lundi 19 novembre 2012

La princesse Joséphine de Belgique (1872-1958)

                         
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1° L'enfance

Née le 18 octobre 1872 au palais de la rue de la Régence à Bruxelles, Joséphine est la fille cadette du prince Philippe et de la princesse Marie de Belgique, comte et comtesse de Flandre (plus d'infos à leur sujet :  http://familleroyalebelge.blogspot.be/2011/06/philippe-et-marie-comte-et-comtesse-de.html). Son oncle Léopold II est le deuxième roi des Belges. On lui donne le prénom de Joséphine, en souvenir de la petite fille perdue par la comtesse de Flandre deux ans plus tôt. C'était aussi le prénom de sa grand-mère maternelle, la princesse de Hohenzollern, née Joséphine de Bade (1813-1900). Joséphine grandit au palais de la Régence avec sa soeur la princesse Henriette (plus d'infos à son sujet : http://familleroyalebelge.blogspot.be/2011/08/la-princesse-henriette-de-belgique.html) et de ses deux frères les princes Baudouin et Albert (futur Albert Ier). L'été, ils quittent la capitale et séjournent pendant trois mois au château des Amerois, un domaine de 575 hectares dans les Ardennes.

Henriette et Joséphine reçoivent un enseignement à domicile avec leur préceptrice Miss Mac Shane issue d'une vieille famille irlandaise, Fraülein Gödde qui leur enseigne l'allemand, et Melle Simonet pour le français, l'histoire et la littérature. A cette époque, l'étude du néerlandais n'était pas encore une priorité au sein de la famille royale. Une promenade quotidienne est également à leur programme, parfois jusqu'au bois de la Cambre lorsque la météo le permet.

La comtesse de Flandre écrit à une amie :  "Le dimanche, mes enfants sont toute la journée auprès de moi. Ils dessinent, ils peignent, ils découpent des images qu'ils collent ensuite dans des albums. Cela les amuse beaucoup. Parfois s'élève entre eux une querelle mais, en général, ils vivent en parfaite concorde et s'exercent mutuellement, ce qui m'intéresse et leur profite beaucoup". Cette enfance bourgeoise et paisible sera cependant marquée par le décès du prince Baudouin en janvier 1891...

2° Le mariage

Lors des séjours dans la famille de la comtesse de Flandre en Allemagne, la princesse Joséphine se lie d'amitié avec son cousin germain le prince Charles-Antoine de Hohenzollern. Au fil du temps, leur sentiment évolue vers l'amour. Charles-Antoine était le troisième et dernier fils du prince de Hohenzollern (frère de la comtesse de Flandre). Son frère aîné Guillaume était le futur chef de la branche aînée catholique de Hohenzollern. Son autre frère Ferdinand monte sur le trône de Roumanie en 1914. Le mariage de Joséphine et Charles-Antoine a lieu le 28 mai 1894 à Bruxelles. Ils habitent ensuite le château de Namedy-sur-Andernach en Prusse rhénane à 13km au nord-ouest de Coblence.

Les avis des historiens divergent sur ce mariage. Christian Cannuyer écrit dans "Belgique est leur nom" :  "Ils se marièrent en 1894 et furent très heureux : ce qui n'eut pu sembler qu'un mariage de convenance entre deux cousins germains était en réalité un véritable mariage d'amour".  Mais Dominique Paoli ("Carlo est un véritable tyran domestique qui rend Joséphine bien malheureuse") et Christophe Vachaudez ("La vie de Joséphine est ponctuée de problèmes conjugaux et financiers") ne sont pas de cet avis. Je n'ai rien trouvé d'autre à ce sujet, donc le mystère demeure autour de cette union...

Le couple princier aura quatre enfants : la princesse Stéphanie (1895-1975), la princesse Marie-Antoinette (1896-1965), le prince Albrecht (1898-1977) et la princesse Henriette (1907-1907), ce qui leur vaudra une nombreuse descendance.

Après le décès du comte et de la comtesse de Flandre, leurs enfants se retrouvent en juin 1913 au château des Amerois. La princesse Henriette raconte :  "Ce retour aux Amerois, pauvre home délaissé et solitaire, nous étreint le coeur. Nous pleurons tous. Le contraste entre la joie de l'été passé et la tristesse actuelle est si cruel... Nous nous étions donnés rendez-vous tous les trois avec Carlo et Emmanuel, afin de dire adieu à ce cher endroit, la maison de famille qui reste indivise, entre nous, de choisir chacun un lot de souvenirs, et de décider bien des questions et affaires, toutes ces tristes obligations qui suivent les malheurs. Hélàs, Albert, l'éternel esclave de son devoir professionnel, est retenu à Laeken. Nous sentons quelque chose qui meurt en nous, en réalisant cette fin de notre vie de famille en Belgique, de ces semaines de joie et d'insouciance passées auprès d'une mère si aimée. C'est le côté triste des mariages à l'étranger, ce cauchemar de la séparation! Le moment vient où l'on quitte définitivement la vraie patrie, de laquelle on s'est déraciné avec peine. On doit pousser des racines dans le pays adopté, où sont maintenant tous les devoirs. C'est un déchirement, une fin, et Joséphine et moi nous tenons enlacées, en sanglotant. Emmanuel, aussi ému que moi, me murmure qu'il faut partir. Le douloureux sacrifice est accompli".

3° La première guerre mondiale et ses conséquences familiales

Peu avant la première guerre mondiale, l'empereur allemand Guillaume II demande à l'époux de la princesse Joséphine de rejoindre Berlin. Attaché à l'état-major, le prince Charles-Antoine de Hohenzollern devient alors un précieux informateur de son beau-frère le roi Albert Ier sur les projets militaires allemands. Il le met d'ailleurs en garde dès 1912. Lorsque la guerre éclate, les relations entre la princesse Joséphine et son frère qu'elle apprécie beaucoup, sont rompues. Elle parviendra à donner quelques nouvelles à sa soeur la princesse Henriette via des ambassades. Celle-ci écrira :  "Nous songions douloureusement au martyr moral de la pauvre Joséphine, là-bas en Allemagne, sans nouvelles, séparée de nous tous, elle si Belge, si ardente patriote... Albert et moi nous nous rappelions les beaux jours passés ensemble, comme on pense à un paradis perdu...".

Dès le début du conflit, elle ouvre une ambulance de la Croix-Rouge avec 25 lits d'hôpital dans son château de Namedy. Dans une lettre de 1914 à la duchesse Louise de Bade, Joséphine évoque le souvenir de la comtesse de Flandre ("Ma première pensée a été pour elle qui aimait tant la Belgique et était pourtant restée si allemande!") et confie :  "Les nouvelles de la Belgique me déchirent le coeur. Je suis si anxieuse pour le pauvre Albert et sa famille, et pour tant de chers et fidèles amis dont le sort m'est inconnu".  Durant les hostilités, la reine Elisabeth écrira deux lettres pleines d'affection à sa belle-soeur, mais sans faire aucune allusion aux événements militaires ("Il est tellement terrible de devoir s'écrire comme si rien ne s'était passé et qu'au fond on ne peut rien se dire..." écrit la Reine).

Une rumeur affirme qu'en 1914, le prince Charles-Antoine aurait donné une grande fête au château de Laeken et aurait logé dans la chambre de la reine Elisabeth, mais c'est faux. A ce moment-là, il était en service à la frontière polonaise, puis en Galicie. Ce n'est que bien plus tard qu'il sera envoyé d'abord au front français et belge (Douai, Noyon, Saint-Quentin, Ypres, notamment). Il écrit à son épouse Joséphine, mais cette dernière lui répond sans ambiguïté :  "Je tâche de faire ici mon devoir autant que possible et d'aider les gens où et comment je peux, mais mon coeur saigne pour mon malheureux pays et lui est resté profondément et inébranlablement attaché". On sait qu'elle a réussi à sauver Désiré Scheys-Alardo, le garde-chasse du château des Amerois, du peloton d'exécution et à lui envoyer des lettres et des colis.

Leur fils le prince Albrecht de Hohenzollern est sur le front de l'Est. Depuis 1915, le prince, âgé de 17 ans, est officier dans l'armée allemande. A la fin du conflit, il est stationné à Potsdam. Au repos à partir de décembre 1918, il s'est présenté en décembre 1919 comme volontaire pour l'Ostschutz. Il fera ensuite des études d'agronome. Entretemps, le château de Namedy est réquisitionné par des officiers américains qui fêtent joyeusement Noël 1918 alors que le prince Charles-Antoine est à l'agonie, victime d'une grippe infectieuse dégénérée en pneumonie.

La première guerre mondiale se termine, mais les puissants sentiments anti-allemands de la population belge empêche le roi Albert Ier de revoir la princesse Joséphine. En mars 1919, la princesse Henriette va rejoindre en Allemagne leur soeur cadette, veuve et ruinée.

En mai 1921, Albert et Joséphine se retrouvent en toute discrétion pendant trois jours au château des Amerois pour discuter de l'attitude de son époux durant la guerre, de ses biens belges mis sous séquestre car elle est désormais de nationalité allemande, et de la succession de la comtesse de Flandre qui n'a toujours pas été réglée. Une solution est trouvée : la faire retrouver sa nationalité belge (ce sera fait via une loi votée le 15 mai 1922). Que faire du château des Amerois? Les deux soeurs rappelent à Albert Ier que leur mère souhaitait qu'il revienne à son petit-fils le prince Charles, titré comte de Flandre comme elle. Mais le Roi refuse et les Amerois sont vendus en 1923 à la famille Solvay.

4° Vie de religieuse

Ses enfants élevés et ses relations normalisées avec la famille royale belge, la princesse choisit d'entrer dans les ordres en 1935 et de revenir vivre dans son pays natal. Ne souhaitant pas mener une vie de recluse, elle rejoint la congrégation bénédictine de Sainte-Lioba qui vient de s'installer au monastère du Coquelet à Namur.

En 1937, elle rencontre l'auteur Louis Wilmet qui prépare une biographie du prince Baudouin, et le prévient :  "Dès le début, Hitler et ses nazis étaient des canailles et ils le sont restés. On rend la vie impossible aux élèves qui veulent aller à l'école chez les religieuses en leur faisant des tracasseries de tout genre. Finalement, il n'y a presque plus d'élèves et on conclut que le pensionnat n'a plus de raison d'être et on le supprime. Les Allemands font leur Dieu de "la race" et veulent détruire la religion. Ils disent des prêtres et des religieux que ce sont des oiseaux malpropres. Le nazisme est encore plus mauvais que le communisme parce que plus hypocrite, mais en réalité ils se valent".

En juin 1939, la princesse Henriette passe quelques semaines en Belgique auprès de sa fille Geneviève au château de Modave, de la famille royale au domaine de Laeken et de sa soeur Joséphine au couvent à Namur. Ce dernier ayant été la proie des flammes en 1940, elle se réfugie à Fribourg où elle retrouve sa nièce la princesse Marie-José. Durant la guerre, les princesses Joséphine et Henriette se revoient plusieurs fois au château de Tourronde et à Locarno en Suisse. Après la fin du conflit, Joséphine rentre dans son couvent dont elle devient la prieure.

Souffrante, elle ne peut pas assister aux funérailles de sa soeur en 1948. Elle écrit à Louis Wilmet :  "C'était un si beau caractère, une intelligence ouverte à toutes les beautés, les grandeurs de ce monde! Vous l'avez bien connue et vue dans son milieu de Tourronde, entourée de tant de souvenirs ; je n'ai pas besoin de vous la décrire. Ce beau, ce cher Tourronde, qu'en fera-t-on? Cela me serre le coeur quand j'y pense".

Lors de la Question Royale, la princesse Joséphine prend résolument la défense du roi Léopold III et de la princesse Lilian. Elle n'hésite pas à écrire à son neveu le prince-régent Charles en février 1949 :  "Lors de la délivrance du pays, quand ton frère était encore prisonnier de l'ennemi, tu as dû, avec un grand dévouement, accepter de prendre sur toi momentanément la charge du pouvoir royal. Ton discours au Parlement a déclaré solennellement ton désir du retour du Roi. Depuis, tu n'as plus fait de déclaration officielle. J'ai la conviction que le moment est venu pour toi, mon cher Charles, de sortir de la réserve que tu t'es imposée, en adressant au pays un message pour lui déclarer que tu crois nécessaire, dans l'intérêt suprême de la Belgique, le retour immédiat du Roi et la fin de la Régence".

Après avoir consulté le gouvernement, le prince-régent refuse la demande de sa tante, et lui répond :  "Soyez sûre que malgré toutes les interprétations contraires, j'ai toujours voulu que mon attitude fut à la hauteur de mes responsabilités. Pour y parvenir, je n'ai pas cessé, comme vous, de penser à l'exemple et aux enseignements de mon père. Je suis convaincu d'être en étroite communion de souvenir avec lui, en restant fidèle à mon devoir constitutionnel. Dans l'exercice de ma fonction, j'ai voulu être guidé comme lui par la même règle : celle qui est inscrite dans notre charte fondamentale".

La princesse Joséphine décède en 1958. Respectant ses dernières volontés, elle n'a pas été inhumée ni dans la crypte royale de Laeken (auprès de ses parents), ni dans le mausolée des Hohenzollern (auprès de son époux), mais dans le caveau du couvent des soeurs bénédictines de Sainte-Lioba au cimetière de Belgrade près de Namur (photos de sa tombe : www.noblesseetroyautes.com/nr01/2012/10/la-sepulture-de-la-princesse-josephine-de-belgique-a-namur).



5 commentaires :

  1. Article intéressant sur une princesse oubliée. Il est vrai que la vie avec son époux n'a pas toujours été facile : il a eu des problèmes d'alcoolisme et connaissait des sautes d'humeur.

    En 1935, elle écrivait ceci à une de ces amies quant à sa nouvelle vie religieuse : "Je quitte le monde pour prendre le voile dans l'ordre des Bénédictines; déjà depuis plusieurs années c'était mon voeu le plus cher, la mort si imprévue, si tragique de mon frère chéri a encore contribué à rendre ce voeu plus ardent."

    La reine Elisabeth et le roi Léopold III (ainsi que ses enfants) étaient présents à ses funérailles à Namur.

    Petite remarque sa fille Henriette est décédée quelques temps après sa naissance en 1907, et non en 1977.

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  2. Merci Valentin de m'avoir signalé cette faute de frappe.

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  3. Figure intéressante que celle-ci! Je ne connaissais rien d'elle si ce n'était son nom!

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  4. Bonsoir,

    Merci de nous proposer ce portrait d'une princesse dont on parle peu.

    En fait Maria Mc Shane était la gouvernante attitrée d'Henriette, tandis que Madame Simonet était plus spécialement chargée de l'éducation de Joséphine. Pauline Gödde avait un statut inférieur aux deux gouvernantes, à l'instar des professeurs auxiliaires employés chez les Flandre.

    Je ne pense pas que l'épithète "bourgeoise" s'applique avec bonheur à l'enfance de Joséphine : elle demeurait dans un univers d'exception fort éloigné de la bourgeoisie, tant du point de vue moral que matériel. Je ne vous en fais aucunement le reproche car cette épithète "bourgeoise" qui prend sa source dans la monographie que Martin Schweisthal a consacrée en 1908 au Comte de Flandre, bien que fausse, a fait florès et a été reprise depuis des décennies dans maintes publications comme une sorte de passage obligé de toute évocation des Flandre.

    Au sujet du mariage de Joséphine avec le prince Charles de Hohenzollern (son prénom usuel était Charles, son surnom Carlo), c'est Antonia, la mère de Charles, qui mit tout en oeuvre pour que son "terrible bébé" (sic) épouse Joséphine. D'abord indifférente à celui qu'elle considérait avant tout comme un ami, elle vit s'éloigner plusieurs partis potentiels avant de se raviser : Carlo n'était pas si mal après tout ... et, contre l'avis de ses parents, elle s'obstina à vouloir épouser son cousin, jusqu'à entrer en dépression et à obtenir le consentement de son père.

    L'expression de Monsieur Cannuyer "ils furent très heureux" est bien entendu quelque peu outrée et mérite un développement plus circonstancié : elle répond davantage à des critères actuels étrangers à ceux qui prévalaient au dix-neuvième siècle dans le domaine nuptial, qu'il soit aristocratique ou non. L'alcoolisme de Carlo, sa cyclothymie sont avérés, mais il n'en demeure pas moins que la personnalité de Joséphine était loin d'être univoque. L'union de ces deux caractères fut donc loin d'être harmonieuse, sans toutefois être une catastrophe non plus.

    Bien à vous et merci encore de votre portrait.

    Damien B.

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  5. Merci pour le partage !
    C'est très intéressant.

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