lundi 17 octobre 2011

Le rôle politique du roi Albert en 1996 (1ère partie)

Avec de nombreux chefs d'Etat et de gouvernements étrangers, le roi Albert et la reine Paola assistent, le 11 janvier 1996, à un service solennel à la cathédrale Notre-Dame de Paris à la mémoire de François Mitterrand, président de la République française entre 1981 et 1995. Le roi Baudouin l'appréciait beaucoup et avait été très touché par sa visite privée lors de son hospitalisation à Paris pour des problèmes cardiaques au début des années 90.

Dans son discours de Nouvel An 1996 au palais royal, Albert II suggère aux autorités politiques de rapprocher l'école et l'entreprise : "Cela suppose l'ouverture de l'éducation sur le monde du travail. Il est important que l'entreprise soit impliquée dans l'effort de formation, non seulement de ses salariés mais aussi des jeunes et des adultes qui n'ont pu réussir dans les systèmes traditionnels d'éducation. Récemment, à Bruxelles, j'ai pu entendre les responsables d'une importante société d'électricité m'informer des programmes d'insertion de jeunes chômeurs qu'ils avaient développés avec succès dans leur entreprise. Enfin, le développement de la coopération entre établissements d'éducation et entreprises peut se réaliser par l'apprentissage. J'ai pu constater, en Allemagne, combien l'apprentissage en alternance donnait des résultats intéressants".

Au cours de l'année 1995, Julie et Mélissa disparaissent à Grâce-Hollogne. La famille de Mélissa Russo écrit plusieurs lettres au Palais, afin de demander une aide financière pour de nouvelles campagnes d'affichage et l'accélération de l'enquête qui tournait en rond. Les conseillers du Roi leur répondent inlassablement qu'il fallait faire confiance en la gendarmerie et la police, et que l'asbl Les Oeuvres de la Reine n'accorde des dons que sur base d'un rapport d'un service social (C.P.A.S. p.ex.). Les Russo sont déçus du manque de soutien du Palais.

Suite à ces demandes, Albert II envoie une lettre personnelle aux parents de Julie et Mélissa le 29 janvier 1996 : "La Reine et moi venons d'exprimer aux parents du petit Nicolas toute notre joie de le savoir à nouveau confié à leur tendresse. Mais dans le même temps, nous pensons à vous qui attendez si ardemment le retour de Julie et Mélissa. Ayant nous aussi des enfants, nous pouvons imaginer et comprendre la souffrance qui est la vôtre. C'est de tout coeur que nous partageons votre espérance. Profondément touchés par la cruelle épreuve qui frappe votre foyer, nous vous souhaitons de garder courage et espoir".

Condamné à quinze ans de travaux forcés en septembre 1994, un pédophile de plus de 80 ans bénéficie d'une grâce royale après seulement quinze mois de détention. Apprenant qu'il était revenu habiter à 5,8 km de la maison de sa victime, sa famille décide d'alerter l'opinion publique en février 1996.

Les réactions ne se font pas attendre. Bien que la grâce royale ait été proposée et contresignée par le ministre de la Justice Stefaan De Clerck, la majorité des critiques s'adressent au chef de l'Etat. Claude Lelièvre, délégué général aux droits de l'enfant, et Marie-France Botte, qui lutte contre la prostitution en Asie, s'étonnent de la signature du Roi, lui qui avait souhaité les recevoir personnellement en 1994 suite à leur pétition contre la pédophilie. Le député Didier Reynders interpelle à la Chambre le premier ministre Jean-Luc Dehaene. Celui-ci lui avoue ne pas être au courant, les grâces royales dépendant du ministère de la Justice.

Durant le premier semestre de 1996, Albert II reçoit en audience Chris De Stoop (journaliste qui avait attiré l'attention du roi Baudouin sur les problèmes de la prostitution), le Révérend Père Johnny De Mot (président de l'asbl Pag-Asa et de l'asbl Adzon qui s'occupent des victimes de la traite des êtres humains) et Marie-France Botte. Le 28 mars, le Roi se rend à l'asbl Pag-Asa, où il participe à une réunion de travail sur l'accompagnement social des victimes de la traite des êtres humains et discute avec plusieurs d'entre elles.

A l'occasion de la fête nationale 1996 (avant le déclenchement de l'affaire Dutroux), le souverain octroie le titre de baronne à Marie-France Botte. Quelques mois plus tard, celle-ci connaît quelques déboires judiciaires sur la gestion de son association et descend de son piédestal médiatique qu'elle occupait depuis les événements d'août 1996. Elle n'a pas renvoyé le document solennel comportant le choix des armoiries que le Roi doit alors signer pour que sa faveur entre en vigueur. Marie-France Botte ne peut donc pas porter le titre de baronne...au grand soulagement du Palais.

Albert II évoque les tensions communautaires dans son discours de la fête nationale 1996 : "Quant à la préoccupation du citoyen par rapport à l'évolution institutionnelle de l'Europe et de notre pays, il faut bien constater qu'elle est nourrie surtout par le regain de certaines formes de nationalisme. Notre pays a opté résolument pour le fédéralisme, tant sur le plan européen que dans notre propre constitution révisée de 1993. En Europe, cette volonté fédérale implique l'obligation d'action commune, là où la nature des problèmes l'impose et le respect de la diversité.

En Belgique, le choix fédéral, qui implique le rejet de toute forme de séparatisme, explicite ou larvée, n'est pas dicté par un certain conservatisme. Nous devons bien comprendre pourquoi il est important de préserver et même de renforcer notre vie en commun tout en respectant l'identité propre de chacun. L'histoire a tissé entre les habitants de toutes nos régions et communautés de très nombreux liens personnels, familiaux, culturels, économiques. Ce tissu est d'une très grande richesse humaine. Des valeurs communes ont été développées ensemble qui appartiennent aujourd'hui au patrimoine de chacun de nous.

Ces liens, ces valeurs contribuent à fortifier notre ouverture naturelle, notre tolérance et notre accueil de l'autre. Vouloir couper ces liens créerait beaucoup de souffrances et nous appauvrirait non seulement économiquement, mais aussi humainement et culturellement.

Par contre, en montrant que des populations de cultures différentes peuvent vivre harmonieusement dans un système fédéral, nous participons à un projet exemplaire pour l'Europe et pour le monde. Nous apportons alors la preuve qu'un équilibre est possible entre la nécessaire union et le respect de la diversité. Le maintien de la diversité culturelle de notre pays constitue un grand atout et un exemple pour l'Europe. En défendant la cohésion du pays, nous témoignons de notre volonté d'ouverture, nous nous inscrivons dans un projet d'avenir qui refuse le retour aux nationalismes étriqués du passé.

Dans ce contexte-là, je veux aussi souligner le rôle unique et positif que Bruxelles se doit de jouer comme trait d'union. C'est à l'occasion de notre fête nationale de 1984 que le roi Baudouin rappelait opportunément, et je le cite : "Bruxelles, capitale de la Belgique, de deux de nos communautés, et de l'Europe, a une vocation naturelle pour unir et accueillir" (fin de citation). Aujourd'hui, cette vocation demeure plus importante que jamais et nous devons tout faire pour l'encourager. Ici également, il s'agit de promouvoir les valeurs d'ouverture aux autres et de tolérance".

Dans ce discours, le Roi évoque aussi la situation économique : "Plus de 10% de la population active est en chômage en Europe et dans notre pays. Ce phénomène engendre une crainte chez les jeunes qui se demandent si les efforts qu'ils auront consentis durant leurs années d'études leur permettront de trouver un travail correspondant à leur formation. J'ai senti cette préoccupation tant au nord qu'au sud en visitant des bureaux de chômage à Beveren et à Jodoigne (...) L'inquiétude par rapport au chômage doit, au niveau individuel, inciter chacun à perfectionner sa formation et sa qualification, donc ses chances de trouver un emploi. Au niveau collectif, une action concertée encouragera l'éducation tout au long de la vie, elle exprimera aussi une priorité à l'emploi plutôt qu'à l'accroissement des rémunérations et s'efforcera d'introduire plus de flexibilité dans l'organisation du travail et une meilleure répartition du temps de travail. Enfin, favorisons résolument toutes les initiatives qui luttent contre la dualisation de la société, notamment les entreprises sociales. Une formation adéquate ainsi qu'une politique dynamique et solidaire de l'emploi doivent diminuer l'inquiétude par rapport au chômage".

Il fait ensuite la transition avec le racisme : "Lorsque les difficultés économiques s'accumulent, la peur de celui qui est autre augmente. Refusons alors de voir cet autre à travers des stéréotypes, des images fausses et démagogiques. Encourageons sans cesse l'intégration, combattons énergiquement les égoïsmes collectifs qui cherchent à rejeter la cause des difficultés sur l'autre et réfutons les arguments simplistes qui veulent semer la crainte".

Le 15 août 1996, les enquêteurs découvrent dans une cave de Marcinelle Sabine (kidnappée le 28 mai à Kain) et Laetitia (kidnappée le 9 août à Bertrix) saines et sauves. Aussitôt éclate l'affaire Dutroux, du nom du propriétaire de la maison et bourreau des deux jeunes filles. Deux jours plus tard, on retrouve dans une autre propriété de Marc Dutroux les corps de Julie et Mélissa, disparues le 24 juin 1995 à Grâce-Hollogne. Enfermées plusieurs mois à Marcinelle, elles sont mortes de faim et manque de soins avant d'être enterrées à Sars-la-Buissière.

L'émotion submerge le pays tout entier : les émission de télévision et de radio sont remplacées par des flashs spéciaux et de la musique classique, des Belges apposent un crêpe noir sur l'antenne de leur voiture ou mettent le drapeau national en berne, des pétitions commencent à circuler, des centaines de personnes partent à Grâce-Hollogne pour déposer des fleurs devant la maison de Mélissa et se recueillir au funérarium.

Le Palais publie le 20 août un communiqué faisant part de la tristesse des souverains. La presse le considère comme trop tardif et reproche au couple royal de ne pas revenir de leurs vacances à Châteauneuf-de-Grasse. En fait, le Roi et la Reine auraient exprimé le souhait de revenir en Belgique, mais le premier ministre leur aurait dit par téléphone qu'il ne couvrirait pas cet acte et qu'il resterait, lui, en vacances en Sardaigne. Jean-Luc Dehaene n'avait pas mesuré l'ampleur de l'émotion, considérant l'affaire Dutroux comme un simple fait divers. Souhaitant ne pas créer une crise de méfiance entre le gouvernement et lui, le Roi serait resté contre son gré dans le sud de la France.

Le Palais annonce ensuite la présence d'un représentant du Roi aux funérailles télévisées de Julie et Mélissa à la basilique Saint-Martin de Liège. Les parents refusent cette venue. On évoque le protocole qui veut que l'aide de camp d'Albert II assiste à la cérémonie dans le choeur, arrive le dernier dans l'église, et parte le premier, ce qui ne plaisait guère aux parents souhaitant reléguer les personnalités présentes au second plan. Ils reprochaient aussi au Roi la grâce royale accordée à un pédophile et son manque de soutien concret au cours de la recherche de leurs filles.

Face à la première grande crise de leur règne, comment Albert et Paola allaient-ils faire pour se retrouver en adéquation avec les sentiments et l'émotion de leur peuple?

lundi 10 octobre 2011

Le rôle politique du roi Albert II en 1995

Pour la première fois de son règne, Albert II accorde, en janvier 1995, le titre honorifique de Ministre d'Etat à 11 personnalités politiques de tous les partis démocratiques, afin de les distinguer pour leur engagement au service du pays : Frank Swaelen, Charles-Ferdinand Nothomb, Guy Verhofstadt, Philippe Moureaux, Louis Tobback, Annemie Neyts, Hugo Schiltz, Magda Alvoet, Louis Michel, José Daras et Gérard Deprez.

Le fédéralisme occupe une grande partie du discours royal de Nouvel An 1995 :

"Un des sujets de grande actualité dans le monde d'aujourd'hui est celui de l'unité dans la diversité. C'est un thème important en Belgique lorsque nous tâchons de définir notre fédéralisme. Mais cette problématique est aussi au coeur des débats sur la construction européenne (...) La reconnaissance de la diversité et la volonté d'union sont à la base de notre fédéralisme. En 1976, le roi Baudouin rappelait déjà avec pertinence que "fédérer, c'est unir dans la différence acceptée et non pas dissocier dans l'affrontement".

Huit ans plus tard, il précisait encore sa pensée en disant : "Qu'on me comprenne bien. Ce que je vous demande, ce n'est pas tâcher de gommer nos différences en Belgique. C'est tout le contraire. Ce que je demande à chacun, c'est de vivre pleinement la diversité, de s'enraciner mieux encore dans sa communauté. Mais aussi d'aller plus loin, de mieux comprendre, respecter et apprécier l'autre, et de reconnaître ce qui nous unit. Encourager cette entente des Belges, ce n'est pas favoriser un nationalisme du passé, mais plutôt s'inscrire dans une perspective d'ouverture sur nos voisins immédiats, sur l'Europe et sur le monde" (fin de citation).

Notre démarche de base peut donc se définir ainsi : reconnaître la diversité pour chacun, vivre pleinement son identité propre, mais en même temps ne pas faire de cette diversité une source de division et d'opposition. Au contraire, partant de la diversité reconnue, voir ce qui nous unit au sein d'un même Etat, comprendre que la diversité bien vécue dans l'union est une source de richesse, tant sur le plan culturel que matériel. Pour cela, il est important de ne pas s'isoler dans sa région ou communauté, mais de chercher à mieux connaître l'autre et le respecter. Cela, c'est la démarche intellectuelle de base.

Mais elle ne nous dit pas encore ce qui doit être géré au niveau fédéral et ce qui doit l'être au niveau des régions et communautés. Pour cela, nous devons recourir au principe de la subsidiarité et voir à quel niveau les différentes matières peuvent être gérées le plus efficacement. C'est l'approche qui a inspiré le législateur. J'ai été frappé depuis que notre constitution a été révisée, de constater l'intérêt que de nombreuses autorités étrangères ont pour notre système fédéral. Elles s'étonnent d'une part qu'une réforme si profonde ait pu être réalisée démocratiquement sans violence, et d'autre part que dans l'ensemble, elle fonctionne bien en permettant à des communautés et régions de taille et de culture différentes de vivre harmonieusement dans une même entité.

Mais cette harmonie n'est jamais acquise définitivement, car elle dépend en premier lieu de l'attitude des citoyens. Ceux-ci doivent continuer à être ouverts aux autres cultures, et s'efforcer de développer la convivialité entre les différentes communautés. Cette harmonie dépend aussi de votre attitude à tous, autorités du pays. Il est important que vous gardiez à l'esprit le bien commun de tous nos citoyens et que vous résistiez à toutes les tentatives de division ou aux simplismes consistant à rejeter les difficultés sur les autres. Il y a une attitude de loyauté et de courtoisie fédérales à développer".

De retour d'un voyage officiel aux Etats-Unis, le premier ministre Jean-Luc Dehaene annonce des élections anticipées en mai, car le futur gouvernement - qui devait être élu en octobre - doit, selon lui, élaborer personnellement le budget 1996. Cette législature 1991-1995 a été marquée par la démission de nombreux ministres, le décès du roi Baudouin, la présidence belge de l'Union Européenne lors du deuxième semestre de 1993 et une nouvelle réforme de l'Etat.

A la demande expresse du Roi, en avril 1995, juste avant la dissolution des Chambres, une loi sur la pornographie et la prostitution enfantines est passée à toute allure au Sénat et à la Chambre. D'après les hommes politiques reçus en audience, il insiste régulièrement sur les questions d'ordre moral.

A l'automne 1995, Luc Neuckermans et Pol van den Driessche, journalistes au "Standaard", révèlent dans leur livre "Albert II sur les traces de Baudouin Ier" un avant-projet de loi aménageant la fonction royale en vue de trouver une réponse aux éventuels futurs problèmes de conscience du monarque. Tout le monde avait encore en tête le refus du roi Baudouin de signer la loi dépénalisant l'avortement en 1990. Le monde politique et le Palais redoutaient qu'une telle crise institutionnelle puisse se reproduire au moment où de futures lois sur des questions éthiques (l'euthanasie, le mariage homosexuel, les manipulations génétiques, etc.) seraient soumises à la signature royale.

Aussi les collaborateurs de Jean-Luc Dehaene travaillent dans la plus grande discrétion sur cet avant-projet de loi, en relation étroite avec le Palais et les présidents de partis. Le texte prévoit que lors d'une question éthique fondamentale, le Roi contresigne la loi, non pas personnellement mais en tant qu'institution respectueuse de la volonté des représentants de la Nation.

L'idée évite de reproduire le même scénario qu'en 1990, mais ce procédé rendrait public le soutien ou la désapprobation du Roi sur les projets du gouvernement... Albert II et ses conseillers sont satisfaits du texte mis au point et sont pressés de le voir voté au Parlement. Ils sont contrariés d'apprendre que l'anticipation des élections allait remettre ce texte en question et retarder son adoption. D'après les auteurs de "Albert II sur les traces de Baudouin Ier", l'avant-projet de loi ne réunissait cependant pas le consensus nécessaire au sein de la majorité : les socialistes souhaitaient une fonction uniquement protocolaire pour le souverain (comme en Suède), tandis que les sociaux-chrétiens tenaient au maintien des prérogatives royales.

Les élections législatives et régionales du 21 mai 1995 sont inédites à plus d'un titre. Elles réflètent la nouvelle Belgique fédérale : d'une part, le pouvoir de la Chambre est renforcé au détriment du Sénat et d'autre part, les Belges peuvent, pour la première fois, élire directement leurs députés régionaux. En outre, ce sont les premières élections législatives du règne du roi Albert.

En Flandre, le CVP reste le premier parti, le SP renforce son score de 1991 malgré le scandale Agusta, et le Vlaams Blok continue sa progression, étant toujours le premier parti à Anvers. A Bruxelles, la fédération PRL-FDF et le PS remportent les élections. Dans le sud du pays, le PS perd quelques plumes, le PRL-FDF prend la place de deuxième parti de Wallonie au PSC, Ecolo régresse et le Front National ne fait pas une hausse aussi gigantesque que prévu.

Dans la semaine qui suit les élections, le Roi reçoit les présidents sortants de la Chambre et du Sénat, le premier ministre, les présidents des partis démocratiques, le directeur de la Banque Nationale et les représentants syndicaux. Il nomme ensuite formateur Jean-Luc Dehaene qui accomplit cette tâche en un temps record. Le 22 juin, le gouvernement fédéral Dehaene II (CVP-PS-SP-PSC) prête serment devant Albert II.

En juillet, le Roi octroie des insignes royaux à Guy Spitaels (PS), Léo Delcroix (CVP), Guy Coëme (PS), Frank Van den Broucke (SP), Alain Van der Biest (PS) et Guy Coëme (PS), tous impliqués dans des "affaires" (Agusta p.ex.), ainsi qu'au comte Thierry de Looz-Corswarem, élu du Front National. Beaucoup de Belges sont choqués de cet arrêté royal. Certains anciens combattants renvoient leurs décorations au palais royal, accompagnées d'une lettre de reproches. En fait, il est de tradition que le ministre de l'Intérieur propose au Roi le nom des femmes et hommes politiques siégeant depuis huit ans au parlement fédéral. Ceux-ci obtiennent les insignes de chevalier de l'Ordre de Léopold. Au fur et à mesure que leur nombre d'années de présence augmente, ils deviennent successivement Commandeur, Grand Officier et Grand Cordon. Rappelons qu'Albert II est le Grand Maître de l'Ordre de Léopold.

Le Roi tente de calmer la colère des anciens combattants en évoquant le cinquantième anniversaire de la fin de la deuxième guerre mondiale dans son discours de la fête nationale 1995 :

"Tout d'abord, une grande reconnaissance s'est exprimée et je m'en réjouis, vis-à-vis de tous ces hommes et ces femmes qui ont lutté et souffert pour que nous puissions vivre dans un pays libre. Beaucoup de jeunes ont eu l'occasion de mieux se rendre compte du prix payé par leurs aînés, notamment à travers cette belle exposition "J'avais 20 ans en 1945" qui retrace si bien les événements mais aussi le contexte et l'ambiance de l'époque.

Il y a ensuite l'émerveillement devant le chemin parcouru ces cinquante dernières années. C'est l'épopée de la construction européenne, basée sur le rapprochement et la réconciliation entre des peuples jadis ennemis. Quelle aventure exceptionnelle et exaltante notre continent a vécu durant ce demi-siècle, passant de l'hostilité entre nations à l'union pacifique de 15 pays au sein d'un même ensemble politique. J'ai également entendu l'appel répété à la nécessaire vigilance dans la défense des valeurs de liberté, de démocratie, de tolérance et de solidarité. Car ces valeurs ne sont jamais acquises de façon définitive ni chez nous, ni ailleurs. On a vu ces dernières années les tentations de racisme et de nationalisme exacerbé relever la tête. Tout près de nous, en Bosnie-Herzégovine, on voit chaque jour à quelles horreurs ces passions déchaînées conduisent.

Il y a enfin le message d'espoir pour l'avenir. Il a été bien exprimé à Forest National par des jeunes de nos communautés flamande, française et germanophone et par d'autres venant de pays d'Europe occidentale, centrale et orientale. Pour eux, l'aventure européenne doit continuer, notre Union doit à la fois s'approfondir, mais aussi rester ouverte, développer de nouveaux liens avec les pays de l'autre Europe, qui elle a été libérée plus récemment d'un autre joug totalitaire, le communisme. Il y a là aussi tout un monde à reconstruire, des oppositions entre peuples à surmonter, des démons nationalistes à conjurer. Et puis, cette Europe n'a de sens que si elle, à son tour, après avoir fait la paix en son sein, peut aussi transmettre ses valeurs de solidarité, de respect des droits de l'homme aux autres régions du monde. Une Europe repliée sur elle-même, égoïste et matérialiste, n'a pas de sens et ne peut inspirer les jeunes.

Notre pays a joué et continue de jouer un rôle important dans la construction européenne. Nous pouvons en être fiers. La vision, l'imagination et le sens du compromis de bien des responsables de notre pays ont constitué jadis et continuent à être aujourd'hui des atouts précieux dans cet effort commun. Nous pouvons également y contribuer : d'une part en faisant fonctionner harmonieusement notre fédéralisme en Belgique qui peut avoir une valeur d'exemple pour l'édification européenne, et d'autre part en remplissant les conditions pour adhérer à l'Union Economique et Monétaire et à la monnaie unique. Celle-ci favorisera la croissance de nos économies et stimulera l'emploi".

Lors de son voyage d'Etat en Allemagne en juillet 1995, le roi Albert évoque à nouveau le fédéralisme : "Il y a deux ans, la Belgique fut transformée en un Etat fédéral. Aujourd'hui, nos trois communautés linguistiques (dont la communauté germanophone) et nos trois régions disposent d'une grande autonomie ayant des compétences dans des secteurs importants. Les élections de mai dernier ont parachevé nos structures fédérales. Pour la première fois, nos assemblées régionales ont été élues directement, tandis que notre Sénat a été transformé en une chambre de réflexion, où se rencontrent des représentants de l'autorité fédérale et des entités fédérées.

Je tiens à rappeler que cette réforme fondamentale des structures de notre Etat découle d'une évolution graduelle, qu'elle fut préparée dans un esprit de dialogue et d'harmonie et qu'elle ne vit son aboutissement qu'après un débat démocratique au parlement. Alors que plusieurs régions du monde et de notre continent en particulier sont déchirées par des conflits et par l'intolérance, nous avons fait preuve en Belgique d'un sens réel de mesure, de tolérance et de compréhension réciproque.

L'expérience acquise démontre que notre système fédéral est fondamentalement sain. Il est d'ailleurs avant tout pragmatique. L'expérience nous apprend aussi que nos nouvelles institutions fonctionnent bien et jouissent du soutien et de la collaboration active de la grande majorité de la population. Cela est particulièrement réjouissant. Le citoyen considère la Belgique fédérale comme un enrichissement, car son caractère social propre et son identité culturelle spécifique s'y trouvent, mieux qu'auparavant, mis en valeur".

En septembre, le Roi se rend à la maison communale de Chaudfontaine afin de s'incliner devant la dépouille mortelle du ministre d'Etat et président du PRL Jean Gol, et présenter ses condoléances à sa famille. Quelques jours plus tard, il reçoit en audience le président intérimaire du PRL Louis Michel.

La lutte contre le racisme et la xénophobie est un combat qu'Albert II mène sur le long terme. Ainsi en 1995, il reçoit en audience Aziz Charkaoui (l'un des premiers échevins belges d'origine étrangère), Anita Gradin (commissaire européenne responsable notamment de la politique d'asile et d'immigration) et Johan Leman (directeur du Centre pour l'Egalité des Chances et la Lutte contre le Racisme). Lors d'une rencontre avec les bourgmestres de notre pays en avril, il leur fait une proposition concrète : "Dans les grandes villes où l'immigration a été importante, il est recommandé d'augmenter la présence d'allochtones dans les forces de police. L'expérience d'autres pays montre que cette mesure contribue à long terme à plus de sécurité et à une meilleure entente entre les communautés d'origines différentes".

Dans son discours de Noël 1995, le Roi encourage les Belges à faire preuve d'ouverture vis-à-vis des autres communautés : "Dans notre pays, il y a une manière spécifique d'être solidaire, c'est de marquer de l'intérêt et du respect pour ceux qui appartiennent aux autres communautés. S'intéresser à la culture de l'autre, à son histoire, apprendre sa langue, nouer des liens personnels dans les autres communautés, sont autant de formes de solidarité et de tolérance. N'est-ce pas cela faire preuve de civisme fédéral au quotidien? C'est important à une époque où un peu partout, devant les difficultés économiques et sociales, chacun a tendance à se replier sur soi".

lundi 3 octobre 2011

Activités royales en septembre 2011

8 audiences pour le Roi : le président du PS Elio Di Rupo (reçu 3 fois), le premier ministre Yves Leterme (reçu 2 fois), le président de la FEB Pierre-Alain De Smedt, la présidente du parlement wallon Emily Hoyos, et le nouveau président du SPA Bruno Tobback.

0 activité officielle pour les reines Paola et Fabiola.

16 activités officielles pour le prince Philippe : 25ème anniversaire de la maison pour enfants de la rue Casa Hogar, inauguration de l'Hôpital Universitaire pour Enfants Princesse Elisabeth à Gand, opéra "Roi Roger" au Théâtre Royal de la Monnaie, visite de l'entreprise de ciments Holcim à Obourg, célébration pour les 10 ans des attentats du 11 septembre, visite du site de la Défense à Marche-en-Famenne, soirée de gala du comité de soutien de Flandre orientale de la Fondation Roi Baudouin, réunion de travail avec l'Unizo, visite du home Tehuis Mariaheem à Beerlegem, visite du Zwalmmolen à Munkzwolm, visite du centre pour seniors Huize Roborst, réception à l'hôtel de ville de Munkzwolm, visite de l'asbl Tejo à Anvers, réunion de travail au siège de la FEB, visite de l'entreprise Floridienne Chimie à Ath, et audience avec Sir Donald Tsang, chef de l'exécutif de Hong Kong.

16 activités officielles pour la princesse Mathilde : 25ème anniversaire de la maison pour enfants de la rue Casa Hogar, inauguration de l'Hôpital Universitaire pour Enfants Princesse Elisabeth à Gand, inauguration du Village du Volontariat à Bruxelles, visite du projet de micro-crédit Microstart, opéra "Roi Roger" au Théâtre Royal de la Monnaie, célébration pour les 10 ans des attentats du 11 septembre, visite de l'asbl Infirmiers de Rue à Bruxelles, soirée de gala du comité de soutien de Flandre orientale de la Fondation Roi Baudouin, visite du home Tehuis Mariaheem à Beerlegem, visite du Zwalmmolen à Munkzwolm, visite du centre pour seniors Huize Roborst, réception à l'hôtel de ville de Munkzwolm, visite de la ferme Hopperuyst à Poperinge, visite de la ferme Warandehof à Alveringem, visite de la ferme Beauvoordse à Furnes, 25ème anniversaire des Plattelandsklassen.

12 activités officielles pour la princesse Astrid : visite du centre pour handicapés Nos Pilifs à Bruxelles, réunion à Apeldoorn du comité d'honneur de l'International Paralympic Committee, dîner de l'association Europae Thesauri au château de Brissac, inauguration de l'exposition "Dies Solemnis", concert à la cathédrale d'Angers, 10ème anniversaire à New York du Partenariat Roll Back Malaria, réunion de travail sur la malaria avec le président de l'Union Africaine, réunion de travail sur la malaria avec l'épouse du secrétaire-général de l'Onu, réception à l'ambassade belge à New York, 125ème anniversaire de la Koninklijke Academie voor Nederlandse Taal en Letterkunde, spectacle pour les 40 ans de relations diplomatiques entre la Chine et la Belgique, 20ème anniversaire de l'aéroport de Charleroi.

5 activités officielles pour le prince Lorenz : dîner de l'association Europae Thesauri au château de Brissac, inauguration de l'exposition "Dies Solemnis", concert à la cathédrale d'Angers, 125ème anniversaire de la Koninklijke Academie voor Nederlandse Taal en Letterkunde, spectacle pour les 40 ans de relations diplomatiques entre la Chine et la Belgique.

5 activités officielles pour le prince Laurent : 50ème anniversaire de l'association Espaces Verts et Art des Jardins, visite du projet de transformation du site Ruggeveld à Deurne, conférence sur le changement climatique et la mer, séance de clôture du workshop "Les chats dans les refuges", inauguration de la journée portes ouvertes de la police de Zaventem.

4 activités officielles pour la princesse Claire : 50ème anniversaire de l'association Espaces Verts et Art des Jardins (dont elle est présidente d'honneur), soirée inaugurale à Waterloo des Journées du Patrimoine en Wallonie, visite de l'asbl La Bulle d'Air à Angleur, visite de la Maison pour enfants Reine Marie-Henriette à Bruxelles.

Résumé des activités officielles de janvier à septembre 2011 :

Roi : 125 audiences + 42 activités officielles

Prince Philippe : 143 activités officielles

Princesse Mathilde : 122 activités officielles

Princesse Astrid : 62 activités officielles

Reine Paola : 55 activités officielles

Prince Laurent : 27 activités officielles

Prince Lorenz : 24 activités officielles

Princesse Claire : 17 activités officielles

Reine Fabiola : 14 activités officielles

mardi 27 septembre 2011

Le rôle politique du roi Albert II en 1994

Lors de son premier discours de Nouvel An aux autorités du pays en 1994, Albert II les invite à "rechercher les mesures qui peuvent contribuer à la réconciliation entre tous les citoyens dans le cadre de la pacification communautaire". Cette phrase faisant allusion à l'amnistie envers les collaborateurs de la guerre 1940-1945 fait grand bruit et suscite des réactions totalement différentes entre le nord et le sud du pays. Aussi ce dossier est prudemment remis dans les placards...

Contrairement à ses cinq prédécesseurs, le roi Albert règne sur un Etat fédéral dont il signe la nouvelle Constitution le 17 février 1994. Une des conséquences est l'affaiblissement du pouvoir royal. En effet, des compétences glissent au fil des ans vers les communautés et les régions, sur lesquelles le souverain n'a plus d'influence directe. Il n'intervient pas non plus dans la composition des gouvernements régionaux. S'adaptant à cette nouvelle situation, Albert II apporte sa contribution personnelle au "civisme fédéral" qu'il prône régulièrement dans ses discours. Il estime que le maintien de la cohésion et de l'unité du pays est désormais le rôle principal du roi des Belges.

Albert entreprend une tournée des cinq assemblées régionales de mars à juin 1994 : le Conseil flamand (22 mars), le Conseil général wallon (19 avril), le Conseil de la région de Bruxelles-Capitale (19 mai), le Conseil de la communauté germanophone (31 mai) et le Conseil de la communauté française (14 juin). Le Roi n'y prononce aucune allocution, mais participe à des réunions de commissions et rencontre les parlementaires.

Le 11 juillet, à la surprise générale, Albert et Paola assistent au marathon des Eperons d'Or organisé à Bruges à l'occasion de la fête communautaire flamande. Afin d'éviter les cris hostiles des nationalistes et républicains flamands, leur venue n'avait pas été annoncée. Les images du Roi fredonannt le Vlaamse Leeuw suscite de nombreuses réactions négatives au sud du pays. Le premier ministre Jean-Luc Dehaene déclara qu'il s'agissait d'une initiative du Palais, qui ne l'avait pas consulté. Mais il estimait que ce déplacement s'inscrivait parfaitement dans le prolongement des visites aux assemblées générales.

Dans son discours de la fête nationale 1994, Albert II déclare : "Lors de ma prestation de serment, j'ai demandé aux représentants de la Nation de traduire dans les faits les nouvelles institutions de notre pays et de les faire fonctionner au mieux dans un esprit de concorde, de bonne volonté, de tolérance et de civisme fédéral. Près d'un an après, je me sens encouragé par les réponses positives reçues à cet appel. Tout d'abord, j'ai été frappé par votre réaction à tous et à toutes. Aussi bien lors des funérailles de mon frère, que lors des Joyeuses Entrées dans le pays, j'ai senti concrètement votre attachement à la Belgique, votre volonté de vivre ensemble. Cette réaction spontanée du coeur et de l'intelligence constitue pour nous un très précieux encouragement pour favoriser l'union dans le respect de la diversité (...) J'ai aussi senti la volonté des représentants de chacune des entités de faire vivre nos nouvelles institutions au service du citoyen et de favoriser l'épanouissement de la personnalité propre de chaque région et communauté. La diversité bien vécue constitue une richesse pour notre pays".

En politique étrangère, c'est le Rwanda qui retient l'attention en 1994. Quelques jours avant l'horrible génocide perpétré par les Hutus sur les Tutsis, dix casques bleus belges, assurant la protection du premier ministre rwandais Agathe Uwilingiymana sont assassinés le 7 avril. La Belgique décide aussitôt le rapatriement de ses casques bleus et de ses ressortissants.

Nos souverains rentrent de leurs vacances de Pâques à Châteauneuf-de-Grasse pour réconforter ces Belges qui laissèrent tout au Rwanda pour retrouver la sécurité de notre pays. La princesse Astrid leur apporte également son soutien. Dans son uniforme de lieutenant-général des forces terrestres, le Roi, très ému, préside l'hommage militaire aux dix casques bleus et se fait représenter à leurs funérailles par ses aides de camp. En juin, Albert, Paola et leurs trois enfants rendent hommage aux casques bleus du Rwanda lors d'une cérémonie au Cinquantenaire et reçoivent au palais royal les bénévoles s'étant rendus utiles lors de l'évacuation de nos compatriotes. Autre hommage : lors de la fête nationale, la reine Paola choisit la veuve du lieutenant Thierry Lotin, l'un des dix casques bleus assassinés, comme dame d'honneur. En août, le prince Laurent se rend au Rwanda pour visiter le camp de réfugiés de Goma.

Dans son discours de la fête nationale 1994, le Roi déclare : "Au-delà de nos frontières, veillons à ce que l'Union Européenne devienne davantage une réalité (...) C'est indispensable pour combattre efficacement les effroyables atteintes aux Droits de l'Homme, où qu'elles se déroulent, qu'il s'agisse de la purification ethnique à nos portes en ex-Yougoslavie ou de l'horrible génocide perpétré au Rwanda. N'oublions pas les leçons de l'Histoire. Il y a 50 ans, les Alliés réunis et déterminés mettaient fin à un régime basé sur le racisme. Aujourd'hui, il nous faut rester vigilants et fermes pour faire progresser les Droits de l'Homme dans le monde. Je voudrais à ce propos rendre encore un hommage particulier aux militaires et aux coopérants belges qui sont morts au Rwanda, alors qu'ils oeuvraient pour la paix et le développement".

Lors de son voyage d'Etat en Espagne, le Roi évoque la construction européenne qui lui tient à coeur : "De nombreux défis nous attendent à présent, s'agissant tant de l'élargissement de l'Union Européenne que de son approfondissement. Des dates importantes sont fixées. Je pense en particulier à la conférence qui se réunira en 1996 pour revoir certaines dispositions du Traité de Maastricht, ainsi qu'à la mise en oeuvre progressive de l'Union monétaire, qui doit nous conduire à la monnaie unique européenne. Ces défis sont sans doute considérables. Je suis certain que nous continuerons à défendre les intérêts véritables de l'Union Européenne. Notre vieux continent subit ces dernières années de profonds bouleversements. Il a retrouvé sa vocation et sa capacité de libre détermination de son destin. Cette transformation a cependant entraîné, dans plusieurs zones, de nouvelles instabilités. Qui d'entre nous n'a pas devant lui les images des horribles souffrances des peuples de l'ex-Yougoslavie.

Au-delà des frontières de notre continent, des populations continuent à s'entredéchirer. Je pense en particulier aux horreurs commises au Rwanda. Force nous est donc de mesurer la modestie de notre action face à des tragédies de cette nature. Ainsi s'impose à l'Union Européenne le devoir de renforcer sa politique extérieure et de sécurité. La stabilité et la sécurité, mais aussi le respect des minorités, l'épanouissement des valeurs démocratiques et des droits de l'homme, où qu'ils soient menacés, forment l'essentiel de la responsabilité de la politique extérieure de notre Union".

Le 5 octobre, Albert II effectue sa première visite officielle au Grand Quartier Général des Forces Alliées en Europe (Shape) situé à Casteau en province du Hainaut. Il y est accueilli par le commandant suprême de ces forces, le général américain George Joulwan. Il visite également la Cellule de Coordination du Partenariat, qui coordonne les activités de coopération militaire entre l'Otan et les pays d'Europe centrale et de l'Est, qui ont adhéré au Partenariat pour la Paix.

Des élections communales et provinciales d'octobre 1994, on retient la progression de l'extrême-droite dans tout le pays, devenant même le premier parti à Anvers avec 28%. De nombreux incidents ont lieu lors de l'installation des conseils communaux et provinciaux : saluts nazis, insultes à la Belgique, au Roi et aux partis démocratiques, etc. Par ailleurs, à l'automne, le couple royal assiste aux fêtes de la région wallonne, de la communauté française et de la communauté germanophone. Le ministre des Affaires étrangères Willy Claes est nommé au poste de secrétaire-général de l'Otan, laissé vacant depuis le décès de l'Allemand Manfred Wörner. Cette nomination entraîne un jeu de chaises musicales. Willy Claes est remplacé par Frank Van den Broucke. Ce dernier laisse la présidence du SP à Louis Tobback, qui quitte le ministère de l'Intérieur au profit de Johan Van de Lanotte.

Accompagné du ministre des Communications Elio Di Rupo, le couple royal rehausse de sa présence le 13 octobre le voyage inaugural de l'Eurostar qui met Londres à un peu plus de 3h de Bruxelles-Midi. Lors de l'arrêt à Lille, ils visitent la gare de Lille-Europe et le complexe Euralille. Après leur périple en Eurostar, le Roi et la Reine sont accueillis à la gare londonnienne de Waterloo par le prince Andrew. Nos souverains prennent ensuite le thé avec la reine Elisabeth II à Buckingham, avant de regagner Bruxelles...par les airs.

Le roi Albert évoque le chômage dans son discours de Noël 1994 : "Je voudrais d'abord dire à tous ceux qui cherchent du travail et n'en trouvent pas : je comprends votre impatience et votre déception. Mais je voudrais aussi vous inciter aussi à ne pas perdre courage, à garder l'espérance. Nos raisons d'espérer sont réelles. Durant cette année, je me suis intéressé à de nombreux projets, où les responsables économiques et politiques mettent tout en oeuvre pour créer de nouveaux emplois. J'ai vu aussi les efforts réalisés en matière de formation. De plus, les signes de reprise économique se confirment. Aussi, à tous ceux qui pourraient être découragés, je voudrais dire : je comprends votre difficulté, mais gardez courage. Persévérez dans la recherche active d'un emploi".

lundi 19 septembre 2011

Le rôle politique du roi Albert II en 1993

En tant que nouveau souverain, la première décision d'Albert est d'opter pour la continuité et de conserver les mêmes collaborateurs que son frère : Gérard Jacques (Grand Maréchal de la Cour), Jacques van Ypersele de Strihou (chef de cabinet du Roi), le lieutenant-général Guido Mertens (chef de la Maison Militaire du Roi) et le général-major Vincent Pardoen (intendant de la Liste Civile). Il était important pour le nouveau roi d'avoir à ses côtés des personnes ayant la connaissance et l'expérience des rouages politiques belges. Précisons que le gouvernement fédéral n'intervient pas dans la nomination du personnel du Palais.

Le Grand Maréchal de la Cour est le coordinateur de l'agenda public des souverains, prépare leurs visites en Belgique et à l'étranger, ainsi que toutes les réceptions organisées au palais royal et au domaine de Laeken. Protocolairement, il a la préséance sur tout le personnel du Palais. Diplomate flamand et laïc, Gérard Jacques a été ambassadeur de Belgique en Corée du Sud, en Afrique du Sud et en Israël, avant d'entrer au service du roi Baudouin.

Le chef de cabinet du Roi est son collaborateur le plus important et est le seul dignitaire de la Cour à avoir une audience quotidienne avec le souverain. Il informe ce dernier de l'actualité politique belge et internationale, prépare les audiences, étudie les notes des cabinets ministériels et du parlement, rédige certains discours du Roi et est régulièrement en contact avec le monde politique.

Le néerlandophone et très catholique Jacques van Ypersele de Strihou occupait le poste de chef de cabinet du roi Baudouin depuis 1983. Auparavant, il travailla au Fonds Monétaire International à Washington et fut ensuite président du Comité Monétaire Européen, conseiller de trois ministres belges successifs des Finances (André Vlerick, Willy De Clercq et Gaston Geens), inspecteur général de la Trésorerie belge, chef de cabinet adjoint du premier ministre Léo Tindemans et conseiller économique du premier ministre Wilfried Martens.

La Maison Militaire du Roi informe le souverain de l'état des forces armées belges et étrangères, des projets du ministre de la Défense, des décisions prises à l'Otan, et prépare les activités du Roi dans le domaine militaire. Les aides de camp et officiers d'ordonnance font aussi partie de la Maison Militaire, qui est dirigée par le lieutenant-général Guido Mertens. Ce dernier est entré au Palais en 1981 comme chargé de mission du jeune prince Philippe, puis fut aide de camp du roi Baudouin.

Depuis février 1992, le général-major Vincent Pardoen était l'intendant de la Liste Civile. Il gère les budgets de fonctionnement du Palais, signe les contrats avec les fournisseurs brevetés de la Cour, siège au conseil d'administration de la Donation Royale. Il arrive qu'il soit aussi chargé de l'administration des biens privés de la famille royale.

Si la nomination des collaborateurs du souverain est un subtil équilibre entre les courants politiques et religieux entre Flamands et Wallons, on remarquera que l'alternance entre homme et femme n'avait pas encore été appliquée pour les quatre Hauts Dignitaires de la Cour, les aides de camp et officiers d'ordonnance.

Le lendemain de son accession au trône, Albert II reçoit en audience le président du Sénat Frank Swaëlen, le président de la Chambre Charles-Ferdinand Nothomb et le premier ministre Jean-Luc Dehaene. Comme le veut la coutume, celui-ci lui présente la démission de son gouvernement. Le Roi la refuse. Durant l'après-midi, les gouvernements fédéral, régionaux et communautaires, les hautes autorités judiciaires sont conviés à une réception au palais royal. Albert et Paola regagnent ensuite leur résidence de Châteauneuf-de-Grasse dans le sud de la France.

A son retour de vacances, le Roi accomplit son premier geste politique le 6 septembre en acceptant la démission de Mieke Offeciers, ministre du Budget. Elle est remplacée par Herman Van Rompuy qui prête serment devant Albert II. A nouveau roi, nouveau style. S'il souhaite s'inscrire dans le sillage de son frère défunt, il impose cependant son style. Les hommes politiques sont ainsi surpris de ne plus être reçus derrière l'austère bureau du roi Baudouin, mais dans un salon beaucoup plus convivial. Malgré le sérieux des conversations, l'humour est plus présent avec Albert. Par ailleurs, comme son frère, il décide de ne pas rencontrer les représentants de l'extrême-droite.

Dès le début du règne, les relations avec le premier ministre Jean-Luc Dehaene sont très cordiales, mais le rapport d'influence est désormais différent : "L'expérience a changé de camp. Après 12 ans passés au gouvernement, j'ai plus oeuvré dans la politique que le roi actuel. La relation en est quelque peu différente de celle que j'avais avec Baudouin" confie le premier ministre en 1995 à Luc Neuckermans et Pol van den Driessche, les auteurs du livre "Albert II sur les traces de Baudouin Ier".

La Belgique assumait la présidence de l'Union Européenne durant le deuxième semestre de 1993. Au cours de sa première année de règne, le roi Albert a ainsi pu rencontrer beaucoup de personnalités importantes. Début septembre, l'empereur Akihito et l'impératrice Michiko du Japon effectuent un voyage d'Etat en Belgique, un mois après y avoir assisté aux funérailles de leur ami le roi Baudouin. Puis, le président du Mexique Carlos Salinas de Gortari vient à Bruxelles inaugurer Europalia Mexique. Au cours de l'automne, Albert II reçoit en audience le président du congrès national sud-africain Nelson Mandela, le leader palestinien Yasser Arafat, le premier ministre israélien Yitzhak Rabin et le président russe Boris Eltsine. Lors du sommet européen de Bruxelles en décembre, le Roi offre un déjeuner au palais royal pour les chefs d'Etat et de gouvernement présents : le président français François Mitterand, le chancelier allemand Helmut Kohl, le premier ministre britannique John Major, le premier ministre espagnol Felipe Gonzales, le président de la Commission Européenne Jacques Delors, le premier ministre français Edouard Balladur, etc.

Dans son premier discours de Noël, le Roi évoque la situation internationale :

"Sur la scène politique internationale, la promotion de la solidarité et de la justice exigera aussi un engagement renforcé de notre part. En Europe, sous la présidence belge, le traité de Maastricht est devenu une réalité qui doit favoriser la construction d'une union économique et monétaire et le développement d'une politique étrangère commune. De plus, le récent conseil européen de Bruxelles a adopté un plan d'action ambitieux pour combattre le chômage.

Mais l'Europe, notre Europe, doit aussi garder son âme faite de la richesse unique de toutes les cultures qui, depuis des siècles, s'y développent. Associer nos forces dans le respect des différences, faire de notre Europe un espace rayonnant et uni où s'allient dynamisme économique, respect de l'autre, justice sociale et paix durable, voilà le superbe défi que notre continent se doit de relever vite. La Belgique, de par sa position géographique centrale, mais aussi par la possibilité qu'elle a, si elle le veut, de montrer à l'Europe que les différences culturelles, vécues harmonieusement, peuvent être source de bien-être et d'idées neuves, peut aider de manière importante cette Europe nouvelle à naître et à tenir, dans le monde du XXIème siècle, le rôle important auquel l'appelle son histoire.

J'ai pu me rendre compte, en m'entretenant récemment avec Nelson Mandela, Yitzhak Rabin et Yasser Arafat, que des progrès substantiels ont été accomplis vers plus de solidarité et de justice dans certaines parties du monde. Le chemin à parcourir reste certes important. Les efforts de tous ceux qui ont surmonté des rivalités et des difficultés anciennes sont toutefois porteurs d'espoir pour de nombreuses régions qui sont malheureusement encore le théâtre de guerres civiles cruelles. Des luttes fratricides se poursuivent dans l'ancienne Yougoslavie (surtout en Bosnie-Herzégovine) et dans plusieurs pays d'Afrique, dont certains nous sont très chers et où la souffrance et la détresse des populations sont immenses.

Je voudrais, à cet égard, rendre un hommage particulier à nos troupes qui ont oeuvré et qui oeuvrent encore pour la paix en ex-Yougoslavie, en Somalie et au Rwanda. Leur présence et leur action humanitaire tant appréciés par la communauté internationale leur donne droit à notre reconnaissance. Partout où nous le pouvons, à l'intérieur de notre pays comme à l'extérieur, engageons-nous pour la défense des plus faibles".

Le chômage est l'un des autres sujets de son discours de Noël 1993 : "Dans la crise économique profonde que notre pays, notre continent et d'autres régions du monde traversent, la lutte pour l'emploi constitue la priorité. En effet, le chômage étendu ne représente pas seulement un grand gaspillage de ressources humaines, il atteint aussi beaucoup d'hommes et de femmes dans leur dignité. Nous ne sortirons pas de cette crise, chez nous et ailleurs, sans faire preuve de solidarité, de justice et de créativité.

Solidarité d'abord, entre ceux qui ont un travail et ceux qui n'en ont pas. Cela implique que l'objectif de l'accroissement du revenu de ceux qui travaillent doit passer à l'arrière-plan au profit de la défense et de la création d'emplois, en particulier pour les jeunes. Cela suppose également que nous tâchions d'innover pour mieux répartir le temps de travail et introduire plus de souplesse dans son organisation.

Justice ensuite, qui implique, entre autres, que chacun réfléchisse sur le fait que payer ses impôts, respecter l'esprit aussi bien que la lettre de la législation fiscale et sociale est également une forme de civisme. La justice exige aussi que nous soyons attentifs à enrayer l'exclusion sociale qui gagne du terrain dans nos grandes villes. Certains de nos concitoyens se trouvent graduellement privés d'une série de biens de base, comme le logement. Certains aussi passent à travers les mailles de nos systèmes de sécurité sociale ou d'enseignement. Nous ne pouvons pas nous résigner devant de telles situations.

Créativité, enfin, pour installer un climat qui suscite la naissance d'activités nouvelles et aiguise, chez les jeunes surtout, le goût d'entreprendre, qui a toujours été une des grandes qualités des femmes et des hommes de notre pays. Il est essentiel, à cet égard, d'investir de manière efficiente dans la recherche scientifique qui, demain, stimulera la création d'activités nouvelles".

mercredi 14 septembre 2011

La princesse Lilian de Belgique

                                                                                
Née en 1916 à Londres, Lilian est le septième enfant d'un couple d'Ostendais réfugié en Angleterre en raison de la guerre. Son père Henri Baels sera notamment avocat, échevin, administrateur de sociétés de pêcherie, député à la Chambre, ministre de l'Agriculture et des Travaux publics, et gouverneur de la province de Flandre Occidentale à partir de 1933. Elle fréquente l'école primaire des Soeurs de Saint-Joseph à Ostende, puis l'Institut des Dames du Sacré-Coeur. Elle parle le français, le néerlandais et l'anglais. Sa famille s'installe à Knokke en 1931 et fuit en France lors de l'invasion allemande de 1940. Fille de gouverneur, Lilian rencontre plusieurs fois avant la guerre le roi Léopold lors d'activités officielles, et celui-ci l'invite à jouer ensemble au golf.

Le début de la romance entre Léopold III et Lilian débute en 1940, comme elle l'a raconté plus tard dans "Un couple dans la tempête" : "Le 9 juillet, j'ai ramené mon père qui avait été blessé à la jambe pendant l'exode. Je l'ai conduit en voiture à Laeken. Il voulait voir tout de suite le Roi ou son chargé d'affaires. J'ai attendu dehors et là, j'ai vu ces grilles tenues d'un côté par la Gestapo et de l'autre par la Wehrmacht. Après un petit moment, un Grand Maréchal s'est approché, a frappé à ma vitre, et m'a dit : "Le Roi et la reine Elisabeth aimeraient que vous veniez". J'ai ramené mon père à l'hôtel et je suis revenue au palais. C'était le 9 juillet. J'ai revu le Roi sur un green de golf qu'il a appelé le "green du 9 juillet" à partir de ce moment-là. Il m'a posé des questions sur la situation en France. Et puis, il m'a parlé succintement de ce qu'il s'était passé, de la manière odieuse et injuste dont l'avaient traité la France et l'Angleterre. Ca, c'est notre rencontre du 9 juillet 1940, la première fois où l'on se parlait vraiment... Puis, très vite, j'ai dû ramener mon père pour le faire soigner à Anglet. Je ne suis revenue avec lui que fin 1940 en Belgique. J'habitais alors chez des amis. Et là, j'ai revu le Roi. Il avait reçu ma lettre de Bernay. J'étais enchantée (...) Finalement, je suis revenue en juin 1941. Nous prenions les repas avec la reine Elisabeth... Je ne voyais jamais les enfants, je ne voyais que le Roi et ma future belle-mère que j'avais connue lorsqu'elle venait à Bruges quand mon père était gouverneur. Et puis, un jour, en septembre 1941, le Roi m'a demandé de devenir sa femme. J'ai dit non tout de suite, me rendant compte que c'était de la folie à tout point de vue. Et alors, les conseils ne m'ont pas manqué. Le cardinal Van Roey qui était un ami d'enfance, la reine Elisabeth aussi. On a fait venir mon père ; il ne savait pas de quoi il s'agissait. J'ai envoyé le cardinal pour le lui dire. Mon père m'a demandé si j'étais folle. Je lui ai dit : "Pas du tout, c'est pour çà que j'ai refusé". Le cardinal m'a mis la main sur le genou et m'a dit : "Ma petite, si vous ne l'aimez pas, il ne faut pas en faire le sacrifice". Il n'avait rien compris. Pourtant, il me connaissait bien, il m'avait confirmée. C'est lui qui m'a mariée, a ondoyé et baptisé mes enfants, c'est un grand ami. Mon père, bien que très réticent, a donné son accord le 8 ou le 9 septembre. Mais ma mère ne savait rien, alors que jusque-là, mon père ne lui avait jamais rien caché. Les Allemands ne savaient pas, personne n'a su. Le 11 septembre, le cardinal nous a mariés en toute intimité. Il y avait la reine Elisabeth, nous, mon père, le vicaire et le cardinal. Pourquoi un mariage religieux? Parce que le mariage civil nécessite une certaine publicité, les bans, la venue d'un officier de l'état-civil... Etant donné les circonstances, sous l'Occupation allemande, le Roi pensait que ce n'était pas souhaitable, mais mon père regrettait l'absence du mariage civil. Aussi, des semaines après, quand je me suis rendu compte que j'étais enceinte, donc début décembre, nous nous sommes mariés civilement. Et c'est là que, le 6 décembre dans l'après-midi, j'ai vu les enfants pour la première fois, les deux fils parce que Joséphine-Charlotte était en Italie chez sa tante".

L'annonce de cette union crée la polémique pour trois raisons : 1° Le mariage civil a suivi le mariage religieux (alors que la Constitution belge exige l'inverse). 2° Le Roi est prisonnier des Allemands mais peut penser à ses amours, ce qui n'est pas le cas des autres soldats prisonniers. 3° Beaucoup de Belges restent attachés à la mythique reine Astrid, décédée en 1935. Plus tard, on reprochera aussi à Léopold III d'avoir remercié Hitler pour les félicitations et les fleurs qu'il leur avait envoyées lors de leur mariage. Le Roi annonce que la princesse Lilian renonce au titre de reine, et que leurs futurs enfants n'entreront pas dans l'ordre de succession au trône. Le prince Alexandre naît en juillet 1942.

Avec son époux, la princesse Lilian connaîtra la déportation en 1944 dans la forteresse d'Hirschtein, la Question Royale et l'exil en Suisse de 1945 à 1950. Le roi Léopold III décide d'abdiquer au profit de son fils le roi Baudouin, jeune homme célibataire et timide de 20 ans, qui leur demande d'habiter avec lui à Laeken. Léopold III et Lilian sont à nouveau parents : la princesse Marie-Christine, née en 1951, et la princesse Esmeralda, née en 1956. Les photos prises au cours de cette décennie montrent l'amour et la complicité qui régnaient au sein de cette "famille recomposée", un terme qui n'existait pas à cette époque. Toujours très élégante, la princesse Lilian joue le rôle de Première Dame mais ne parvient pas à se faire accepter des Belges. Suite à l'hospitalisation de son fils Alexandre, elle crée la Fondation Cardiologique Princesse Lilian (plus d'infos sur cette fondation : http://familleroyalebelge.blogspot.be/2013/04/les-55-ans-de-la-fondation.html).

Le monde politique belge suspecte le roi Léopold et la princesse Lilian d'influencer la politique du roi Baudouin. Sous la pression du gouvernement, ceux-ci acceptent en 1959 de quitter le domaine de Laeken. L'Etat met à leur disposition le domaine royal d'Argenteuil qui nécessitera un an de travaux (plus d'infos sur ce domaine : http://familleroyalebelge.blogspot.com/2009/02/le-domaine-royal-dargenteuil.html).

1960 marque un tournant dans la vie de Léopold III et Lilian. Outre leur déménagement, c'est le début de leur mise à l'écart de la famille royale et de leur brouille avec le roi Baudouin. Que s'est-il passé entre eux? Quatre hypothèses existent, mais il est difficile de dire laquelle a joué le plus grand rôle : 1° Les meubles de Laeken emportés à Argenteuil sans concertation avec le roi Baudouin. 2° L'influence de l'Eglise sur le roi Baudouin qu'ils ne voyaient pas d'un bon oeil. 3° La volonté du gouvernement d'éloigner le roi Léopold de son fils. 4° Les caractères très opposés de la reine Fabiola et de la princesse Lilian.

Au domaine royal d'Argenteuil décoré avec goût, Léopold III prépare ses expéditions à travers le monde et s'adonne à sa passion de la photographie, la princesse s'occupe de la Fondation Cardiologique Princesse Lilian et de sa harde de cerfs, la princesse Marie-Esméralda suit des cours particuliers à domicile (la princesse Marie-Christine est pensionnaire à Bruges puis en France). Léopold III et Lilian reçoivent dans la discrétion de nombreuses personnes : ambassadeurs, ministres, anciens combattants, photographes, scientifiques, sportifs, etc. Mais la plus prestigieuse visite à Argenteuil restera celle de la reine Elisabeth II et du prince Philip d'Angleterre en 1966.

En 1983, le roi Léopold III décède et a droit à des funérailles nationales. Il laisse à sa veuve son testament politique qu'il lui demande de faire publier à un moment opportun. Elle crée en 1991 l'asbl Princesse Lilian en mémoire du roi Léopold III afin de rassembler et classer les nombreuses archives du quatrième roi des Belges, et ne fera plus qu'une seule apparition publique pour les 10 ans de la mort de son mari. Par ailleurs, les ponts sont coupés avec sa fille la princesse Marie-Christine qui s'est installée aux Etats-Unis.

Le soir du 31 juillet 1993, Albert II, nouveau chef de famille, lui téléphone pour l'informer du décès du roi Baudouin afin qu'elle l'apprenne avant l'annonce par les médias. Après cette délicate attention, il se rend à plusieurs reprises au domaine d'Argenteuil et il assiste au mariage à Londres de la princesse Esmeralda avec le professeur Salvador Moncada. La princesse Lilian a ensuite la joie d'être grand-mère en 1998 et 2001. De son côté, le prince Alexandre - qui venait voir sa mère presque tous les jours - rend public son mariage avec Léa Wolman, mais cette dernière ne semble pas avoir été bien acceptée par sa belle-mère.

L'image de la princesse Lilian ne s'améliore pas dans l'opinion publique et des rumeurs sont régulièrement relayées par la presse (une supposée liaison avec son beau-fils le roi Baudouin, p.ex.). Evrard Raskin écrit sa biographie dont l'objectif est de démontrer que le deuxième mariage de Léopold III est la cause principale de la Question Royale et de l'abdication du souverain. ("Des années après sa mort, Léopold III apparaît toujours comme l'homme qui s'est marié au mauvais moment avec la femme qu'il n'aurait jamais dû épouser" écrit-il).

Ignorant les critiques, la princesse Lilian continue son travail de mémoire : elle soutient sa fille Esmeralda pour la sortie d'un album-photos intitulé "Léopold III, mon père", elle donne enfin sa version des événements à Claude Désiré et Marcel Jullian pour leur livre "Un couple dans la tempête", et elle fait publier le testament politique de son mari en 2001 à l'occasion du 100ème anniversaire de sa naissance. Un an plus tard, la princesse décède au domaine royal d'Argenteuil et est inhumée dans la crypte royale de Laeken en présence de toute la famille royale belge.

Le gouvernement belge refuse les propositions du prince Alexandre et de la princesse Marie-Esméralda de consacrer le domaine royal d'Argenteuil en un lieu de travail pour les fondations créées par Léopold III et Lilian. A partir de l'automne 2002, le château commence à se vider : les meubles d'Etat empruntés en 1960 retournent à Laeken ; les archives sont transférées au palais royal ; les meubles, robes, bijoux, tableaux et argenterie sont partagés entre les trois héritiers ou vendus par Sothebys. Réputée pour son élégance, la princesse Lilian serait sans doute très heureuse que certaines de ses robes aient été offertes par ses enfants au Musée de la Mode d'Anvers, au Musée du Costume et de la Dentelle de Bruxelles, à la Maison Dior en France et au Musée Balenciaga en Espagne. En septembre 2004, l'Etat vend le domaine royal d'Argenteuil à Jean-Marie Delwart, un riche industriel belge, désireux de s'y livrer à sa passion pour la recherche scientifique en ethologie. La princesse Esmeralda rachète le châlet d'Hinteriss que possédait sa mère, et continue de défendre sa mémoire. Par contre, la princesse Marie-Christine règle ses comptes avec la princesse Lilian dans son autobiographie "La brisure".

Bref, la princesse Lilian est une femme qui a compté dans la vie de trois rois (Léopold III, Baudouin et Albert II) et qui a marqué l'histoire de la dynastie belge. Ses relations avec le prince Charles, la reine Fabiola et les princesses Marie-Christine et Léa ont été difficiles. Sa personnalité continue de susciter la controverse, mais j'espère vous avoir fait connaître un peu mieux sa vie, loin des clichés et des rumeurs. Pour en savoir plus, je vous conseille la lecture de la biographie sérieuse et objective que lui a consacré l'historien Olivier Defrance.

mercredi 7 septembre 2011

Activités royales en août 2011

3 audiences pour le Roi : le premier ministre Yves Leterme, le président du PS Elio Di Rupo et le nouveau président du CDH Benoît Lutgen.

1 activité officielle pour le Roi et la Reine : visite sur les lieux de la catastrophe du festival de Pukkelpop.

0 activité officielle pour la reine Fabiola, le prince Philippe et la princesse Mathilde, le prince Lorenz et la princesse Astrid, le prince Laurent et la princesse Claire.

Résumé des activités officielles de janvier à août 2011 :

Roi : 117 audiences + 42 activités officielles

Prince Philippe : 127 activités officielles

Princesse Mathilde : 106 activités officielles

Reine Paola : 55 activités officielles

Princesse Astrid : 50 activités officielles

Prince Laurent : 22 activités officielles

Prince Lorenz : 19 activités officielles

Reine Fabiola : 14 activités officielles

Princesse Claire : 13 activités officielles