mardi 27 mars 2012

Les missions économiques du prince Philippe

De 1962 à 1993, le prince Albert a été président d'honneur de l'Office Belge du Commerce Extérieur et a mené 105 missions économiques de plusieurs jours à l'étranger. La dernière a eu lieu en Chine. La présence du frère du roi Baudouin permettait d'ouvrir plus de portes à nos entreprises et de faciliter la signature de contrats. Afin de le remercier pour ce travail, la Fédération des Entreprises de Belgique et la Fondation Roi Baudouin ont créé, en 1984, le Fonds Prince Albert qui permet à des Belges de faire un stage à l'étranger.

Lorsqu'il devient roi, c'est son fils aîné le prince Philippe qui le remplace à l'Office Belge du Commerce Extérieur. Ses premières missions économiques ont lieu en Espagne et en Arabie Saoudite en 1993. De 1994 à 1999, il s'est notamment rendu au Japon, au Vietnam, en Afrique du Sud, en Inde, en Suède, en Malaisie, en Argentine, aux Philippines, en Chine, en Turquie, au Japon, aux Emirats Arabes Unis, au Mexique, en Pologne, en Inde, en Egypte et au Brésil. A partir de septembre 1994, toutes ses missions économiques seront suivies par l'émission "Place Royale" (RTL-TVI), rejointe plus tard par "Royalty" (VTM) et "C'est du belge" (RTBF). Cette médiatisation permet de mieux faire connaître le travail du prince, mais exige aussi de sa part une attention de tous les instants.

En mai 2000, le duc de Brabant est, pour la première fois, accompagné de sa nouvelle épouse lors d'une mission économique (en Chine précisément), ce qui accentue leur médiatisation et donne une touche plus glamour. Le couple princier a ainsi présidé la Belgian Lifestyle Gala Night en présence de la chanteuse Axelle Red. Leur visite de la Cité Interdite a été suivie par de nombreux photographes. Deux autres missions économiques ont lieu en 2000 : en Uruguay et en Corée du Sud.

En septembre 2000, le prince parle au journal "New York Times" de notre pays : "Pour le décrire brièvement, je dirais : diversité et culture ancienne, bonne qualité de vie et situation centrale. La Belgique est un pays fascinant, grâce à sa diversité géographique et culturelle, qui ne demande qu'à être découverte. La Belgique est un pays où il fait bon vivre et est aussi très intéressante pour les investisseurs. La bière, le chocolat, la bonne chère font penser à une certaine convivialité et à un niveau de vie élevé, deux des qualités belges. En fait, l'économie belge est très diversifiée. Il ne pourrait d'ailleurs en être autrement, ce pays étant le premier exportateur au monde par habitant. Savez-vous, par exemple, qu'elle est le centre mondial de la taille du diamant et un des leaders mondiaux dans le domaine du dragage?".

Lors de la mission économique en Thaïlande en février 2001, Philippe confie aux journalistes : "J'étais déjà allé en Thaïlande en 1993 et à l'époque j'avais effectué nombre de visites à caractère social. Cette fois-ci, j'étais accompagné de mon épouse, qui a poursuivi cette tradition en effectuant également des visites sociales. Personnellement, je me suis concentré plus sur la partie économique de la mission. Mais ensemble, on fait un travail d'équipe. On se répartit les tâches et on discute chaque soir de ce qu'on a fait. Elle m'explique ses activités, on échange des points de vue. Je pense que le volet social de Mathilde était très diversifié et complet. Il mettait en lumière l'aspect humain de ces projets et l'intérêt que la Belgique y porte. La princesse et moi-même avons été très touchés de l'accueil chaleureux que nous avons reçus des Thaïs. Partout où nous allions, nous avons reçu des fleurs et des cadeaux. Les relations entre nos deux pays sont très importantes. Un exemple émotionnel, c'est la statue de Léopold II qui se trouve dans le palais royal et que mon ancêtre avait offert au roi Rama V lors de sa visite en Belgique. C'était un plaisir et un honneur pour la princesse et moi d'être reçus par Sa Majesté le roi Bhumibol. Nous avons tous les deux été impressionnés par sa personnalité. C'était une rencontre très chaleureuse. On est resté 1h30. C'est un homme extraordinaire, avec une grande humanité. Il a notamment évoqué ses rencontres avec mon oncle le roi Baudouin. Ils se ressemblent un peu. L'objectif était de rappeler aux Thaïlandais ce dont la Belgique est capable. Ce but a été atteint. J'entends des échos très positifs des entreprises".

La grossesse de la princesse l'empêche d'accompagner son époux en mission économique en 2001 en Russie et au Maroc. Quatre missions économiques au programme de 2002 : Malaisie, Chili, Arabie Saoudite/Koweït, Australie/Nouvelle-Zélande.

Suite à la régionalisation du commerce extérieur, l'Office Belge du Commerce Extérieur - dont le prince Philippe a présidé une trentaine de missions économiques de 1993 à 2002 - est remplacé par l'Agence Fédérale pour le Commerce Extérieur. Celle-ci a pour but de préparer avec les services régionaux flamands, bruxellois et wallons les missions économiques du duc de Brabant à l'étranger. En 2003 et 2004, il se rend au Mexique/Californie, au Vietnam, en Pologne, aux Emirats Arabes Unis/Oman, en Turquie, en Algérie/Tunisie, et en Chine.

C'est lors de cette mission économique en Chine en décembre 2004 que survient une polémique suite aux propos du prince au journaliste Louis Van Raak : "Je ne suis pas contre la régionalisation, mais à l'étranger, nous devons parler d'une seule voix et apparaître comme un seul pays. Autrement, c'en est fini de la Belgique, cela nous ne le voulons pas. Et celui qui s'en prend à la Belgique s'en prend à moi. Certaines personnes et certains partis, comme le Vlaams Belang, sont contre la Belgique et veulent déchirer notre pays. Je peux vous assurer qu'ils auront affaire à moi. Et n'oubliez pas : je peux être coriace si je veux. Je ne me laisserai pas marcher sur les pieds. J'aime la Belgique et j'en suis fier". Ni le prince, ni aucun conseiller du Palais n'a essayé d'empêcher la publication de cet entretien. Rien n'a été démenti.

Le premier ministre Guy Verhofstadt rappelle le fils aîné du Roi à l'ordre dans un communiqué : "Même si je puis m'imaginer que le prince se dresse contre certains partis qui défendent la scission du pays, cela ne correspond pas au rôle constitutionnel actuel et surtout futur du prince dans notre pays. Ce rôle requiert une certaine réserve dans les propos, particulièrement sur les partis politiques, même lorsque ces partis ne veulent pas du bien à l'avenir de notre pays. Cette conversation est à mettre sur le compte d'un moment émotionnel qu'a connu le prince, qui tient particulièrement à sa mission comme président d'honneur de l'Agence pour le Commerce Extérieur".

Le duc de Brabant reçoit plus de soutien au sud du pays. Ainsi Elio Di Rupo, président du PS (le plus important parti politique wallon) réagit : "Je soutiens le prince car j'estime qu'il a eu le courage de dire ce que de très nombreux démocrates pensent. Je comprends qu'il s'oppose à un parti qui dit que la Belgique doit crever. Il est normal qu'un membre de la famille royale, institution faîtière du pays, se sente concerné. D'un point de vue constitutionnel, il est clair que le Roi n'aurait pas pu tenir ces propos, car lui doit être couvert par un ministre. Le prince, même s'il est l'héritier de la couronne, a simplement exprimé ici un sentiment de démocrate. Si plus de personnes s'exprimaient comme lui, cela ferait sans doute réfléchir davantage la population en Flandre. Ce parti trompe ses électeurs avec des finalités jugées contraires à la loi par des cours et des tribunaux. L'histoire du XXème siècle montre que quand les familles royales ont été faibles (c'est le cas en Italie), les dictateurs avancent à la vitesse de la lumière".

Le premier ministre Guy Verhofstadt fait une deuxième réprimande au prince héritier en février 2005. Au cours d'un petit-déjeuner organisé à la Fédération des Entreprises de Belgique (FEB) à l'occasion du voyage d'Etat du président grec dans notre pays, Philippe signe le livre d'or puis, sans s'en rendre compte, une liste de revendications de la FEB sur les objectifs européens de Lisbonne. Dans ce texte, l'organisation dit que le gouvernement fédéral ne fait pas suffisamment d'efforts pour réaliser les réformes économiques, notamment la poursuite de la libéralisation du secteur public européen... En 2005, le duc de Brabant préside trois missions économiques à l'étranger : Inde, Japon et Brésil.

En mars 2006, une nouvelle campagne médiatique débute contre le prince Philippe suite à sa mission économique en Afrique du Sud. Des hommes d'affaires courageusement anonymes confient à la presse que le duc de Brabant ne les reconnaît pas d'une mission à l'autre, qu'il manque de dynamisme et qu'il ferme plus de portes à l'étranger qu'il n'en ouvre. Sous-entendu : est-il capable d'être un jour le chef de l'Etat? Quelques jours plus tard, le roi Albert prend la défense de son fils et déclare "Vous m'avez fait de la peine" à l'équipe de l'émission "Royalty" sur VTM.

Le prince répond à ces critiques le 25 mars dans une interview exclusive accordée par mail aux journalistes Christian Laporte ("La Libre Belgique") et Steven Samyn ("De Standaard") : http://familleroyalebelge.blogspot.com/2012/03/interview-du-prince-philippe-en-2006.html

Au-delà du fond, la forme suscite différentes questions : est-ce le prince ou un de ses conseillers qui a répondu aux questions? Est-il incapable de répondre directement à des journalistes comme le font tous les princes héritiers d'Europe? Pourquoi demander l'aval du premier ministre pour cet interview consensuelle alors que rien ne l'y oblige? Le duc de Brabant est-il mal conseillé?

Philippe tient compte de ces critiques lors de sa mission économique en Russie en juin 2006, et se montre plus ouvert vis-à-vis de la presse : "Moi, je n'ai perçu aucun problème en Afrique du Sud. Rien. Ce qui a peut-être été mal perçu? Demandez aux hommes d'affaires. Moi, j'ai été content du travail accompli là-bas. Le travail a été bien fait. Je n'ai jamais eu de problème. Bien sûr, il peut y avoir des gens frustrés dans une mission. Cela n'a rien à voir avec moi. Mais ces personnes peuvent faire reposer le manque de succès de leur travail sur quelqu'un et c'est regrettable. Quand on est frustré d'avoir mal fait son travail, on rejette parfois la faute sur quelqu'un d'autre. Je parle toujours avec les hommes d'affaires de toutes les missions. C'est comme cela depuis des années. C'est un travail très utile, un vrai travail, assez enviable. Une mission, c'est un cadre, une plate-forme, une présence. Je suis engagé tout en restant à ma place de prince. C'est peut-être un travail difficilement mesurable pour des journalistes qui voient les choses de l'extérieur et qui ne s'informent pas assez auprès des hommes d'affaires qui eux sont contents! Je suis quelqu'un qui aime une certaine vérité. Je n'aime pas jouer un rôle qui n'est pas le mien. Je suis quelqu'un qu'il faut chercher à connaître, qui n'est pas vendu sur la scène publique". Deux autres missions économiques ont encore lieu en 2006 : le Canada en novembre et la Bulgarie en décembre. Ajoutons 2 missions en 2007 (Chine et Bahrein/Qatar), 4 missions en 2008 (Etats-Unis/Canada, Egypte, Argentine/Uruguay, Indonésie/Singapour) et 4 missions en 2009 (Mexique/Panama, Corée du Sud, Arabie Saoudite/Emirats Arabes Unis, Maroc).

Alors qu'il se trouve en mission économique en Inde en mars 2010, une polémique intervient à nouveau sur ses capacités à monter sur le trône. Le duc de Brabant y répond : "J'ai toujours été ouvert aux remarques que l'on m'adresse. J'en prends note tout en précisant que je reçois aussi énormément d'encouragements de la population de chez nous qui me semblent être autant de soutiens. Vous savez, pour moi, il y a un mot important : c'est le mot confiance. J'entends continuer plus que jamais à créer des liens de confiance avec la population belge, avec le monde des entreprises mais aussi avec le monde politique. Les gens qui m'ont fasciné ne sont pas toujours des icônes connues du grand public, mais plutôt des gens simples, de la vie de tous les jours. Je suis allé il y a peu à Charleroi, dans le cadre d'une visite privée dans un centre où l'on aide des toxicomanes à se réinsérer. J'y ai rencontré des types fantastiques. Sortir de la drogue demande aussi une forme d'héroïsme".

Philippe est soutenu publiquement par plusieurs ministres, comme Vincent Van Quickenborne : "Je suis ministre de l'Economie et je peux vous dire qu'une mission économique avec le prince à sa tête est cent fois plus efficace qu'avec un ministre comme chef de délégation". Le ministre de la Coopération au Développement Charles Michel confirme : "Quand on voyage dans certains pays, le fait que le prince héritier accompagne la mission ouvre des portes et des accès. C'est indiscutable. Et il faudra beaucoup investir dans une Flanders House à New York ou dans l'Awex avant que çà ne rapporte autant à nos entreprises!".

Le ministre des Affaires Etrangères Steven Vanackere est du même avis : "Ces propos sont injustes. Pas mal de gens se prononcent sur la personnalité du prince sans être nécessairement capables d'illustrer leurs propos sur base d'une expérience vécue. Le personnage du prince est au centre d'un certain intérêt. Je peux m'imaginer que d'aucuns ont envie de s'exprimer sur lui. Mais il faut surtout parler quand on sait. Au cours de ce voyage en Inde, j'ai eu l'occasion de vivre plusieurs jours en sa présence. Je remarque que le prince Philippe a un engagement invraisemblable. Il travaille tôt le matin jusqu'à la fin de la soirée. Il a une persévérance remarquable dans ses contacts. Je sais qu'en politique, on travaille beaucoup, mais je constate que l'énergie du prince à travailler pour le pays et ses entreprises est remarquable. J'invite ses détracteurs à être présents à l'occasion d'un de ses voyages pour constater son engagement. C'est un homme équilibré. J'ai l'impression de me retrouver avec quelqu'un de profondément intéressé par le travail qu'il fait et, en tout état de cause, quand on juge ce travail sur base des résultats, on peut constater que sa présence pour les entreprises venues ici en Inde est vraiment un énorme atout parce qu'il ouvre vraiment des portes. Il encourage les entreprises et leur donne le sentiment de faire partie de quelque chose de plus grand que le simple intérêt "corporate". C'est-à-dire un projet dans lequel deux économies, la belge et l'indienne, se rapprochent dans un cadre win-win. Chacun vit dans son environnement propre, mais la volonté du prince et de son épouse de s'ouvrir au monde est très présente. J'invite tout un chacun, aussi ceux qui le critiquent, à se poser cette question : sont-ils eux-mêmes tellement ouverts? Je n'ai jamais entendu le prince prononcer des propos blessants à l'égard de quelqu'un".

Trois autres missions économiques ont eu lieu en 2010 : le Brésil, le Kazakhstan et l'Ukraine. Et 4 en 2011 : la Russie, les Etats-Unis, la Chine et le Chili. Avec le Vietnam en mars 2012, cela fait donc une soixantaine de missions économiques que le prince Philippe a présidées depuis 1993...

Je laisse la conclusion à l'historien flamand Mark Van den Wijngaert qui a déclaré au journal "La Libre Belgique" en avril 2011 : "Dans l'histoire de la monarchie, Philippe est le seul prince héritier qui ait été préparé explicitement à monter sur le trône et qui ait bénéficié d'excellents conseillers. Je suis très confiant pour la suite. Avec un bon entourage, un roi peut, comme un ministre, faire de l'excellent boulot. L'on a propagé des tas de rumeurs à son sujet non sans un certain sadisme. Il faudra, au contraire, ouvrir la voie au nouveau monarque. Je me demande comment on aurait traversé la crise politique actuelle avec un roi protocolaire. Le monde politique n'est pas conséquent : ils parlent toujours de monarchie protocolaire mais ne cessent de faire appel au Roi et de l'impliquer dans certaines initiatives. Pire, ils ont tendance à le politiser. Dans un pays complexe comme le nôtre, la monarchie a sa raison d'être. Cela dit, si la politique retrouve totalement ses droits de manière normale, la monarchie se (re)mettra elle-même à l'arrière-plan. Ce serait donc tout profit pour la monarchie et pour le pays de sortir de la crise actuelle".

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