jeudi 3 mai 2012

"Louise-Marie d'Orléans : la reine oubliée" (Mia Kerckvoorde)

Fille du duc Louis-Philippe d'Orléans et de la princesse Marie-Amélie de Bourbon-Deux-Siciles, Louise-Marie naît en 1812 à Palerme en Sicile où ses parents vivent en exil. Elle grandit au sein d'une famille unie et heureuse de 10 enfants. En 1830, son père monte sur le trône de France.

Son destin bascule lorsque ses parents acceptent la demande en mariage de Léopold Ier, roi des Belges, de 22 ans son aîné. Le mariage a lieu en 1832 au château de Compiègne. La séparation avec sa famille sera très difficile pour la reine Louise-Marie qui écrira tous les jours à sa mère. Cette abondante correspondance permettra à l'auteur de cette biographie de suivre la jeune reine dans sa vie publique et privée. Ces extraits de lettres sont le point fort de cet ouvrage.

En juillet 1833, Louise-Marie donne naissance au prince Louis-Philippe (Babochon) mais celui-ci décède un an plus tard suite aux divergences de vues entre nourrice, gouvernante et médecins. L'autopsie révèle une maladie du foie. La Reine doit aussi faire face à l'hostilité des orangistes et à sa nostalgie de la France et de sa famille. Elle a peu de loisirs et n'aime pas la musique, sauf les valses de Strauss. Elle consacre ses journées à sa correspondance, à son époux souvent absent et à leurs trois enfants Léopold, Philippe et Charlotte. Très catholique, c'est l'église Saint-Jacques-sur-Coudenberg qu'elle fréquente le plus souvent. Louise-Marie fonde une école catholique tenue par des religieuses pour 400 jeunes filles de familles ouvrières pauvres.

La Reine ne joue pas de réel rôle en Belgique, mais à travers sa correspondance, elle remplit le rôle de diplomate entre les Cours de France, Belgique et Angleterre où elle est proche de la reine Victoria. Elle tente en vain de convaincre son mari et son père contre la peine de mort :  "Quelque grand que soit le crime, je ne puis admettre qu'il appartienne aux hommes à anticiper sur les jugements de Dieu et de disposer de la vie de leurs semblables".

Lors de la mort de l'ancien roi Charles X en 1836, elle écrit :  "Mon premier mouvement eut été de porter le deuil. Car enfin cette révolution que nous n'avons ni voulue, ni faite ne change rien à la parenté. Mais en y pensant, je trouve que de porter le deuil d'un homme dont on a accepté la place, dont on occupe le train et le lit, aurait l'air d'une hypocrisie, je dirais même d'une sorte de dérision".

Lors des tensions au Moyen-Orient en 1840, Louise-Marie trouve que son père manque de fermeté et écrit à sa mère :  "Ce n'est pas certes en disant que l'on veut la paix, quand même, toujours et en toute circonstance, en laissant tout faire et en cédant successivement sur tout que l'on maintiendra la paix. D'abandon en abandon et de concession en concession, on en arrivera à un tel degré d'abaissement qu'il faudra faire la guerre pour une bêtise, pour se réhabiliter. En attendant, le pays aura pu croire que le Père n'a pas eu souci de son honneur et que nous sommes une opprobe pour lui, croyance plus dangereuse que la guerre. Je ne prétends pas par là dire qu'il faille faire la guerre. Je souhaite au contraire la paix et je crois que le pauvre Père agit dans l'intérêt du pays en voulant la maintenir. Je ne blâme que les moyens dangereux et inefficaces employés à cette fin".

En 1843, Louise-Marie prépare en coulisses la visite de Victoria et Albert auprès de Louis-Philippe et Marie-Amélie au château d'Eu. Avec Léopold Ier, elle accompagne aussi le couple royal anglais en Allemagne dans la région de Cobourg. En 1846, le mariage de son frère Antoine d'Orléans et de l'infante Louise d'Espagne ne plaît guère à la reine Victoria et refroidit les relations franco-britanniques. A travers ses lettres, Louise-Marie tente d'éviter une rupture définitive entre les deux pays. Cependant, suite à la révolution française de 1848, Louis-Philippe et Marie-Amélie pourront s'exiler en Angleterre et vivre à Claremont House, une demeure appartenant à Léopold Ier.

La Reine souffre de solitude et de mélancolie, et sa santé décline. Les épreuves ne lui sont pas épargnées :  décès de sa soeur Marie en 1839 et de son frère Ferdinand-Philippe en 1842, infidélités et absences de Léopold Ier, révolution française de 1848, décès de son père en 1850. Louise-Marie, première reine des Belges, s'éteint en octobre 1850 à Ostende. Elle avait 38 ans.

1 commentaire :

  1. Une princesse et reine morte beaucoup trop jeune. Son destin me touche profondément, moi française qui vit en Belgique (même si il n'y a rien de comparable évidemment) et passionnée d'histoire de France. Petit Belge, amicales salutations, je découvre votre blog, j'aime beaucoup, merci beaucoup pour la qualité de vos articles.

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