lundi 18 mai 2015

L'enfance du prince Charles de Belgique

                                                                                            
Ne souhaitant pas vivre au palais de la rue de la Régence des comtes de Flandre, le prince Albert et la princesse Elisabeth louent l'hôtel d'Assche à Bruxelles de 1901 à leur accession au trône. L'hôtel d'Assche était situé rue de la Science dans le Quartier Léopold. C'est là que naît le 10 octobre 1903 leur fils cadet le prince Charles-Théodore, Henri, Antoine, Meinrad de Saxe-Cobourg-Gotha, prince de Belgique et futur régent du royaume. 101 coups de canon sont tirés. Il reçoit le prénom de son grand-père maternel, mais est très vite appelé Charles au lieu de Charles-Théodore. A sa naissance, il ne portait pas le titre de comte de Flandre qui appartenait à son grand-père paternel Philippe, décédé en 1905 d'une congestion cérébrale.


Dans leur livre "Albert Ier insolite" paru en 1984,  Jo et Hervé Gérard présentent les trois enfants du couple princier :   "Léopold naît en 1901 et sera un petit garçon sérieux, têtu, assez renfermé, très sensible sous ses dehors de sportif plutôt taciturne. Il étudie avec un acharnement silencieux. Il collectionne les bonnes notes, tandis que son frère Charles, né en 1903, se révèle fantaisiste, gai, blagueur même et doué d'une intelligence rapide, pénétrante. En 1906, les deux garçons se penchent sur un berceau où s'agite leur sœur Marie-José dont ils admirent l'abondante chevelure et l'incontestable vivacité".


Malgré la naissance de ses trois enfants, la princesse Elisabeth s'ennuie en Belgique dans les premières années de son mariage, supporte mal le climat pluvieux du pays et a des relations très froides avec ses beaux-parents. Elle connaît de nombreux problèmes de santé et fait de fréquents voyages à l'étranger, ce qui alimente les rumeurs de mésentente au sein du couple princier.


Lorsque la princesse Elisabeth est en voyage, son époux lui raconte la vie quotidienne à Bruxelles. Ces trois extraits de lettres témoignent que leur fils cadet leur cause déjà beaucoup de soucis :


"Pour te donner quelques nouvelles d'ici, je te dirai que les enfants vont très bien, que la petite a gagné trois cent grammes, que les leçons de Léopold sont en progrès et que Charles est très désobéissant. Hier, je lui ai donné une raclée".


"Les enfants sont magnifiques, en excellente santé, gais, contents de l'existence, la petite a une mine splendide, elle est superbe et marche déjà comme une enfant de deux ans, le second est un vrai diable qui s'enorgueillit devant moi de ses prouesses".


"L'aîné gagne beaucoup, il me semble qu'il se fortifie, les études marchent bien. Au contraire, le second se montre indiscipliné et extrêmement paresseux. C'est contre lui que se tourne maintenant la colère de Plas, appelé Baloo".


En 1909, le roi Léopold II décède. La veille de sa prestation de serment, Albert Ier a des doutes sur ses capacités et ne veut pas monter sur le trône. Son épouse usera de tout son pouvoir d'influence pour le faire changer d'avis. Elisabeth est très fière d'être la troisième reine des Belges et son nouveau statut lui fait aimer la Belgique. Elle s'investit dans le domaine social et la culture.


Quelques jours avant le décès de Léopold II, Charles perd son grand-père maternel, le duc Charles-Théodore en Bavière, ophtalmologue de renom, qui meurt le 30 novembre 1909 dans les Alpes bavaroises. Il a transmis à sa fille Elisabeth son esprit anticonformiste, son amour de la musique, son intérêt pour la médecine et son scepticisme face à la religion.


Le 31 janvier 1910, le prince Charles est titré comte de Flandre par son père. En tant que fils aîné du nouveau souverain, le prince Léopold porte, lui, le titre de duc de Brabant.


Sur recommandation de l'ingénieur Emile Waxweiler, Albert avait choisi, après une heure d'entretien,  Vital Plas comme instituteur de ses deux fils. Issu de la classe populaire, il avait été formé à l'Ecole Normale Charles Buls de la Ville de Bruxelles et il s'exprimait avec un solide accent bruxellois. C'était un anticlérical, un franc-maçon et un défenseur de l'enseignement officiel et laïc. Cette désignation entraîna la stupeur et le mécontentement du cardinal Mercier et des cercles catholiques de la capitale... Mais Vital Plas gagna l'affection de ses élèves Léopold et Charles qui le surnommaient Baloo, l'ours du "Livre de la Jungle".


La reine Marie-José évoque Vital Plas dans son livre "Albert et Elisabeth : mes parents" :   "Vital Plas, le professeur de mes frères, était un petit homme rondelet aux yeux en boule de loto. Il leur apprenait maintenant l'histoire selon la théorie basée sur les chiffres que les disciples du major du génie Bruck, mort en 1870, enseignaient à l'Ecole Royale Militaire avec succès. Théorie mise par Plas à la portée des enfants pour apprendre à calculer et donc à prévoir, d'après les courants telluriques, le rythme des époques d'apogée et de décadence de l'humanité. Nous ne nous retrouvions tous les trois qu'à l'heure des repas à la table familiale. Souvent puni, l'un ou l'autre prenait sa collation seul à un petit guéridon en tournant le dos à l'assistance! Une fois, Charles resta ainsi relégué pendant quinze repas. Il avait répété à son professeur de violon un propos imprudent de son précepteur musicophobe :  "N'importe quel balayeur de rue vaut mieux qu'un musicien". Cela avait provoqué un véritable drame dans ces murs où la musique était sacro-sainte".


La reine Marie-José raconte également l'éducation musicale dispensée par la reine Elisabeth à ses trois enfants :    "Très tôt, ma mère nous fit assister aux séances de musique qu'elle donnait chez elle. On voulait nous apprendre à écouter. Pendant ces séances, nous devions être recueillis et surtout ne pas bouger. Immobilité d'autant plus difficile à supporter que le velours des fauteuils nous grattait les jambes. Mes frères prenaient des leçons de piano avec un professeur du Conservatoire de Bruxelles. Léopold, non sans effort, parvint à jouer une sonatine de Diabelli ; durant l'exécution, il levait tellement les coudes qu'on eût dit un hanneton sur le point de s'envoler. Charles délaissa le piano pour le violon qu'il travailla avec Deru. Cependant, tous deux, trop absorbés par leurs études, abandonnèrent bientôt la musique".


Une grande complicité unissait le prince Charles à sa sœur Marie-José comme cet extrait de son livre en témoigne :    "Mon frère Charles et moi étions les enfants terribles de la famille. Léopold avait déjà l'esprit plus pragmatique. Je me souviens qu'avec mon frère cadet, nous partions en secret, bougie à la main, explorer les fameux souterrains du château de Laeken à la recherche d'un mystérieux trésor. Le roi Léopold II avait, en effet, la curieuse manie de faire construire dans la plupart de ses résidences ces étranges souterrains et rotondes rehaussés de colonnes. Dans le parc, nous avions aussi découvert l'amorce d'un grand tunnel destiné à amener le train royal jusqu'au château. Les travaux avaient été interrompus par la mort du souverain. Nous y pénétrions le plus loin possible mais sans jamais rien découvrir...".


Dans sa biographie de la reine Elisabeth, Evrard Raskin a écrit :   "Pourquoi prétendre qu'Elisabeth désavantage Charles au profit de Léopold? Charles est un enfant paresseux, indiscipliné et peu affable. Les bonnes d'enfant ne le supportent pas. Ses professeurs ne l'apprécient pas non plus. Ses bulletins fourmillent de remarques négatives. Il faut donc intervenir régulièrement. Albert lui administre même des punitions corporelles. Mais rien n'y fait. Elisabeth est déçue par Charles, tandis que Léopold est actif, charmant et conscient de ses obligations (...) Ses parents auraient dû se soucier davantage de leur enfant à problèmes et moins pousser Léopold en avant. La reine Elisabeth, quant à elle, aurait dû accorder moins d'importance à ses sentiments esthétiques et montrer autant d'amour au vilain petit canard Charles qu'au beau et imposant Léopold".


Le prince Charles participe de temps en temps à des événements publics comme le 21 mai 1912 lorsqu'un cortège constitué de cinq calèches quitte le palais royal de Bruxelles pour se rendre à une exposition de chevaux dans le hall du Cinquantenaire. Le roi Albert, la reine Elisabeth, la comtesse Marie de Flandre (qui meurt inopinément le 26 novembre 1912) et le prince Charles y ont pris place et sont chaleureusement applaudis tout au long du parcours. Un an plus tard, en 1913, Charles accompagne son père et son frère Léopold à l'inauguration du Musée des Beaux-Arts de Mons. Composé de cinq salles, il répondait aux critères du début du 20ème siècle et permettait de présenter 200 œuvres sur trois niveaux superposés.


Le 28 juin 1914, le roi Albert Ier visite l'Exposition Nationale Suisse à Berne lorsqu'il apprend l'assassinat à Sarajevo de l'archiduc François Ferdinand d'Autriche et de son épouse Sophie par un extrémiste serbe. Cet événement va provoquer la première guerre mondiale qui a perturbé la vie du prince Charles et de sa famille.


Début août, l'Allemagne lance un ultimatum obligeant la Belgique à laisser passer ses troupes pour attaquer la France. Réunis par le Roi au palais royal, les ministres du Conseil de la Couronne refusent et répondent que si la neutralité de notre pays est violée, l'armée repoussera l'invasion ennemie. Le 4 août, les soldats allemands pénètrent sur le territoire belge.


La reine Marie-José a laissé son témoignage de ces heures pénibles :   "Naturellement, je ne vis presque pas mes parents ces jours-là. Mon père présidait des séances qui se prolongeaient tard dans la nuit. De ma chambre, j'entendais un continuel va-et-vient de voitures. Tout le monde paraissait sombre mais on ne me racontait rien. Seul Léopold se donna la peine de m'expliquer que les soldats belges étaient envoyés à la frontière pour arrêter les Allemands qui voulaient entrer dans notre pays. Le 4 août, à 10h du matin, mon père à cheval, entouré de son état-major, se rendit au Parlement et nous l'y rejoignîmes en calèche. Le visage de ma mère et celui de Léopold reflétaient une expression de profonde gravité. Charles et moi ne comprenions qu'à moitié cette tragique situation ; cependant, nous restâmes sages. Mon père apparut à la tribune, calme et très beau en uniforme de campagne bleu foncé".


Le 17 août, la reine Elisabeth et ses trois enfants quittent Bruxelles pour Anvers. Le roi Albert prévoyait le siège d'Anvers et estima plus prudent d'envoyer ses enfants en Angleterre.


A suivre : les années britanniques du prince Charles...


sources :
- de BELGIQUE Marie-José, "Albert et Elisabeth de Belgique : mes parents", éditions Le Cri, 1999
- EMMERY Rien,  "Charles de Belgique (1903-1983)", éditions Racine, 2008
- LEROY Vincent, "Le prince Charles de Belgique", éditions Imprimages, 2007
- RIEBS Gunnar, "Charles, comte de Flandre, prince de Belgique, régent du royaume", éditions Labor, 2004





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