brousse, la réception d'une pareille lettre personnelle, signée par le Roi lui-même.

Aucun chef d'Etat de son époque n'avait aussi haute mine, autant de véritable majesté que le roi Léopold II. Il était d'une très grande taille :  dans les dernières années, celle-ci se voûta un peu, mais dès qu'il s'animait et surtout lorsqu'il parlait en public, il la redressait avec une superbe lenteur, et ce mouvement accusait l'autorité de sa parole. Ses traits étaient fortement accusés : un front vaste et puissant, légèrement dégarni, un long nez impérieux, des yeux étonnamment perçants, pouvant passer de l'expression la plus dure à la plus enjôleuse ; le bas du visage se fondait dans une barbe blanche, taillée en éventail, descendant jusque sur la poitrine et toujours soignée à la perfection.

Le Roi portait d'habitude l'uniforme extrêmement simple de petite tenue de lieutenant-général : tunique assez courte de drap bleu foncé à deux rangées de boutons dorés, sans galons ni décorations. Debout, il s'appuyait de la main gauche sur une rustique canne de chêne (une infirmité de la jambe, consécutive à une atteinte rhumatismale, le contraignait à une légère boiterie) tandis que, de la main droite, il jouait avec son pince-nez jusqu'au moment où il le dardait avec un regard terrible intimidant sur son interlocuteur. Un de ses tics familiers était, surtout lorsqu'il exposait une question avec insistance, de passer la main sur le côté de sa tunique.

Le timbre de sa voix était grave et la parole généralement très lente. Dans ses discours, il prenait volontiers un ton pathétique et martelait ses mots. Dans l'intimité, sa conversation était souvent pétillante d'esprit, ses réparties sarcastiques et mordantes. Au cours de ses longues promenades, il lui arrivait de demeurer plus d'une heure sans rien dire, perdu dans ses pensées et ses vastes projets. Puis, tout d'un coup, un mot s'échappait de ses lèvres, qui peut-être se rapportait à ses méditations, à moins qu'il ne fut une simple interjection parfois comique, destinée à couper le silence. Telle est, tracée à très larges traits, la figure de Léopold II. Je me permettrai d'éclairer et d'accentuer les grandes lignes de ce portrait esquissé, par quelques réminiscences personnelles.

Léopold II avait toujours été profondément pénétré de l'importance de son rôle d'arbitre entre ses concitoyens. Au cours des dix années pendant lesquelles j'ai eu l'honneur de le servir en qualité de secrétaire dirigeant son cabinet, j'ai toujours été frappé de son extrême souci de demeurer strictement impartial entre les partis. Depuis plusieurs années, le gouvernement était aux mains du parti catholique, qui jouissait d'une majorité considérable, mais le Roi restait dans les termes les plus amicaux avec les principaux chefs de l'opposition et ne manquait jamais de les accueillir et de les écouter dans toutes les circonstances importantes. Il était aussi extrêmement attentif à ce que les nominations dans les divers services publics ne soient pas trop exclusivement réservées aux amis du parti au pouvoir, et il intervint souvent dans ce sens. Je me souviens qu'un magistrat très distingué faillit voir sa carrière entravée d'une façon assez originale (Van den Heuvel).

Avec les chefs de l'opposition socialiste qui venait d'entrer au Parlement, les relations étaient naturellement plus délicates. Les socialistes avaient, dès le premier moment, adopté une attitude d'une extrême violence à l'égard du Roi. Cela n'empêchait pas une certaine appréciation mutuelle. Le professeur Thiriar, qui était un ami personnel d'Emile Vandervelde, et en même temps le médecin particulier de Léopold II, me raconta qu'un jour, il avait répété à celui-ci un mot que lui avait dit le chef socialiste :  "Si Léopold II n'était pas roi, il aurait fait un admirable président de la République".  Le Roi, disait Thiriar, avait paru apprécier la bonne intention du compliment, mais avait fait quelques réserves sur le terme de comparaison.

Ce souci de maintenir la balance s'exerçait également à l'égard de nos langues nationales. Il ne faut pas croire que la préoccupation de les respecter date d'aujourd'hui (allocution de Léopold Ier, 1843). Léopold II, malheureusement, n'avait jamais acquis lui-même une connaissance suffisante de la langue flamande pour la parler couramment, mais il avait beaucoup insisté pour que le prince Albert s'y applique. Il me chargea, à plusieurs reprises, de l'encourager à prononcer certains discours en flamand, et je me souviens de l'enthousiasme délirant qui accueillit la péroraison du discours que le Roi lui-même prononça à la grande manifestation au palais de la Bourse à Anvers, en 1905, lorsqu'il s'écria en levant les bras :   "Antwerpen boven, voor Antwerpen en boven al voor Belgenland".

Quant aux relations avec les pays étrangers, et particulièrement avec nos grands voisins, garants de notre neutralité, le Roi était toujours extrêmement attentif à conserver les meilleures relations officielles, au moins en apparence, avec chacun d'eux, et ce n'était pas toujours facile, les démonstrations populaires et le ton de la presse indiquant souvent d'une manière trop offensante pour certains voisins les sympathies naturelles que les Belges avaient pour d'autres.

Le Roi n'a jamais dissimulé une sympathie ou plutôt, pourrait-on mieux dire peut-être, une curiosité sympathique à l'égard des Américains du Nord. Il en a rencontré un grand nombre et entretenu des relations assez suivies avec plusieurs, notamment avec le vieux Pierpont Morgan. Alors que sous une apparente bonhomie, il était extrêmement attentif à l'observation des règles de l'étiquette, il était aussi d'une grande indulgence pour eux sous ce rapport et leur permettait des manquements aux règles protocolaires qu'il n'eût jamais tolérés chez les Européens.

Léopold II avait vivement désiré visiter les Etats-Unis et tout un grand projet de voyage dans ce pays fut secrètement élaboré. En 1903, si mes souvenirs sont exacts, le voyage devait se faire aussi incognito que possible et avec une suite très peu nombreuse qui devait seulement être constituée par le major baron Snoy et moi-même (à ma grande joie comme l'on pense). Tout était arrangé, y compris quelques réceptions magnifiques chez plusieurs grands rois de l'industrie et de la finance. Nos places même étaient déjà retenues sur le paquebot quand le gouvernement américain, alléguant ses inquiétudes au sujet des responsabilités qu'il assumait du chef d'attentats anarchistes (le président Mac Kinley avait été assassiné peu de temps auparavant) exprima le désir de voir ajourner le voyage et hélàs, l'ajournement fut définitif et le beau projet ne fut jamais repris. Je crois bien que le gouvernement américain redoutait surtout le trop grand succès qu'aurait sans nul doute rencontré ce voyage d'un roi aussi intelligent qu'habile à travers les Etats-Unis où il eût été la première tête couronnée qui se fut montrée.

Le Roi témoignait toujours des plus grands égards envers le président de la République française et les grands chefs du gouvernement de Paris. Il n'est pas douteux que son plus vif désir fut constamment d'entretenir les plus cordiales relations avec notre voisine du sud. Malheureusement, il fut souvent desservi par la personnalité du ministre de France à Bruxelles. Ce fut le cas notamment avec Mr Gérard qui représenta pendant plusieurs années le gouvernement français à Bruxelles et dont les mémoires ont permis d'apprécier l'esprit malveillant et le peu de loyauté.

J'eus l'occasion de répondre, le 15 novembre 1928, dans un article de la "Revue Générale", à certaines allégations tout à fait mensongères et calomnieuses des mémoires de Mr Gérard relatives à une négociation que j'avais suivie de très près et dans laquelle le Roi avait incontestablement voulu servir les intérêts français alors que Mr Gérard, avec sa finasserie malhabile, les a trahis. Je n'ai pas osé répéter dans cet article l'expression exacte dont s'était servi le Roi à l'égard de Mr Gérard. Lorsqu'il eut connaissance de l'échec de la négociation projetée par la faute du diplomate, il conclut en disant :  "Mr Gérard n'est qu'un épicier. Il a cru être très fin, mais lorsqu'on se croit si fin, on passe souvent à côté".

Etant donné cette situation, lorsque le Roi allait à Paris, il cherchait souvent à faire ses affaires lui-même en allant voir personnellement le président du conseil des ministres, ou le ministre des Affaires étrangères ou quelquefois le président de la République. Il le faisait avec la plus grande simplicité et je me souviens combien j'en fus surpris la première fois que je l'accompagnai chez Mr Rouvier, alors président du conseil et ministre des Affaires étrangères et où, en entrant dans l'antichambre du Quai d'Orsay, le Roi me fit simplement remettre à l'huissier une petite carte de visite où il y avait seulement ces mots : le Roi des Belges.

Un jour que je l'accompagnais à Paris et que j'avais été avec lui à l'Elysée où il avait désiré rendre visite à Mr Loubet, alors président de la République, qui était au terme de sa présidence, et dont le successeur Mr Fallières venait précisément d'être élu l'avant-veille, le Roi me dit en sortant :   "Je crois qu'il serait très aimable d'aller faire une visite chez le nouveau président élu. Ce sera certainement la première visite de ce genre qu'il recevra et il y sera d'autant plus sensible".

Le temps de téléphoner au palais du Luxembourg qu'habitait Mr Fallières, président du Sénat, pour annoncer l'arrivée du Roi et nous voilà en route pour la visite au nouvel élu. Celui-ci fut extrêmement touché de cet empressement si gracieux du vieux souverain qui mit le comble en demandant à pouvoir présenter ses respectueux hommages à Mme Fallières. On s'en fut chercher celle-ci qui arriva très confuse, fort gauche et provinciale et esquissa sa plus belle révérence devant le Roi tandis que celui-ci lui baisait galamment la main.

 Ces visites à Paris me donnèrent l'occasion de constater que le Roi, s'il était généralement fort indifférent en apparence et peu démonstratif à l'égard de ceux qui le servaient, savait cependant reconnaître les services qu'on lui rendait. Lors d'une visite officielle au président Loubet, dans laquelle j'avais accompagné le Roi, je trouvais à mon retour à l'hôtel une petite boîte qui m'avait été apportée de la part du président et qui renfermait la Croix de la Légion d'Honneur. Comme j'étais fort jeune et n'avait guère que 27 ou 28 ans, j'étais parfaitement satisfait de cette distinction qui m'était accordée spontanément. En retournant à Bruxelles, le Roi me demanda dans le train :  "Est-ce qu'ils vous ont envoyé une décoration?".  Je répondis au Roi que j'avais reçu en effet une Croix de Chevalier de la Légion d'Honneur. Il fit une moue mécontente en disant simplement :  "Ce sont des malheureux".  Traiter quelqu'un de "malheureux" était dans sa bouche un terme de commisération assez méprisant et il s'appliquait évidemment au Quai d'Orsay qi avait réglé le rang de ma décoration en tenant compte de mon âge plus que de ma fonction.

J'avais tout à fait oublié ce petit incident lorsque, plusieurs mois plus tard, et comme j'avais eu la bonne fortune de régler de façon satisfaisante une petite négociation concernant le Congo avec le gouvernement français, le Roi, revenant de Paris où je ne l'avais pas accompagné, m'appela dès son retour et me remit une boîte contenant la cravate de Commandeur de la Légion d'Honneur qu'il avait personnellement, ainsi que je l'appris par la suite, demandée pour moi au gouvernement français.

Lorsque l'ingénieur Jean Jadot compléta l'achèvement de sa formidable entreprise du chemin de fer de Pékin-Hankow, le Roi qui l'admirait et l'aimait beaucoup et qui l'appela même un jour devant moi "le grand Jadot", m'envoya aussitôt chez le ministre des Affaires étrangères afin de demander pour Jean Jadot la Croix d'Officier de l'Ordre de Léopold. Or, Jadot n'avait pas celle de chevalier et lui donner d'emblée la Croix d'Officier était une chose sans précédent. Aussi le ministre, d'ailleurs très bien disposé, m'exposa-t-il que cela rencontrerait la plus vive opposition de ses bureaux et, pour m'en convaincre, il fit venir Mr Arendt, directeur général qui avait les ordres dans ses attributions.

Mr Arendt, vieux fonctionnaire très attaché aux précédents, leva les bras au ciel et déclara qu'une telle violation des usages était absolument impossible. Le ministre me pria d'avoir la bonté d'expliquer cela au Roi. Je rendis compte de mon entretien. Le Roi, qui n'aimait pas Mr Arendt, qu'il trouvait trop lent et trop timoré dans les affaires (il avait au surplus une petite infirmité dans la démarche qui le faisait marcher difficilement avec les pieds en dedans), le Roi se vengea par un sarcasme :   "Mr Arendt est un malheureux. Il marche toujours avec les pieds et les idées en dedans".

En 1909, on sentit un certain déclin dans sa santé. En juin, il se rendit aux Journées Coloniales d'Anvers, et y prononça un discours magnifique dont cette pensée trouve un exaltant écho dans le rôle dévolu aujourd'hui à Bruxelles :   "Je rêve la Belgique comme un centre de l'activité humaine et comme une grande capitale commerciale, industrielle, scientifique, littéraire et artistique. Ce rêve n'est pas irréalisable. Vouloir, c'est pouvoir".

Le Roi avait formellement défendu qu'on lui fit des funérailles solennelles, n'acceptant d'être conduit à sa dernière demeure que par le prince Albert et le personnel de sa Maison. Pour des raisons d'ordre politique, le gouvernement estima ne pas pouvoir respecter ces volontés que le public aurait mal interprétées sans doute, soit qu'il attribua ce caractère privé des funérailles royales à un mépris insultant du vieux roi pour son peuple, soit au contraire à un manque de respect du nouveau roi et du gouvernement envers le feu roi.

Il fut donc décidé que le service funèbre aurait lieu à Sainte-Gudule en grande cérémonie, mais il fallait tout d'abord ramener la dépouille mortelle au palais royal de Bruxelles. Je n'ai jamais rien vu de plus poignant et de plus funèbre que ce cortège ramenant, une nuit de décembre, le corps du Roi à Bruxelles, escorté de troupes à pied et à cheval portant des torches. Nous suivions le char funèbre et je ne pouvais m'empêcher de penser au contraste qu'offrait cette violation, quelques heures après sa mort, des volontés les plus formelles de ce souverain dont l'autorité était si respectée de son vivant.

Le corps fut exposé pendant deux jours au palais royal de Bruxelles dont la réfection, ordonnée par Léopold II, n'était pas encore achevée et c'est au milieu des échafaudages et des décombres, par une matinée lugubre, sous une pluie mêlée de neige, que le cortège funèbre se dirigea vers Sainte-Gudule. J'accompagnai le char à la gauche de celui-ci. Le service en Sainte-Gudule manqua de décorum ; il y avait beaucoup de désordre. Les évêques belges officiant en ornements blancs, cela était fort laid et peu décoratif, à l'exception du cardinal Mercier. Les princes étrangers qui étaient présents en assez grand nombre manquaient de tenue et laissaient voir trop ouvertement leur complète indifférence. La cérémonie se termina par l'inhumation dans la crypte de l'église de Laeken où descendirent seulement les princes, le gouvernement, les représentants des pays étrangers et les membres des Maisons Civile et Militaire".

Comte Edmond Carton de Wiart, dernier secrétaire du roi Léopold II

mercredi 8 janvier 2014

Le palais royal de Bruxelles


                                       

Lors de la période hollandaise (1815-1830), Guillaume Ier choisit comme résidence à Bruxelles les hôtels Bender et Belgiojoso (situés sur l'actuelle place des Palais) qu'il fait relier. Sous le règne de Léopold II, "le roi bâtisseur", le palais royal est considérablement agrandi par l'architecte Alphonse Balat. Après le décès de ce dernier, c'est Henri Maquet qui va transformer la façade et la rendre plus majestueuse, telle que nous la connaissons aujourd'hui.

Le palais royal est le lieu de travail du Roi qui y reçoit en audience les ministres, ambassadeurs, responsables économiques et sociaux. Les souverains y organisent chaque année plusieurs réceptions. Aucun membre de la famille royale n'y habite actuellement et les Belges peuvent le visiter gratuitement durant l'été.

De 1993 à 2013, sous l'impulsion de la reine Paola, plusieurs salons ont été restaurés et redécorés, et un comité artistique a été chargé d'intégrer l'art contemporain belge dans ce palais construit au 19ème siècle, où on peut désormais voir des œuvres de Jan Fabre, Marthe Wéry, Dirk Braeckman, Patrick Corillon et Michaël Borremans.

Grâce à notre blog ami Royalement Blog, voici une dizaine d'articles bien documentés sur le palais royal de Bruxelles :

Origine du palais royal :  http://royalementblog.blogspot.be/2012/07/le-palais-royal-de-bruxelles-de-son.html

Histoire du palais royal de Léopold Ier à nos jours :  http://royalementblog.blogspot.be/2012/07/le-palais-royal-de-bruxelles-de-leopold.html

L'Escalier d'Honneur :  http://royalementblog.blogspot.be/2012/08/le-palais-royal-lescalier-dhonneur.html

La Grande Antichambre :   http://royalementblog.blogspot.be/2012/09/le-palais-royal-la-grande-antichambre.html

La Salle Empire :   http://royalementblog.blogspot.be/2012/10/le-palais-royal-la-salle-empire.html

Le Petit Salon Blanc :  http://royalementblog.blogspot.be/2012/11/le-palais-royal-le-petit-salon-blanc.html

Le Grand Salon Blanc :   http://royalementblog.blogspot.be/2013/01/le-palais-royal-le-grand-salon-blanc.html

L'Escalier de Venise :  http://royalementblog.blogspot.be/2013/02/le-palais-royal-lescalier-de-venise.html

Le Salon Léopold Ier :   http://royalementblog.blogspot.be/2013/05/le-palais-royal-salon-leopold-ier.html

Le Salon Goya :   http://royalementblog.blogspot.be/2013/06/le-palais-royal-le-salon-goya.html

Le Salon Louis XVI :  http://royalementblog.blogspot.be/2013/08/le-palais-royal-le-salon-louis-xvi.html

Le Salon aux Pilastres :  http://royalementblog.blogspot.be/2013/10/le-palais-royal-le-salon-aux-pilastres.html

Le Salon des Maréchaux :   http://royalementblog.blogspot.be/2014/01/le-palais-royal-le-salon-des-marechaux.html

La Salle du Trône :  http://royalementblog.blogspot.be/2014/05/palais-royal-la-salle-du-trone.html

La Salle de Marbre :   http://royalementblog.blogspot.be/2014/08/palais-royal-la-salle-de-marbre.html

La Grande Galerie :   http://royalementblog.blogspot.be/2014/11/palais-royal-de-bruxelles-la-grande.html

Le Salon du Penseur :  http://royalementblog.blogspot.be/2015/03/palais-royal-de-bruxelles-le-salon-du.html

La Salle des Glaces :  http://royalementblog.blogspot.be/2015/06/palais-royal-de-bruxelles-la-salle-des.html

Le Salon du Vase :  http://familleroyalebelge.blogspot.be/2017/10/le-salon-du-vase-du-palais-royal-de.html

                                                 Meilleurs vœux à tous pour l'année 2014 !

lundi 19 août 2013

Deux biographies de la reine Marie-Henriette

                                         Afficher l’image source

J'ai lu les deux biographies sur la deuxième reine des Belges :   "Marie-Henriette, reine des Belges : la lionne blessée" (par Jo Gérard) et "Marie-Henriette : une amazone face à un géant" (par Mia Kerckvoorde). Née le 23 août 1836, Marie-Henriette est la fille de l'archiduc Joseph d'Autriche, palatin de Hongrie, et de Marie-Dorothée de Wurtemberg. Elle passe une enfance heureuse en Hongrie, loin du protocole de la Cour de Vienne. A 16 ans, elle participe, pour la première fois, à un bal de la Cour.

Ik heb twee biografiëen gelezen over de tweede koningin der Belgen :   "Marie-Henriette, reine des Belges :  la lionne blessée" (door Jo Gérard) en  "Marie-Henriette :  une amazone face à un géant" (door Mia Kerckvoorde). Marie-Henriette werd geboren op 23 augustus 1836 als dochter van groot-hertog Jozef van Oostenrijk, paltsgraaf van Hongarije, en van Marie-Dorothée van Wurtemberg. Ze beleeft een gelukkige jeugd in Hongarije, ver van het protocol aan het Hof van Wenen. Op 16-jarige leeftijd neemt ze voor het eerst deel aan een bal dat aan het Hof werd georganiseerd.

Afin de préserver l'indépendance de la Belgique face à l'impérialisme français de Napoléon III, le roi Léopold Ier imagine un mariage politique entre son fils le prince héritier Léopold et l'archiduchesse Marie-Henriette d'Autriche. La reine Victoria d'Angleterre trouve cette union prématurée et incite en vain son oncle à le reporter d'un an. Après l'accord de l'empereur François-Joseph, Marie-Henriette quitte avec regret sa famille en août 1853 pour prendre la direction de la Belgique.

Om de onafhankelijkheid van België te vrijwaren tegenover het Franse imperialisme van Napoléon III, komt Leopold I tot een politiek huwelijk tussen zijn zoon, kroonprins Leopold, en de aartshertogin van Oostenrijk, Marie-Henriette van Oostenrijk. Koningin Victoria van Engeland vindt een dergelijk huwelijk te vroeg en stuurt tevergeefs haar oom aan om het huwelijk met een jaar uit te stellen. Na het akkoord van keizer Frans-Josef, verlaat Marie-Henriette met spijt in het hart haar familie in augustus 1853 richting België.

Mais le courant ne passe pas entre les jeunes époux. Contrairement à son mari, Marie-Henriette aime l'équitation, la peinture, la musique et la littérature. On parle de  "l'union d'un palefrenier et d'une religieuse, étant entendu que la religieuse est le duc de Brabant". En octobre, ils se rendent chez la reine Victoria qui constate leurs différences et pense que leur mariage n'a pas encore été consumé.

Maar het werkt niet tussen de jong-gehuwden. In tegenstelling tot haar echtgenoot houdt Marie-Henriette van paardrijden, schilderkunst, muziek en literatuur. Men praat van "het huwelijk tussen een stalknecht en een non, weliswaar waarbij de non de hertog van Brabant is". In oktober gaan ze op bezoek bij koningin Victoria die moet vaststellen hoe verschillend beiden zijn en die denkt dat hun huwelijk nog niet werd geconsumeerd.

Préoccupé par la situation du jeune couple, le roi Léopold Ier leur offre un long voyage en Orient de novembre 1854 à août 1855. Ils visitent notamment Vienne, Venise, Trieste, Corfou, Alexandrie, Le Caire, Jérusalem, Beyrouth, Damas, la Crête, Rhodes, Athènes, la Sicile, le Vatican et la Suisse. Ce voyage s'avère positif pour le couple qui s'est un peu rapproché. Ils ont ensuite trois enfants : Louise en 1858, Léopold en 1859 et Stéphanie en 1864.

Bezorgd over de situatie van het jonge koppel, biedt Leopold I hun een lange reis aan naar het Oosten van november 1854 tot augustus 1855. Ze bezoeken ondermeer Wenen, Venetië, Triëste, Corfu, Alexandrië, Kaïro, Jeruzalem, Beiroet, Damascus, Kreta, Rhodos, Athene, Sicilië, het Vaticaan en Zwitserland. De reis schijnt een positief effect te hebben gehad voor het koppel, dat meer toenadering tot elkaar vond. Er volgen drie kinderen :  Louise in 1858, Leopold in 1859 en Stéphanie in 1864.

En 1865, Léopold Ier meurt, la main dans celle de sa belle-fille Marie-Henriette qui devient reine des Belges. L'année suivante, le nouveau couple royal effectue des Joyeuses Entrées à Gand, Bruges, Ostende, Mons, Tournai, Liège, Charleroi et Namur.

In 1865 sterft Leopold I, met zijn hand in de hand van zijn schoondochter Marie-Henriette, die koningin der Belgen wordt. Het jaar daarop volgen Blijde Intredes in Gent, Brugge, Oostende, Bergen, Doornik, Luik, Charleroi en Namen.

L'auteur Jo Gérard compare Marie-Henriette et Louise-Marie :   "Ce qui rapproche les deux premières souveraines? L'échec de leur vie sentimentale et, osons le mot, sexuelle. Louise-Marie ne le dissimule pas dans une lettre pathétique qu'à la fin de son existence elle adressera à son mari. Celui-ci, comme Léopold II plus tard, entendra bien limiter le rôle officiel de sa femme. Il ne cherchera jamais à lui confier d'importantes missions politiques ou diplomatiques. Nos deux premiers rois ne feront pas de leurs épouses de véritables collaboratrices ainsi qu'on le verra au temps d'Albert Ier pourvu, il est vrai, d'une femme douée d'une forte et originale personnalité".

De auteur Jo Gérard vergelijkt Marie-Henriette en Louise-Marie :   "Wat brengt de eerste twee vorstinnen bij elkaar ? Het falen van hun gevoelsmatig - en laten we het durven zeggen - seksueel leven. Louise-Marie gaat dit niet uit de weg in een pathetische brief die zij op het einde van haar leven richt aan haar echtgenoot. Deze wenste - zoals Leopold II later ook zou doen -  de officiële rol van zijn vrouw goed in te perken.  Nooit zal hij haar belangrijke politieke of diplomatieke missies toevertrouwen. Onze twee eerste koningen zullen van hun echtgenotes geen echte medewerksters maken, zoals we dat later zullen zien bij Albert I, die - het moet gezegd -  gezegend was met een vrouw die een sterke en originele persoonlijkheid had".

Suite à la mort du prince héritier Léopold, victime d'une pneumonie après une chute dans un étang à Laeken, Marie-Henriette est obligée de reprendre ses devoirs conjugaux pour assurer l'avenir de la dynastie. Elle tombe enceinte mais c'est la déception : c'est une fille, prénommée Clémentine. Ses deux filles aînées les princesses Louise et Stéphanie font des mariages arrangés malheureux.

Ten gevolge van de dood van kroonprins Leopold, slachtoffer van een longontsteking,  is Marie-Henriette verplicht haar huwelijkse plichten opnieuw op te nemen om de toekomst van de dynastie te verzekeren. Ze wordt opnieuw zwanger, maar het wordt een ontgoocheling :   het is een meisje, die de naam Clémentine krijgt. Haar twee oudste dochters Louise en Stéphanie komen beiden in ongelukkige gearrangeerde huwelijken terecht.

La princesse Stéphanie écrira plus tard :   "Mes parents ne se sont pas compris. Leurs chemins se sont croisés un seul instant, pour s'écarter aussitôt et à jamais. Il choisit celui de l'indifférence et de l'infidélité ; elle dut accepter celui de la résignation, de la solitude et de la douleur".

Prinses Stéphanie zal later schrijven :   "Mijn ouders hebben elkaar niet begrepen. Hun wegen hebben elkaar op een bepaald moment gekruist, om vervolgens onmiddelijk en voor altijd opnieuw uit elkaar te gaan. Hij koos het pad van de onverschilligheid en de ontrouw ;  zij moest het pad aanvaarden van de lijdzaamheid, de eenzaamheid en de pijn".

Outre des actions de charité, la reine Marie-Henriette part chercher à Miramar en 1867 sa belle-soeur Charlotte, éphémère impératrice du Mexique, et soigne des blessés au palais royal durant la guerre franco-prusienne de 1870. A partir de 1895, elle fuit la Cour, laissant le rôle de Première Dame à sa fille cadette Clémentine, et s'installe à Spa où elle exhausse en 1896 son vœu de réunir ses trois filles et ses deux petites-filles Erzi et Dora. Elle décède en 1902.

Naast liefdadigheidsacties, vertrekt koningin Marie-Henriette in 1867 naar Miramar naar haar schoonzus Charlotte, die kortstondig keizerin van Mexico was,  en ze verzorgt gewonden in het koninklijk paleis tijdens de Frans-Pruisische oorlog in 1870. Vanaf 1895 ontvlucht ze het Hof, waarbij ze de rol van Eerste Dame overlaat aan haar jongste dochter Clémentine. Ze installeert zich in Spa waar ze in 1896 haar wens realiseert om haar drie dochters en twee kleindochters, Erzi en Dora, bij elkaar te brengen. Ze overlijdt in 1902.

Jo Gérard est un bon conteur mais il a le défaut de s'étendre sur des sujets historiques qui n'ont rien à voir avec le sujet du livre. La biographie de Mia Kerckvoorde est meilleure mais est incomplète (il n'y a, p.ex., aucun chapitre sur son enfance).

Jo Gérard is een goeie auteur maar hij heeft als nadeel dat hij uitweidt over historische thema's die niets te maken hebben met het onderwerp van het boek. De biografie van Mia Kerckvoorde is beter, maar onvolledig (er is bijvoorbeeld geen enkel hoofdstuk over haar jeugd).

lundi 9 janvier 2012

"Marie-Henriette, reine des Belges : la lionne blessée" (Jo Gérard)

                                        Résultat d’images pour Jo Gérard

Née le 23 août 1836, Marie-Henriette est la fille de l'archiduc Joseph d'Autriche, palatin de Hongrie, et de Marie-Dorothée de Wurtemberg. Elle passe une enfance heureuse en Hongrie, loin du protocole de la Cour de Vienne. A 16 ans, elle participe, pour la première fois, à un bal de la Cour.

Afin de préserver l'indépendance de la Belgique face à l'impérialisme français de Napoléon III, le roi Léopold Ier imagine un mariage politique entre le prince héritier Léopold, duc de Brabant et l'archiduchesse Marie-Henriette d'Autriche. La reine Victoria d'Angleterre trouve cette union prématurée et incite en vain son oncle à le reporter d'un an. Après l'accord de l'empereur François-Joseph, Marie-Henriette quitte avec regret sa famille en août 1853 pour prendre la direction de la Belgique.

Mais le courant ne passe pas entre les jeunes époux. Contrairement à son mari, Marie-Henriette aime l'équitation, la peinture, la musique et la littérature. On parle de "l'union d'un palefrenier et d'une religieuse, étant entendu que la religieuse est le duc de Brabant". En octobre, ils se rendent chez la reine Victoria qui constate leurs différences et pense que leur mariage n'a pas encore été consumé.

Préoccupé par la situation du jeune couple, le roi Léopold Ier leur offre un long voyage en Orient de novembre 1854 à août 1855. Ils visitent notamment Vienne, Venise, Trieste, Corfou, Alexandrie, Le Caire, Jérusalem, Beyrouth, Damas, la Crête, Rhodes, Athènes, la Sicile, le Vatican et la Suisse. Ce voyage s'avère positif pour le couple qui s'est un peu rapproché.

En 1865, Léopold Ier meurt, la main dans celle de sa belle-fille Marie-Henriette qui devient reine des Belges. L'année suivante, le nouveau couple royal effectue des Joyeuses Entrées à Gand, Bruges, Ostende, Mons, Tournai, Liège, Charleroi et Namur.

L'auteur Jo Gérard compare Marie-Henriette à Louise-Marie : "Ce qui rapproche les deux premières souveraines? L'échec de leur vie sentimentale et, osons le mot, sexuelle. Louise-Marie ne le dissimule pas dans une lettre pathétique qu'à la fin de son existence elle adressera à son mari. Celui-ci, comme Léopold II plus tard, entendra bien limiter le rôle officiel de sa femme. Il ne cherchera jamais à lui confier d'importantes missions politiques ou diplomatiques. Nos deux premiers rois ne feront pas de leurs épouses de véritables collaboratrices, ainsi qu'on le verra au temps d'Albert Ier pourvu, il est vrai, d'une femme douée d'une forte et originale personnalité".

Fille de Léopold II et de la princesse Marie-Henriette, la princesse Stéphanie écrira plus tard : "Mes parents ne se sont pas compris. Leurs chemins se sont croisés un seul instant, pour s'écarter aussitôt et à jamais. Il choisit celui de l'indifférence et de l'infidélité ; elle dut accepter celui de la résignation, de la solitude et de la douleur".

Outre des actions de charité, la reine Marie-Henriette part chercher à Miramar en 1867 sa belle-soeur Charlotte, éphémère impératrice du Mexique, et soigne des blessés au palais royal durant la guerre franco-prusienne de 1870. Elle a la douleur de perdre son fils Léopold, victime d'une pneumonie suite à une chute dans un étang à Laeken.

A partir de 1895, elle fuit la Cour, laissant le rôle de Première Dame à sa fille cadette la princesse Clémentine, et s'installe à Spa où elle se plaît beaucoup et décède en 1902.

Jo Gérard est un bon conteur mais il a le défaut de s'étendre sur des sujets historiques qui n'ont rien à voir avec le sujet du livre. J'aurais préféré qu'il explore un peu plus la personnalité et la correspondance de la reine Marie-Henriette.

lundi 17 janvier 2011

"Léopold II : entre génie et gêne" (éditions Racine)

En 2007, les Editions Racine avaient publié une biographie objective et intéressante de Léopold II par Matthieu Longue. Deux ans plus tard, ils complètent ce livre par un ouvrage collectif co-écrit par une quinzaine d'historiens du nord et du sud du pays (Vincent Dujardin, Mark van den Wijngaert, Michel Dumoulin, Francis Balace, etc.) et par Gustaaf Janssens, le responsable des archives du palais royal. Après avoir rappelé les grands événements de sa vie privée et publique, les auteurs se sont principalement intéressés à sa politique étrangère et coloniale.

Tout commence lors de ses voyages en tant que prince héritier. Léopold a évidemment vu de grands monuments, tels les pyramides de Gizeh ou le Taj Mahal, mais il concevait tous ses voyages comme des confrontations avec des modes d'administration, des opportunités commerciales et financières, des individus et des structures qui remplissaient une fonction de direction dans le monde politique et économique de l'époque. De retour en Belgique, il lit de nombreux livres et revues sur la géographie et le colonialisme.

On n'en parle pas souvent mais cinq ans après son accession au trône, Léopold II est confronté à la guerre franco-prusienne de 1870 qui met en péril notre indépendance. Sur le plan diplomatique, le Roi et ses ambassadeurs rappellent la neutralité de la Belgique à ses puissants voisins et tente d'obtenir des garanties qu'elle ne sera pas envahie. Parallèlement, il fait voter l'augmentation du budget de la Défense par le Parlement, et envoie des soldats tout au long de nos frontières. Malgré que la bataille de Sedan se passe à quelques kilomètres de chez nous, la Belgique n'entrera pas en guerre et aura réussi à préserver son indépendance et sa neutralité. De même, en 1904, Léopold II n'accepte pas les propositions d'alliance antifrançaise de l'empereur Guillaume II.

Un intéressant chapitre sur la religion montre que Léopold II tenait à de bonnes relations avec le Vatican pour des raisons plus politiques que religieuses. Il ne réagit pas à la prise de Rome par l'Italie. Ses relations sont très bonnes avec le pape Léon XIII qui est le chef d'Etat à qui il écrit le plus souvent après la reine Victoria, et qui suit ses conseils lors des nominations des évêques belges. A la demande du Roi, il réprimande le prêtre Daens mais refuse de trop se mêler de ce problème devenu politique. Le pape Léon XIII est le plus fidèle allié de l'oeuvre congolaise de Léopold II et encourage l'installation de missionnaires catholiques. Mais suite aux accusations sur le régime colonial, le Vatican prend définitivement ses distances avec le souverain belge à partir de 1905.

Les auteurs évoquent ensuite avec beaucoup d'objectivité les critiques internationales contre le régime colonial de Léopold II au Congo, et les résultats de la commission d'enquête de 1905. Une analyse minutieuse des caricatures présente le Roi comme un monarque autoritaire, un colonisateur sanguinaire ou un coureur de jupons. Laurence van Ypersele fait remarquer : "Sous le règne de Léopold II, la caricature rêve d'un roi Père de la patrie, tout entier offert au pays comme il le serait à sa famille, proche et aimant. Tout au long de son règne, les critiques se font de plus en plus sévères. Or, la frustration de l'opinion publique va creuser et renforcer l'attente d'un roi idéal. On comprend mieux, dès lors, la popularité dont a bénéficié son successeur dès son avènement : le roi Albert Ier apparaissait comme l'incarnation même de ce rêve".

Depuis l'indépendance du Congo, Léopold II n'est presque plus cité dans les discours officiels, sauf lors de l'hommage que lui a rendu le président congolais Joseph Kabila dans un discours prononcé au Sénat belge en 2004. L'analyse des manuels scolaires belges démontre que l'oeuvre coloniale y est glorifiée jusque les années 1980-1990, alors qu'on met désormais en évidence les abus qui y ont été commis. Stéphanie Planche place ce changement en parallèle avec l'évolution politique de notre pays : "Léopold II semble réussir le tour de force d'être désormais à la fois défendu et conspué, comme symbole et comme antisymbole, d'une Belgique unitaire et de son érosion : une qualité qui, dans le contexte belgo-belge, lui confère une charge et une portée toutes singulières, et lui prédit certainement encore une longue vie posthume". Quant aux jeunes Congolais, ils le considèrent comme le fondateur de leur pays, tout en rappelant les points négatifs de la colonisation.

Cet ouvrage collectif n'est pas destiné au grand public. Il permettra aux passionnés d'histoire d'avoir des éclairages nouveaux sur le règne et l'historiographie autour de Léopold II, un souverain très controversé. Les auteurs suggèrent également plusieurs pistes de recherche non encore explorées.