lundi 9 avril 2012

Le rôle politique du roi Albert II en 2004

En janvier 2004, Albert II accorde le titre honorifique de Ministre d'Etat à Steve Stevaert, Charles Picqué, Philippe Monfils, Jaak Gabriëls, Herman Van Rompuy et Etienne Davignon. Aucun écologiste et aucun représentant de l'extrême-droite. La promotion de Philippe Monfils, qui est à l'origine des débats éthiques lors de la législature 1999-2003, est interprétée comme un signe d'ouverture du Palais. De son côté, Etienne Davignon (ancien commissaire européen et proche d'Albert II) reçoit probablement ce titre pour avoir lancé en 2001 la compagnie SN Brussels Airlines suite à la faillite de la Sabena.

Lors de ses voeux de Nouvel An 2004 aux autorités du pays, notre souverain déclare : "Il est indispensable que les Etats membres renforcent leur stratégie de Lisbonne, par laquelle les dirigeants de l'Union Européenne ont défini leur objectif de devenir d'ici 2010 l'économie de la connaissance la plus dynamique du monde. Cette stratégie de Lisbonne est nécessaire pour assurer une croissance poursuivie. Elle implique de nombreuses exigences et j'en énumère quelques-unes :
- Améliorer les qualifications des travailleurs et favoriser une culture de formation permanente.
- Elever le taux de participation de la population active à 70% et augmenter la participation des femmes et des travailleurs plus âgés.
- Moderniser le système de protection sociale, en réduisant notamment le nombre de personnes susceptibles de souffrir d'exclusion sociale.
- Résoudre les problèmes communs des petites sociétés et des start-up qui revêtent pour l'emploi une importance considérable.
- Investir dans la recherche pour atteindre 3% du PIB, ce qui est indispensable pour l'avenir de notre société et le maintien de son bien-être.
- Favoriser l'accès aux nouvelles technologies".

En février, le président congolais Joseph Kabila est de passage à Bruxelles. Le moment le plus important de son séjour est le discours qu'il prononce devant le Sénat. Il voulut faire table rase du passé, des erreurs de nos deux pays avant, pendant et après la décolonisation de 1960. Il déclara notamment : "L'histoire de la République Démocratique du Congo, c'est aussi celle des Belges, missionnaires, fonctionnaires et entrepreneurs qui crurent au rêve du roi Léopold II de bâtir, au centre de l'Afrique, un Etat. Nous voulons, à cet instant précis, rendre hommage à la mémoire de tous ces pionniers". Ces deux phrases ont sûrement fait plaisir au Palais... Joseph Kabila a été reçu en audience par le Roi (c'était la troisième fois en trois ans qu'ils se rencontraient) et il en profita pour l'inviter officiellement à se rendre au Congo. Ajoutons qu'Albert II a également reçu le président du Burundi Domitien Ndayizeke en janvier et le président du Rwanda Paul Kagame en mars.

Le 11 mars, des attentats terroristes causent à Madrid la mort de près de 200 personnes. Le jour même, le couple royal reçoit en audience au château de Laeken - où le drapeau belge avait été mis en berne - Carlos Bastarreche (représentant permanent de l'Espagne auprès de l'U.E.), Juan Praty Coll (représentant permanent de l'Espagne auprès de l'Otan) et leur épouse respective. Notre souverain envoya aussi ses condoléances au roi Juan Carlos et à la reine Sophie. Quelques jours plus tard, la reine Fabiola (d'origine espagnole) assiste à une célébration eucharistique en mémoire des défunts à la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule à Bruxelles. De son côté, le prince Philippe représente la Belgique à Madrid aux funérailles d'Etat des victimes des attentats, en compagnie du premier ministre Guy Verhofstadt et de la secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères Frédérique Ries.

Vu son intérêt pour l'Afrique centrale, on peut regretter que le Roi n'ait pas accompagné en avril 2004 le gouvernement belge au Rwanda pour le 10ème anniversaire du génocide et de la mort de nos dix paras. Le prince Philippe a cependant présidé l'hommage rendu à la Colonne du Congrès à Bruxelles.

Soixante ans après le Débarquement des Alliés en Normandie, le roi Albert II (qui fêtait ce jour-là ses 70 ans), la reine Paola, le premier ministre Guy Verhofstadt et le ministre de la Défense André Flahaut étaient présents, le 6 juin 2004, au déjeuner offert à Caen par Jacques et Bernadette Chirac et à l'émouvante cérémonie commémorative internationale sur la plage d'Arromanches.

Autre anniversaire en juin : les 20 ans du Fonds Prince Albert célébré au palais royal en présence du Roi, du prince Philippe, de la vice-ministre chinoise du Commerce Ma Xiuhong, d'anciens lauréats et de chefs d'entreprise. Quelle est l'action concrète du Fonds? Prenons l'exemple de l'année 2003. Cette année-là, 5 adultes belges ont reçu 18.600 euros chacun pour réaliser un stage d'un an au service d'une entreprise belge située hors de l'Europe de l'Ouest, et 13 autres ont reçu 15.000 euros chacun pour effectuer un stage d'un an en Chine ou en Inde, afin de les confronter au marché asiatique. A leur retour en Belgique, ils reçoivent des mains du prince héritier le diplôme de "Lauréat du Fonds Prince Albert".

Lors des élections régionales et européennes du 13 juin 2004, la princesse Claire est choisie, parmi la liste des électeurs, pour être assesseur dans un bureau de vote de la commune de Tervuren, où elle réside avec son époux et leur fille Louise. Malgré quelques réticences du Palais, la princesse assuma son devoir civique comme n'importe quel citoyen. C'était la première fois qu'un membre de la famille royale effectuait cette tâche. De leur côté, la reine Fabiola, Philippe, Mathilde, Lorenz, Astrid et Amedeo (qui venait d'avoir 18 ans) ont voté dans une école à Laeken et ont fait la file comme tout le monde, à la grande joie des habitants qui ont eu l'occasion de discuter avec eux.

Le parti socialiste d'Elio Di Rupo est le grand vainqueur à Bruxelles et en Wallonie, le MR se tasse légèrement, le CDH gagne quatre sièges dans la capitale et Ecolo poursuit sa chute. Au nord du pays, les résultats sont totalement différents : le cartel CD&V/NVA redevient le premier parti de Flandre, devant le Vlaams Blok, le SPA/Spirit et le VLD. Le parti écologiste Groen (ex-Agalev) assure sa survie en dépassant le seuil des 5%.

Un mois plus tard, le Roi reçoit la prestation de serment des cinq nouveaux ministres-présidents : Jean-Claude Van Cauwenberghe pour la Wallonie, Karl-Heinz Lambertz pour la communauté germanophone, Charles Picqué pour la région bruxelloise, Yves Leterme pour la Flandre et Marie Arena pour la communauté française.

Ces élections et le départ du ministre des Affaires étrangères Louis Michel à la Commission Européenne entraînent un profond remaniement du gouvernement Verhofstadt II (VLD, MR, PS et SPA/Spirit). La moitié des départements changent de ministre. Autre modification : la présidence du Sénat passe du libéral Armand De Decker (qui devient ministre fédéral de la Coopération au Développement) à la socialiste Anne-Marie Lizin, bourgmestre de Huy.

Quelques jours après la fin du long procès de Dutroux et de ses complices, la Belgique et la France sont à nouveau plongés dans l'horreur avec les aveux du pédophile Michel Fourniret, coupable de l'enlèvement et de l'assassinat de plusieurs jeunes filles. Le 3 juillet, les fouilles organisées autour du château de Sautou (France) mettent à jour les corps de la Française Jeanne-Marie Desramoult et de la Belge Elisabeth Brichet, toutes deux disparues depuis 1989...

Comme ils l'avaient fait en 1996, Albert et Paola reçoivent en audience, dès le lendemain, Francis Brichet (le papa d'Elisabeth) et sa compagne. La ministre de la Justice Laurette Onkelinx est également présente. L'entretien, qui est exceptionnel un dimanche, dure plus d'une heure. Mr Brichet se déclare "très touché" par leur soutien. Respectant la volonté de la famille de ne pas convier de personnalités, le couple royal n'envoie pas de représentant aux funérailles d'Elisabeth à Namur, mais des fleurs blanches portant une banderole tricolore avec leurs deux prénoms. La gerbe est placée par les proches en évidence près de l'autel.

Albert II évoque l'affaire Fourniret dans son discours télévisé de la fête nationale 2004 : "La Reine et moi avons été très émus par les récents événements concernant la disparition d'enfants dans notre pays et à l'étranger. A toutes les familles concernées, nous voulons dire combien nous partageons leur douleur et pensons à elles. Nous demandons que ces événements tragiques conduisent à une mobilisation européenne. L'Union tout entière doit combattre cette horrible criminalité. La coopération judiciaire entre pays et le casier judiciaire européen doivent devenir une réalité. Il est souhaitable aussi que dans chaque pays, un centre analogue à celui de Child Focus soit créé et que ceux-ci collaborent étroitement".

Quinze ans après la signature de la Convention des Droits de l'Enfant, la reine Paola prend l'initiative d'organiser en 2004 une journée de réflexion à Bruxelles. L'objectif était, d'une part, d'examiner l'avancement de la lutte contre les abus d'enfants en Europe et, d'autre part, d'inciter d'autres pays européens à créer des centres semblables à Child Focus et d'intensifier la coopération entre ces centres. Cette journée était organisée en collaboration avec la Fédération Européenne pour Enfants Disparus et Sexuellement Exploités et la ministre de la Justice Laurette Onkelinx. La reine Paola avait invité Mme Bernadette Chirac (Première Dame de France), la princesse héritière Viktoria et la reine Silvia de Suède, Mme Jolanta Kwasniewska (Première Dame de Pologne). La princesse Astrid était également présente.

Dans son discours de la fête nationale 2004, Albert II évoque aussi les problèmes que va générer l'allongement de la vie : "Heureuse en soi, cette évolution pose néanmoins des problèmes d'ordre économique auxquels notre société doit se préparer à temps. L'allongement de la vie signifie évidemment une forte augmentation du coût des pensions et un accroissement notable des dépenses pour soins de santé. A titre d'exemple, les dépenses de santé pour une personne de 90 ans sont 12 fois plus élevées que pour une personne de 35 ans.

Notre pays dispose des meilleurs soins de santé au monde et d'un système de pensions des plus favorables. Par contre, nous sommes aussi un des pays en Europe où le taux d'emploi est le plus faible. En Belgique, un peu moins de 60 personnes sur 100 en âge de travailler exercent un emploi. C'est nettement en-dessous de la moyenne européenne et de l'objectif de 70% fixé au conseil de Lisbonne pour l'Union Européenne.

Si nous voulons continuer à bénéficier des meilleurs soins de santé et de pensions satisfaisantes, une plus grande partie de la population devra participer au travail et contribuer ainsi au financement de la sécurité sociale".

Albert II poursuit en 2004 son combat contre le racisme : il assiste à la séance d'ouverture du colloque de l'Initiative Belge Interuniversitaire sur l'Immigration et l'Intégration, et reçoit en audience Jozef De Witte et Raymonde Foucart, respectivement nouveau directeur et présidente du conseil d'administration du Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme. Il parle aussi du racisme avec douze enfants de Molenbeek, Etterbeek, Linkebeek et Rhode-Saint-Genèse ayant participé aux 40èmes Fêtes de la Jeunesse Laïque.

Dans son discours télévisé de Noël, le roi Albert évoque le 175ème anniversaire de l'indépendance de notre pays et les 25 ans du fédéralisme qui seront fêtés en 2005.

Le 30 décembre, Albert II interrompt ses vacances de Noël pour se rendre au central téléphonique d'urgence mis en place par les Affaires étrangères dès le lendemain du tsunami en Asie. Il y encourage le personnel et s'informe du sort des victimes belges. Le souverain et le premier ministre assistent ensuite à une réunion de travail sur la gestion de la crise, l'assistance belge et l'accueil des victimes. Puis, ils rencontrent pendant une demi-heure les ambassadeurs des six pays concernés par la catastrophe (Thaïlande, Indonésie, Sri Lanka, Inde, Malaisie et Bangladesh). Le 15 janvier, toute la famille royale était présente à la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule pour la cérémonie d'hommage belge à toutes les victimes. Cinq mois plus tard, la princesse Astrid et le ministre de la Coopération au Développement Armand De Decker se rendent au Sri Lanka et en Thaïlande pour découvrir les projets de reconstruction des régions dévastées.

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