lundi 13 août 2012

Le prince Laurent et l'environnement

Le 11 juillet 1994, le prince Laurent devient le président du tout nouvel Institut Royal pour la Gestion Durable des Ressources Naturelles et la Promotion des Technologies Propres (IRGT). Créé sous l'impulsion des trois régions de notre pays, l'IRGT vise la concertation entre les autorités politiques, les partenaires sociaux et économiques, les associations de protection de l'environnement sur des dossiers divers (la gestion durable des forêts, le problème des crues, p.ex.). Ce poste est loin d'être honorifique pour Laurent : il se rend plusieurs fois par semaine dans les bureaux de l'IRGT pour étudier les dossiers, il participe aux conseils d'administration, il se rend sur le terrain, il prononce des discours et donne des interviews pour médiatiser les problèmes. A la surprise générale, il se révèle en quelques mois le Monsieur Environnement de la Belgique et il se montre à cette époque très à l'aise et décontracté en public, un peu à l'image de son père Albert II.

A l'occasion de sa nomination à la présidence de l'IRGT, le prince Laurent confie au journaliste Pascal Vrebos pour "Le Soir Illustré" :   "Toute politique ne doit pas se faire au détriment du social et de l'écologique : je voudrais donc que l'IRGT établisse un dialogue entre le public, le monde industriel, les partenaires sociaux et l'université, qu'il fasse connaître auprès du public les lois et les directives nouvelles, mais surtout qu'il contribue à faire naître une prise de conscience plus active de l'opinion publique sur ces thèmes capitaux et à faire valoir le rôle de l'environnement dans un cadre scientifique. Nous devons essayer de vivre en symbiose avec la nature, or les équilibres naturels ont été rompus : c'est le Créateur qui nous a offert la Nature et l'homme peut y puiser à condition que chacun reste à sa place et respecte la nature. J'ai toujours été contre la misère, la pauvreté et l'impossibilité de pouvoir s'exprimer. Et bien, la nature est comme exclue, elle n'a pas le droit à la parole".

Un an plus tard, il fait une visite inattendue et médiatique du site pollué de la décharge de Mellery dans le Brabant wallon. Satisfait de la présence des journalistes, il leur confie notamment :   "Il ne faut pas confondre environnement et écologie. L'environnement, c'est une notion subjective qui doit concerner chaque individu. L'écologie est, elle, une notion plus précise qui concerne l'étude de la maison de la vie (l'économie traitant de la gestion de la maison). Et ici, je voudrais instituer la notion d'éthique liée à l'environnement et à l'économie. On a, en effet, trop tendance à se reporter sur le monde politique pour résoudre les problèmes. Or, pour moi, tout le monde est responsable. L'environnement doit se gérer individuellement".

Le 31 mai 2000, le prince rejoint son frère et sa soeur sur les bancs de la Haute Assemblée. Après avoir prêté serment comme sénateur de droit, il prononce un plaidoyer en faveur de l'environnement.

L'IRGT lance en 2000 son premier projet à l'étranger : planter une centaine d'hectares de haies en Mauritanie afin de lutter contre l'avancée des sables du désert autour de Nouakchott, la capitale.

L'Association Belge pour le Contrat de l'Eau demande en 2001 l'aide du prince. Celle-ci avait rédigé un manifeste contre la commercialisation de l'eau pour que chacun (riche ou pauvre) ait accès à l'eau potable. Objectif de l'association : recueillir 100.000 signatures de sa pétition avant le Sommet des Nations Unies sur le Développement Durable à Johannesbourg en 2002. Pendant un an, Laurent va défendre le manifeste devant des parlements régionaux, des conseils communaux, des étudiants, des hommes d'affaires, des journalistes et de simples citoyens. Mais le Palais enverra le prince Philippe pour présider la délégation belge à Johannesbourg...

En 2006, le prince Laurent crée une nouvelle fondation privée, dont il est administrateur et président du conseil d'administration :  Global Renewable Energy and Conservation Trust (GRECT). Son siège se trouve à la Maison des Energies Renouvelables (rue d'Arlon, 63-65 à Bruxelles), inaugurée en mars 2006 par le prince, le premier ministre Guy Verhofstadt et le président de la Commission Européenne José Manuel Barroso. L'immeuble appartient à la société Cerbux Invest. C'est une vitrine de toute la technologie la plus pointue en matière d'efficacité énergétique. Elle est financée par l'Etat fédéral et l'European Renewable Energy Council (EREC), et est visible sur simple demande.

Suite au procès d'Hasselt, le ministre flamand de l'Environnement Kris Peeters demande à la Cour des Comptes un rapport sur la gestion de l'IRGT qui reçoit chaque année 170.000 euros du gouvernement flamand pour des projets environnementaux. En mars 2007, la Cour des Comptes rend son rapport :  elle n'a trouvé aucune irrégularité dans les comptes de l'IRGT, y compris dans les notes de frais du prince Laurent. Elle estime cependant que le volet financier doit à l'avenir répondre à une plus grande exigence de transparence.

En avril 2007, le prince reçoit, au Parlement Européen, le "National Global Energy Award" pour la fondation qu'il a créée et qu'il préside :  Global Renewable Energy and Conservation Trust.

Des turbulences apparaissent au-dessus de l'IRGT durant l'été 2007. Sous l'impulsion de la Flandre, les trois régions décident de diminuer leur participation financière. De 400.000 euros, l'IRGT ne bénéficiera plus que de 140.000 euros d'argent public à partir de 2008, ce qui entraîne des restrictions de personnel. Par ailleurs, des membres du conseil d'administration craignent un conflit d'intérêts entre l'IRGT et le GRECT, toutes deux présidées par le prince Laurent. Le vicomte Etienne Davignon, l'un des administrateurs de la GRECT, conteste cette analyse et se dit garant de l'orthodoxie du montage. Le 31 août 2007, Jacques Wirtgen, général de brigade et ingénieur civil issu de la faculté polytechnique de l'Ecole Royale Militaire, quitte ses fonctions de directeur de l'IRGT qu'il occupait depuis 2000.

En septembre 2009, le conseil d'administration de l'IRGT (créé en 1994 et présidé par le prince) décide de dissoudre l'Institut qui éprouvait des difficultés financières suite à la réduction des subsides octroyés par les trois régions et à sa condamnation à payer des indemnités de licenciement à son ancien directeur Jacques Wirtgen.

Après plusieurs années de refus d'interviews, le prince Laurent a parlé de ses projets environnementaux, en juillet dernier, au journaliste Pierre De Vuyst pour "Le Soir Magazine" :

"Selon les organisations internationales, l'agriculture est la préoccupation mondiale n°1  et, juste derrière, vient s'insérer la problématique de l'énergie renouvelable. Les organisateurs de la Conférence des Nations Unies sur le Développement Durable à Rio m'ont invité à présenter mon travail en la matière. Ils m'ont dit qu'ils manquaient désespérément de projets innovants concrets concernant le secteur de l'énergie. Je me suis beaucoup investi dans ce secteur et, avec beaucoup d'humilité, j'ai été touché de constater que des gens, à l'étranger, s'intéressent à ce que je fais vraiment en la matière et me demandent de collaborer avec eux.

Mes équipes se sont rendues en Mauritanie et au Cap Vert notamment. Ayant entendu parler de cette action, les autorités libyennes, le président Kadhafi en tête, m'ont demandé de mener un projet similaire de lutte contre la désertification de la Libye. C'est tout! Je n'ai jamais fait la moindre démarche pour aller travailler là-bas. Tout au contraire, ils sont venus me chercher. Les treillis végétaux implantés pour stopper les dunes peuvent en outre être fabriqués sur place à partir des plantes utilisées dans des stations biologiques d'épuration des eaux installées à la sortie des villes et des villages. Jusqu'à présent, ces treillis, ils devaient les acheter à prix d'or dans les Etats voisins. Ce secteur peut générer de nombreux emplois locaux. Mais nous voulions aussi à terme créer un centre international d'excellence en matière d'agro-sylvo-pastoralisme dont l'objectif est de contribuer à l'échange de know-know et à l'amélioration des technologies locales sur base de nos connaissances initiales. Ce centre, nous voulions l'établir à Tripoli, à l'endroit historique même où, il y a 80 ans, était créé le premier Institut panafricain d'agriculture et qui a été abandonné par la suite. Notre projet prévoyait d'y implanter les premiers immeubles à énergie renouvelable d'Afrique, ainsi qu'une centrale biologique d'épuration de l'eau. La création de ce centre pourrait générer énormément d'emplois dans ce secteur et permettrait de former des techniciens, des ingénieurs forestiers et des futurs gestionnaires de parcs publics. Voilà ce qu'est mon projet en Libye, du vrai, du concret et pas du tout ce qu'on a pu écrire sur mon compte! Aujourd'hui, ce projet, comme tous les autres d'ailleurs là-bas, est à l'arrêt. Nous attendons la mise en place d'un nouveau gouvernement. Mais des scientifiques de haut niveau, tant sur place que dans d'autres pays, m'ont d'ores et déjà écrit pour me demander de ne pas abandonner. Pour eux, cet institut est d'une absolue nécessité. Je dirais même plus, il faut créer des pôles d'excellence dans tous ces pays qui permettent à ces gens de se former chez eux. Nous devons aussi aller là-bas les faire profiter de nos connaissances, de notre savoir-faire. Vous savez que nous avons en Belgique des écoles d'agriculture parmi les plus anciennes au monde avec celles de France et d'Allemagne!

La dette écologique mondiale qui ne cesse de croître chaque année m'inquiète. Si on repousse à plus tard nos responsabilités envers l'environnement, on ne va faire que payer davantage dans l'avenir. Si on peut toujours faire dévaluer une économie pour apurer des dettes, on ne peut pas faire dévaluer l'environnement! Je comprends que la déclaration finale du Sommet Rio+20 n'ait pas plu à tout un chacun. Il aurait été souhaitable que les conclusions du sommet soient plus en faveur de notre écosystème et donc de nous tous. En effet, il a été reconnu à Rio que des actions concrètes sont nécessaires pour éviter l'augmentation de notre dette écologique. Je ne suis pas un extrémiste de l'écologie mais nous disposons aujourd'hui d'outils. Il faut au plus vite les mettre au service de la planète".

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