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lundi 17 juin 2024

Un tableau du roi Léopold III par Yvonne Reper


L'Association Dynastie et Patrimoine Culturel a acheté en 2021 ce tableau du roi Léopold III par l'artiste-peintre belge Yvonne Reper. Cette toile mesure 1m22 de large sur 2m15 de hauteur. Le souverain est en tenue militaire et arbore l'Ordre de Léopold. Le paysage à l'horizon représente plusieurs monuments belges. 

Yvonne Reper (1908-1964) a suivi des cours à l'Académie des Beaux-Arts de Bruxelles. Elle s'est formée auprès des artistes Alfred Bastien, Jean Deville et Constant Montald. Epouse du miniaturiste Maurice van Weyenbergh, elle possédait son atelier à Alsemberg dans le Brabant flamand. En 1948, elle a passé six mois au Congo belge, d'où elle a ramené de nombreux portraits de femmes et d'enfants africains, ce qui explique pourquoi on la considère parfois comme une "artiste africaniste". On peut voir son portrait du cardinal Van Roey dans l'église Notre-Dame d'Alsemberg. 

Ce tableau du roi Léopold III était entreposé dans un local de Beersel qui a reçu une nouvelle affectation. Il rejoint donc maintenant les collections de l'Association Dynastie et Patrimoine Culturel qui organise l'exposition estivale annuelle au palais royal de Bruxelles. 

Cliquez ci-dessous sur "Léopold III" pour retrouver d'autres articles sur le quatrième roi des Belges.

Cliquez ci-dessous sur "Asbl Dynastie et Patrimoine" pour découvrir les activités de cette association. 

 

lundi 15 octobre 2018

Décès de Jean Piat : la réaction de la princesse Esmeralda

                                  

Suite au décès de l'acteur français Jean Piat, la princesse Esmeralda de Belgique a posté sur son compte Twitter cette photo, accompagnée de cet hommage :   "Au revoir à un merveilleux comédien, un grand monsieur alliant élégance et humour, et si loyal en amitié".

Elle a été interviewée par Patrick Weber pour le magazine français "Point de Vue" :

"Comment est née votre amitié?
- J'avais découvert Jean Piat dans le feuilleton "Lagardère" à la télévision que j'adorais. Lorsqu'il a quitté la Comédie Française, j'ai demandé à mon père d'aller le voir au théâtre dans la pièce "Le tournant" de Françoise Dorin. La direction du théâtre l'a prévenu que le roi des Belges désirait le rencontrer et le moins qu'on puisse dire est qu'il était plutôt surpris. Il nous a accueillis dans sa loge avec beaucoup de gentillesse et cette première rencontre a marqué le début d'une belle amitié. Chaque fois qu'il venait en Belgique, Jean rendait visite à mes parents, le roi Léopold et la princesse Lilian, à Argenteuil. Il logeait à la maison, le plus souvent avec Françoise Dorin. Nous l'avons aussi invité dans notre villa du sud de la France.

- Vous aimiez le théâtre?
- Je lui avais confié que je voulais faire carrière dans le théâtre, mais qu'un tel projet était difficile pour moi. Il m'a répondu que je pouvais être une bonne spectatrice, et que c'était aussi un rôle très important. Je ne l'ai jamais oublié.

- Il avait des points communs avec votre père, le roi Léopold III?
- Ils aimaient tous les deux la littérature, la nourriture et le bon vin. Jean avait une prédilection pour les vins de dessert, et spécialement un sauternes, le Château-Lafaurie-Peyraguey. Ma mère en prévoyait toujours une bouteille.

- Vous étiez toujours en contact?
- Bien sûr!  Jean n'avait pas d'email, ni de smartphone. Si l'on voulait le joindre, il fallait l'appeler ou lui écrire. Il se cachait derrière son répondeur, mais décrochait toujours quand il s'agissait d'une voix amie. Il va me manquer".

Pierre De Vuyst a également demandé la réaction de la princesse Esmeralda pour le magazine belge "Le Soir Mag" :

"J'étais enfant. Je devais avoir huit ou neuf ans, et je ne ratais aucun épisode de la série "Lagardère" à la télévision (1967) et j'étais amoureuse de lui! Jean Piat jouait aussi à la Comédie Française et j'avais réussi à obtenir une photo dédicacée. J'ai appris qu'il jouait une pièce à Paris, "Le tournant", en 1973. Comme mes parents aimaient beaucoup le théâtre, j'ai convaincu mon père d'y assister avec moi. C'était la première pièce de Françoise Dorin qu'il jouait. Nous sommes allés le saluer dans sa loge à la fin du spectacle. Mon père et lui ont immédiatement sympathisé. Si bien que mon père l'a invité à venir nous rendre visite s'il passait en Belgique. Ma mère est aussi allée voir la pièce et l'a formellement invité chez nous à Argenteuil. Ce fut le début d'une longue amitié.

Jean Piat et Françoise Dorin sont devenus des habitués de la maison. Ils logeaient chez nous chaque fois qu'ils avaient quelque chose à faire en Belgique, un spectacle, une pièce,... Mais ma mère les a également conviés à ses colloques. Elle aimait inviter quelqu'un qui n'était pas issu du monde scientifique, un artiste, un journaliste, qui posait des questions simples et accessibles, et animait le débat. Comme Jean Piat, j'ai voulu un temps devenir comédienne. Et quand mon fils a suivi des cours de théâtre, dans une lettre, Jean Piat m'a dit combien il était désolé que tant d'années le séparent de mon fils. Il aurait adoré être son professeur. Aujourd'hui, mon fils a renoncé à ce rêve. Il souhaite devenir journaliste.

Jean Piat était quelqu'un de très fidèle en amitié. Nous avons continué à correspondre régulièrement, notamment aux anniversaires de la mort de mes parents. Il est décédé lui-même à un très grand âge, mais je n'en suis pas moins triste. On s'habitue à la présence des belles personnes. Je trouve très touchant qu'il soit parti si peu de temps après le décès de Françoise Dorin. Ils ne se sont pas quittés longtemps".

"Le Soir Mag" a retrouvé une anecdote racontée par Jean Piat lors d'un séjour dans la maison de vacances de Léopold III et Lilian (aujourd'hui vendue) à Biot sur la Côte d'Azur :    "J'ai même eu l'honneur - après avoir affirmé que j'en avais les compétences - de faire la cuisine dans leur propriété de Biot, sous l'œil amusé des princesses Marie-Christine et Esmeralda. Un certain soir, je fus mis en demeure de cuire les beefsteaks, accompagnés d'endives braisées, ce que, entre nous (je suis nordiste), nous appelions "chicons", afin de satisfaire à la curiosité et aux appétits de chacun. Le protocole en ces circonstances n'existait pas et mes "clients" se sont montrés satisfaits". 

Le journaliste française Stéphane Bern confia au "Soir Mag" :   "Sait-on qu'à chacune de nos rencontres, il me demandait de défendre la mémoire d'un couple royal qu'il avait aimé et dont il était l'ami, le roi Léopold III et la princesse Lilian de Réthy :  "J'espère qu'un jour, l'Histoire leur rendra justice et les réhabilitera", me répétait-il". 

lundi 15 août 2016

Les liens entre la dynastie belge et le Brésil

                    
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Juillet 2016 :  voyage de la princesse Maria-Esmeralda au Brésil
Du 3 au 7 juillet, la princesse Maria-Esmeralda s'est rendue au Brésil sur les traces de son père et de ses grands-parents. Au programme de son voyage :   inauguration d'un buste de la reine Elisabeth dans les jardins de l'ambassade de Belgique à Brasilia, visite du village de Porteira afin de rencontrer le peuple indigène des Xerente (le roi Léopold III avait déjà rencontré cette communauté lors d'une expédition au Brésil dans les années 60), rencontre avec le vice-gouverneur et le gouverneur de l'Etat du Tocantins, visite du projet social "Kritzelei" à Sao Sebastiao (dans lequel la chanteuse belge Dorka Hepp est impliquée en faveur de filles et adolescentes de 9 à 18 ans), inauguration au Mémorial des Peuples Indigènes de Brasilia de l'exposition des photos prises par Léopold III lors de son voyage au Brésil en 1964

Août 2016 : le roi Philippe et la reine Mathilde aux Jeux Olympiques de Rio
Le couple royal s'est rendu au Brésil pour les premières journées des Jeux Olympiques 2016 de Rio : cérémonie d'ouverture, visite du Village Olympique, réception offerte aux chefs d'Etat et de gouvernement présents par le président intérimaire du Brésil Michel Temer, rencontre avec les responsables d'un projet social de l'ONG belge Kiyo, rencontre avec le président du Comité International Olympique Thomas Bach, réception du Comité Olympiques et Interfédéral Belge, ainsi que diverses épreuves sportives auxquelles participaient des Belges (judo, hockey, tennis, haltérophilie, p.ex.).

C'est le deuxième voyage de nos souverains au Brésil depuis le début de leur règne. En effet, ils s'y étaient rendus un week-end en 2014 pour assister à un match des Diables Rouges dans le cadre de la Coupe du Monde de football. Ils en avaient profité pour dévoiler la nouvelle plaque de l'avenue dédiée à la reine Elisabeth et déposer des fleurs devant le buste du roi Albert Ier (ces deux hommages du Brésil aux souverains belges rappellent leur voyage dans ce pays en 1920).

Avant 2014 et 2016, il y a eu d'autres visites de notre famille royale au Brésil, mais celle qui est restée dans les mémoires, c'est celle du roi Albert Ier et de la reine Elisabeth (voir ci-dessous).

Le voyage du roi Albert Ier et de la reine Elisabeth au Brésil en 1920
En voici le compte-rendu que j'ai trouvé dans le livre "Elisabeth de Belgique : les défis d'une reine" de l'historien Georges-Henri Dumont :


"Pour de multiples raisons, les souverains belges avaient accepté l'invitation officielle que leur avait faite le président brésilien Epitacao Pessoa. Le Brésil était entré dans la guerre aux côtés des Alliés en 1917. Assez modestement sur le plan militaire (il s'était contenté d'envoyé une petite flotille dans les mers septentrionales), mais c'est en grandes quantités qu'il avait expédié des médicaments et des vivres. La Belgique ne l'avait pas oublié. Et puis Elisabeth n'était-elle pas une Bragance par sa mère, une "fille des enfants de lumière", selon les mots de Camoëns?  République depuis 1889, le Brésil se souvenait néanmoins du roi Joao VI et surtout de don Pedro qui avait proclamé l'indépendance en 1822 et pris le titre d'empereur. Les Brésiliens considéraient Elisabeth presque comme des leurs. Enfin, les souverains belges, qui avaient l'intention de se rendre bientôt au Congo, étaient heureux de l'occasion qui leur était offerte de parcourir une région tropicale. La Reine avait d'ailleurs demandé au docteur Nolf de l'accompagner afin d'enquêter sur place sur le diagnostic et le traitement des maladies tropicales.


L'embarquement eut lieu le mercredi 1er septembre 1920 au port de Zeebrugge, où avait accosté le cuirassé brésilien "Sao Paulo". Avant de franchir la passerelle et de faire ses adieux à ses trois enfants, la Reine s'entretint pendant quelques instants avec les orphelins de marins et de pêcheurs, élèves de l'école Ibis, venus lui offrir des fleurs. Puis ce furent la montée à bord, les traditionnelles acclamations de la foule massée sur le môle ou les toits des hangars, les hymnes nationaux, les ancres levées, les amarres lâchées.


La traversée fut presque sans histoire. La Reine qui aimait la chaleur et en éprouvait le besoin physique se dorait volontiers au soleil, un livre à la main. L'équipage était surpris par sa jovialité et son apparente simplicité. Elle se mêlait aux habituels jeux de bord qu'elle connaissait bien depuis son voyage aux Etats-Unis. Et le soir, elle prenait souvent sa place parmi les violonistes de l'orchestre. Comme c'était la première fois qu'elle franchissait la ligne de l'équateur, il lui fallut subir l'épreuve du baptême par le roi Neptune. En souvenir de quoi les marins lui offrirent un poudrier en cristal et bronze.


Escorté de dix torpilleurs, le "Sao Paulo" pénétra majestueusement dans la baie de Rio au début de l'après-midi du dimanche 19 septembre 1920. Pendant que, sous un soleil éclatant, les forteresses de Santa Cruz, Sao Joao et Imbuhy saluaient le cuirassé de leurs canons, soixante-quatre rameurs conduisaient vers le Roi et la Reine une galiote toute blanc et or. C'était l'historique "Dom Joao VI", construite en 1808, venue du Portugal lorsque l'arrière-grand-père maternel d'Elisabeth, fuyant l'occupation napoléonienne, s'était exilé en terre brésilienne.


Albert et Elisabeth, accueillis par le président Epitacao Pessoa, sa femme et sa fille, descendirent dans la galiote qui les mena au débarcadère. Discours, cortège triomphal jusqu'au palais de Guanabara, apparitions au balcon : la visite officielle commençait. Trop, beaucoup trop officielle au gré de la Reine. Les autorités brésiliennes avaient cru bien faire en montrant à leurs hôtes combien leur pays était européanisé. Réception au parlement, soirées de gala au théâtre, parades militaires, garden-parties, concours hippique, match de football : rien ne leur fut épargné alors qu'ils souhaitaient essentiellement rencontrer ceux qui luttaient difficilement pour le développement, les dirigeants d'établissements industriels, les responsables de l'urbanisme aux prises avec l'extension des favellas, etc.


Le mardi 27 septembre, après une semaine de cérémonies aussi lassantes que brillantes, la Reine, accompagnée du docteur Nolf et de la comtesse de Caraman-Chimay, put enfin visiter l'Institut de Médecine Tropicale Oswaldo-Cruz situé dans un faubourg de Rio. Elle s'y fit notamment expliquer comment, en quelques années, le docteur Oswaldo-Cruz, un élève de Pasteur, avait réussi à éradiquer la fièvre jaune apportée en 1849 par des navires venant d'Amérique centrale. Nommé directeur de la Santé publique par le président Rodriguez Alvoz, il avait constitué une brigade de 1.500 hommes qui procédèrent systématiquement à l'assèchement ou à la pétrolisation des marais, au nettoyage régulier des petites rivières et à l'examen quotidien des égouts de la capitale. Les résultats ne s'étaient guère fait attendre :   dès 1903, la mortalité due à la fièvre jaune était tombée à 584 décès. En 1908, on n'en enregistrait plus que 4 et l'année suivante, plus du tout. Le docteur Chagaz, successeur de Cruz, étendit le domaine des recherches de l'Institut de Médecine Tropicale aux épidémies qui décimaient le bétail. Après avoir entendu les paroles élogieuses de la Reine, Chagaz et ses collaborateurs signalèrent à celle-ci qu'ils connaissaient et appréciaient les travaux de plusieurs médecins belges, notamment le docteur Jules Bordet.


La flore brésilienne fascinait la Reine. Aussi voulut-elle passer de longues heures au jardin botanique où on lui fit admirer le premier palmier que son arrière-grand-père, le roi Joao du Portugal, planta en 1808. Albert Ier, qui semblait soucieux depuis qu'il savait son gouvernement menacé par les démissions successives du ministre de la Défense Nationale et du ministre des Colonies, planta, lui aussi, un arbre pour commémorer sa visite :  un metrodora. Pour compenser les effets débilitants de la chaleur humide de Rio de Janeiro, les souverains furent conviés à passer un jour et une nuit dans une plantation de café établie dans la montagne. La Reine en profita pour chevaucher dans la région, tantôt au trot, tantôt au galop. A un moment donné, elle piqua des deux à la poursuite d'un immense papillon bleu. Epuisés par son rythme, transpirant, la plupart des membres de sa suite abandonnèrent, l'un après l'autre, la randonnée. Elle, elle continuait, joyeuse et fougueuse comme aux beaux jours de Possenhofen.


Le périple brésilien conduisit Albert et Elisabeth à la ville résidentielle de Petrópolis, à Theresopolis peuplée de colons allemands et suisses, à Belo Horizonte, la nouvelle capitale de l'Etat de Minas Gerais, construite de toutes pièces en quelques années sur l'emplacement d'un village perdu, à Sao Paulo où le prince Léopold vint rejoindre ses parents. A nouveau, trop de cérémonies officielles, mais aussi un enthousiasme populaire délirant, ponctué à chaque gare de salves de fusil et de coups de revolver. Le roi Albert prononça une nouvelle série de discours de remerciement dans le style banal qui convenait. Toutefois, lors de la réception à la Cour de Justice de Belo Horizonte, il glissa une petite phrase qui ne passa pas inaperçue :  "Plus un pays avance dans la civilisation, plus le pouvoir judiciaire y occupe une situation indépendante et respectée".

Quant à la Reine, elle visita à Sao Paulo le couvent de l'ordre belge de Saint-Vincent dont l'école était fréquentée par les enfants de la classe ouvrière. Et pour ne pas faire de discrimination, elle s'arrêta aussi chez les sœurs de Saint-Augustin, un autre ordre belge, qui réservaient leur enseignement aux enfants de ce qu'on appelait la "bonne société".


Le vendredi 8 octobre, le Roi, la Reine et le prince Léopold partirent pour la plaine de Campinas, le plus ancien centre de plantations de café de la région. A cheval, ils montèrent jusqu'à l'important institut zootechnique. Puis ce fut la visite des différents centres agricoles de la Fazenda de Guatapara, suivies de celle du port de Santos aux entrepôts bourrés de sacs de café.


Le voyage se termina comme il avait commencé : à bord du "Sao Paulo". A l'escale de Lisbonne, Elisabeth retrouva le souvenir de ses ancêtres : pour elle, les Portugais tirèrent les carrosses royaux exposés au musée près de la tour de Belem".


(extrait de "Elisabeth de Belgique : les défis d'une reine" de Georges-Henri Dumont)   

lundi 25 juillet 2016

"Lilian et le Roi" d'Olivier Defrance

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Née en 1916, elle est le septième enfant d'un couple d'Ostendais réfugié en Angleterre en raison de la guerre. Son père Henri Baels sera notamment avocat, échevin, administrateur de sociétés de pêcherie, député à la Chambre, ministre de l'Agriculture et des Travaux publics, et gouverneur de la province de Flandre Occidentale à partir de 1933. Elle fréquente l'école primaire des Sœurs de Saint-Joseph à Ostende, puis l'Institut Val Notre-Dame à Antheit et l'Institut des Dames du Sacré-Coeur à Bruxelles. Elle passe ensuite deux années dans une finishing school (une sorte d'"école des bonnes manières") à Londres et y loge parfois chez l'ambassadeur de Belgique. Lilian parle le français, le néerlandais et l'anglais. L'auteur consacre tout un chapitre à ses fréquents séjours en Autriche dans les années 30 et à ses projets de mariage avec Peter Draskovich.

Veuf de la reine Astrid, le roi Léopold III tombe sous le charme de cette jeune femme belle, cultivée et ambitieuse avec qui il joue au golf. Il l'épouse secrètement et religieusement en 1941. Contrairement à ce que prévoit la Constitution belge, leur mariage civil est célébré quelques mois plus tard, ce qui provoque une grande polémique et déçoit beaucoup de Belges Le mythe du roi veuf et prisonnier s'effondre. On reprochera également au souverain d'avoir remercié Hitler pour les félicitations et les fleurs qu'il avait envoyées lors de leur mariage.

En 1941, la princesse Lilian devient donc un personnage public qui ne laisse personne indifférend et qui a suscité la controverse lors de la Question Royale (1945-1950). De nombreuses rumeurs ont circulé à son sujet, et l'historien Olivier Defrance a le grand mérite de nous offrir enfin une biographie sérieuse, objective, bien documentée et très agréable à lire. Son livre propose des documents inédits jamais exploités qui apporte un éclairage nouveau sur la déportation par les Allemands à Hirschtein, la Question Royale, ses problèmes conjugaux (lorsqu'elle découvre que Léopold III a une maîtresse), ses relations difficiles avec d'autres membres de la famille royale (Elisabeth, Baudouin et Fabiola, Albert et Paola, Marie-Christine, Joséphine-Charlotte, Léa).  Sans jamais prendre parti.

Olivier Defrance évoque aussi son travail à la tête de la Fondation Cardiologique Princesse Lilian et la vie au domaine royal d'Argenteuil. Plusieurs tentatives de rapprochement ont lieu, mais c'est Albert II, devenu roi et nouveau chef de famille, qui parviendra le mieux à une réconciliation avec sa belle-mère. Un seul petit regret :  l'auteur n'évoque pas la vente de ses bijoux dans les années 80, et le sort de certains bijoux de la reine Astrid qui suscite de nombreuses interrogations.

Bref, bravo à Olivier Defrance pour cette biographie qui devient désormais l'ouvrage de référence le plus complet et le plus objectif sur la princesse Lilian (par contre, on peut désormais ranger aux oubliettes l'ancien livre d'Evrard Raskin qui était bien trop impartial et moins bien documenté).

lundi 15 avril 2013

"La Belgique sans roi : 1940-1950" (Vincent Dujardin et Mark Van den Wijngaert)

Cet ouvrage retrace ces dix années au cours desquelles le roi Léopold III n'a pu exercer ses prérogatives constitutionnelles. Après l'invasion de notre pays par l'Allemagne en 1940, le gouvernement Pierlot quitte la Belgique pour poursuivre la lutte auprès des Alliés. Le Roi refuse de les suivre et veut rester avec l'armée belge (c'est le point de départ de la future Question Royale). Au terme de la Campagne des 18 jours, la Belgique capitule et le souverain est prisonnier de guerre. Surveillé au château de Laeken, il ne peut plus exercer ses compétences, mais son remariage avec Lilian Baels en 1941 est mal perçu par la population. Les deux historiens (l'un francophone et l'autre néerlandophone) racontent ensuite les quatre années d'occupation et de privations, la collaboration, la résistance, etc.

Notre pays est libéré par les Alliés en septembre 1944. Suite à la déportation de Léopold III en Allemagne, son frère cadet le prince Charles est élu régent par les Chambres réunies. La guerre n'est cependant pas encore finie : de nombreux civils sont tués lors de la Bataille des Ardennes à la fin de l'année 1944.

Notre actuel système de sécurité sociale est instauré le 28 décembre 1944. Cette assurance obligatoire prévue pour tous les salariés permet de couvrir les risques de maladie-invalidité, de chômage, d'accorder des allocations familiales, des congés payés, ainsi que de financer les pensions. Une assurance libre subsiste parallèlement, et les syndicats restent habilités à verser des allocations de chômage à leurs affiliés.

Après sa libération par les Alliés en 1945, Léopold III ne parvient pas à s'entendre avec les gouvernements successifs sur ses conditions de retour en Belgique. Une partie du monde politique belge et les Alliés lui reprochent son comportement durant la guerre et le testament politique qu'il a laissé avant sa déportation. Le Roi est contraint de vivre en exil en Suisse de 1945 à 1950, pendant que le prince Charles remplit son rôle de régent sans prendre parti pour son frère avec qui il a des relations difficiles.

Au cours de la Régence, la libération du territoire inaugure une ère de prospérité pour la Belgique. Portée par la paix sociale et un assainissement monétaire efficace, l'industrie fait des miracles. Le droit de vote est accordé aux femmes. En politique étrangère, notre pays rompt avec sa politique de neutralité et entre dans l'ère des alliances (Benelux, Otan, CECA, etc.). Certains hommes politiques belges accomplissent aussi un travail de pionnier dans la construction européenne qui s'amorce.

1950 voit la fin de la Question Royale. Après la consultation populaire aux résultats contrastés entre le nord et le sud du pays, le Parlement vote la fin de la régence et le roi Léopold rentre en Belgique. Des troubles éclatent et entraînent la mort de trois manifestants à Grâce-Berleur. Léopold III renonce au trône au profit de son fils le prince Baudouin (20 ans).

mardi 9 octobre 2012

Interview de la princesse Marie-Esméralda de Belgique

Née en 1956, la princesse Esmeralda de Belgique est la fille cadette du roi Léopold III et de la princesse Lilian. Elle est aussi la demi-soeur et filleule de notre roi Albert II. Depuis 1998, elle vit à Londres avec son époux Sir Salvador Moncada et leurs deux enfants, mais revient régulièrement en Belgique (la semaine dernière, elle était ainsi à Bruxelles pour le vernissage de l'exposition sur les vêtements de Cour de sa tante la reine Marie-José et le 10ème anniversaire de la Fondation Polaire Internationale où elle était assise à côté du prince Albert de Monaco). La princesse a accepté de répondre par mail à mes questions sur sa carrière de journaliste :

"Madame, quand et pourquoi avez-vous voulu devenir journaliste?
- Etant adolescente, je voulais devenir comédienne. J'adorais le théâtre et le cinéma, et je pensais sérieusement entreprendre cette carrière. Puis, j'ai choisi d'étudier le droit aux facultés Saint-Louis de Bruxelles avec l'idée de devenir avocate. Après la deuxième candidature, j'ai décidé de faire une licence en communication sociale (journalisme) à Louvain-la-Neuve de 1977 à 1979. L'écriture et les voyages sont des passions que j'ai pu satisfaire dans la profession de reporter.

- Comment ont réagi vos parents, eux qui n'ont pas toujours été épargnés par les journalistes?
- Même si mes parents n'ont pas été épargnés par la presse, ils n'ont jamais essayé de me dissuader. Mon père m'a déclaré à l'époque :  "Si tu agis avec rigueur et honnêteté, le journalisme est l'un des plus beaux métiers du monde".

- Quels souvenirs gardez-vous de vos études de journaliste? Quels rapports aviez-vous avec les autres étudiants?
- Je garde de très bons souvenirs de mes études. Les autres étudiants étaient originaires de différents pays, notamment d'Amérique latine, et nous entretenions d'excellents rapports. J'ai effectué un stage d'un mois à "La Libre Belgique", durant lequel je suis passée par tous les services du journal, à l'exception de la politique intérieure. J'ai choisi d'écrire ma thèse de fin d'études sur le rôle de la presse dans l'affaire Empain, ce qui m'a passionné.

- Vos études de journalisme terminées, quelles étaient vos envies pour votre début de carrière?
- Mes études terminées, j'avais envie de devenir grand reporter et de parcourir le monde. Je n'envisageais pas de travailler dans l'audiovisuel ; je préférais la presse écrite.

- Quand et pourquoi êtes-vous partie travailler à Paris?
- Je suis partie à Paris en 1980 comme stagiaire au "Figaro Magazine", dirigé à l'époque par Louis Pauwels. Je souhaitais partir à l'étranger qui offrait, pour moi, une plus grande liberté d'action et la possibilité de travailler comme n'importe quelle autre journaliste.

- Comment s'est passé ce stage au "Figaro Magazine"?
- C'était passionnant pour moi de me trouver au sein d'un magazine d'un tel renom avec des journalistes de grande envergure. Je me souviens des réunions de rédaction durant lesquelles Louis Pauwels demandait à chacun de donner des idées de reportages. Chaque journaliste, y compris stagiaire, avait son temps de parole et il valait mieux présenter un bon projet devant le patron! Je suis restée un an et j'ai eu l'occasion de signer plusieurs articles dont une interview d'Axel Springer, le grand patron de presse allemand.

- Ce départ en 1980 représente aussi une plus grande liberté et indépendance par rapport à votre vie au domaine royal d'Argenteuil?
- Tout à fait. C'était la première fois que j'habitais seule dans un appartement et que je devais me débrouiller sans l'aide de personne. Mon père est venu habiter plusieurs jours dans mon appartement et ma mère venait souvent passer une journée à Paris et déjeuner avec moi. De toute façon, je revenais à Argenteuil pour de nombreux week-ends.

- Qu'avez-vous fait après ce stage au "Figaro Magazine"?
- Après le stage au "Figaro Magazine", je suis restée à Paris et j'ai collaboré, en free lance, à de nombreux magazines français, allemands, italiens et espagnols, réalisant des interviews du monde du spectacle, des arts, des sciences et des entrepreneurs. J'ai également réalisé des reportages de décoration. J'ai exercé mon métier de journaliste jusqu'en 1998, date à laquelle j'ai quitté Paris pour Londres où je me suis mariée.

- Parmi tous ces articles écrits entre 1980 et 1998, pouvez-vous nous en citer cinq qui vous tiennent particulièrement à coeur?
- J'ai eu la chance d'interviewer des hommes de science comme l'Américain Robert Gallo ou le chirurgien Michael Debakey, des stars tels qu'Anthony Quinn, John Cassavetes, Brigitte Bardot, des grands sportifs tels que Bjorn Borg, des chefs d'entreprise comme Enzo Ferrari ou Axel Springer, ...

- Sous quel nom avez-vous choisi d'écrire ces articles? Est-ce que votre titre de princesse vous a ouvert ou fermé des portes?
- J'ai écrit sous le nom "Esmeralda de Belgique" et aussi "Esmeralda de Réthy". Mon nom m'a ouvert quelques portes, bien entendu, mais parfois c'était un inconvénient et finalement, ce qui compte, c'est le professionalisme que l'on doit prouver sur le terrain.

- Quel regard portaient vos parents sur votre carrière de journaliste?
- Mes parents étaient fiers, je pense, que je sois indépendante et que j'exerce un métier que j'aime.

- Avez-vous eu envie de les interviewer?
- J'aurais aimé le faire mais ils n'auraient pas accepté.

- Que faisiez-vous durant vos temps libres à Paris, quels étaient vos endroits préférés?
- J'ai adoré la ville de Paris où j'ai habité 16 ans (car j'ai également résidé à Milan en Italie pendant plusieurs mois). A Paris, j'aimais flâner dans les rues ou sur les quais de la Seine, entrer dans les librairies de quartier, visiter et revisiter les musées comme, par exemple, celui consacré à Rodin, prendre un brunch le dimanche au café Flore sur le boulevard Saint-Germain, et surtout être en compagnie de mes amis.

- Avez-vous des modèles comme journalistes?
- Mon premier héros du journalisme était un grand écrivain :  Joseph Kessel. Grâce à Marcel Jullian qui fut son ami, j'ai la chance de posséder un exemplaire dédicacé de son livre sur l'aviateur Jean Mermoz. J'ai toujours admiré les grands reporters comme Oriana Fallaci ou Marie Colvin, assassinée il y a peu.

- Comment vous est venue l'idée d'écrire la biographie du couturier Christian Dior?
- J'avais préparé un article de presse sur les 50 ans de la Maison Dior en 1997 et, pour ce faire, interviewé de nombreuses personnes qui avaient connu Christian Dior et qui avaient travaillé avec lui. J'ai découvert tellement d'anecdotes et d'informations que j'ai pensé que cela valait la peine d'écrire un livre.

- Quel regard portez-vous sur l'évolution de la presse écrite face à Internet et aux réseaux sociaux?
- Internet et les réseaux sociaux ont révolutionné l'information ces dernières années. Tout va beaucoup plus vite et tout est plus transparent. C'est un avantage qui rend la censure plus difficile et qui nous permet d'avoir accès à énormément de sources. Mais il faut également être très prudent car on trouve le meilleur et le pire sur Internet. Les journalistes ont plus que jamais un rôle d'intermédiaire à jouer pour donner de la crédibilité aux informations.

- Par rapport à votre mère et à votre frère, votre expérience de journaliste n'a-t-elle pas été aussi un avantage pour bien communiquer avec la presse et les médias à partir de 2001 lorsque vous êtes sortie de l'ombre pour la promotion de votre livre sur le roi Léopold III?
- Certainement.

- Maintenant que vos enfants sont plus grands, aimeriez-vous reprendre votre carrière de journaliste?
- Je me considère toujours une journaliste, même si je me consacre davantage à la rédaction d'ouvrages depuis plusieurs années.

- Merci Madame d'avoir accepté de répondre à ces questions".

Retrouvez les deux autres interviews par mail que m'a accordées la princesse :

- sur son père le roi Léopold III :   http://familleroyalebelge.blogspot.be/2009/09/la-princesse-marie-esmeralda-nous-parle.html

- sur son frère le prince Alexandre :   http://familleroyalebelge.blogspot.be/2010/07/marie-esmeralda-nous-parle-de-son-frere.html

mardi 8 février 2011

Documentaire sur Léopold III le 25 février sur la RTBF

Le 25 février, la RTBF proposera "Léopold III, mon père", un documentaire de 90 minutes de Nicolas Delvaulx. La princesse Marie-Esméralda présente dans ce documentaire la vie de son père et de sa famille sur un éclairage nouveau et plus familial. Dépositaire de nombreux documents, photos, et témoignages ayant appartenu à la famille royale depuis le règne de Léopold Ier, la princesse en montrera certains pour la première fois à la télévision.

Dans le documentaire, elle revient au domaine royal d'Argenteuil pour la première fois depuis le décès de sa mère la princesse Lilian en 2002. Elle parcourt aussi différents lieux importants pour son père comme le collège d'Eton (où bon nombre de ses condisciples sont ensuite morts sur les champs de bataille) et à la forteresse d'Hirschtein en Allemagne où la famille royale a été déportée en 1944, mais aussi à Hinteriss en Autriche, un domaine privé de la princesse Lilian, qui n'a jamais été filmé auparavant.

D'autres personnes témoignent dans ce documentaire : l'ancien président français Valéry Giscard d'Estaing, le couturier Hubert de Givenchy, l'acteur Jean Piat, le Prix Nobel Christian de Duve, feu le prince Alexandre, les ministres d'Etat Mark Eyskens et Herman De Croo.

Nicolas Delvaulx m'a confié par mail : "C'est en définitive un témoignage touchant, sensible et lucide de la princesse Esméralda, journaliste dans la vie active, sur sa famille, sur la fonction royale en Belgique, sur ses avantages et bien sûr ses inconvénients, parfois cruels, dans la vie de tous les jours. C'est un témoignage sur une vie de famille dans ce qu'elle a de plus touchant parce qu'elle ressemble à la nôtre mais aussi de plus exacerbée parce qu'elle synthétise des destinées extraordinaires".
(Merci à Nicolas Delvaulx pour son aide pour la rédaction de cet article).

Pour plus d'infos :

Mon compte-rendu sur le livre "Léopold III, mon père" de la princesse Marie-Esméralda :
http://familleroyalebelge.blogspot.com/2009/08/leopold-iii-mon-pere-princesse-marie.html

Mon compte-rendu sur l'ouvrage de Michel Verwilghen sur le domaine royal d'Argenteuil :
http://familleroyalebelge.blogspot.com/2009/02/le-domaine-royal-dargenteuil.html

mercredi 12 mai 2010

Le roi Léopold III

                                        

Léopold, Philippe, Charles, Albert, Meinrad, Hubertus, Marie, Miguel de Saxe-Cobourg-Gotha, prince de Belgique, naît le 3 novembre 1901 à Bruxelles. Son parrain est le roi Léopold II. Après l'accession au trône de ses parents Albert Ier et Elisabeth en 1909, Léopold est titré duc de Brabant et devient le nouveau prince héritier. Sa formation est dispensée par des professeurs particuliers.

Lors de l'invasion de la Belgique par les Allemands en 1914, le couple royal envoie ses enfants en Angleterre. Léopold y poursuit ses études au collège d'Eton et est incorporé pendant six mois comme fantassin au 12ème régiment de ligne derrière les tranchées de l'Yser. Après l'armistice du 11 novembre 1918, il accompagne ses parents lors des Joyeuses Entrées dans les villes libérées, intègre l'Ecole Royale Militaire et devient sénateur de droit. Léopold entreprend aussi une série de voyages d'études : les Etats-Unis (1919), le Brésil (1921), l'Egypte et le Soudan (1923), et le Congo (1925).

En 1926, le duc de Brabant fait un mariage d'amour avec la mythique Astrid, fille du prince Carl de Suède et de la princesse Ingeborg du Danemark. Les jeunes mariés s'installent au château du Stuyvenbergh et auront trois enfants : la princesse Joséphine-Charlotte (née en 1927), le prince Baudouin (né en 1930) et le prince Albert (né en 1934).

Suite au décès de son père à Marche-les-Dames en 1934, Léopold III devient le quatrième roi des Belges. Un an plus tard, la reine Astrid trouve la mort dans un accident de voiture à Küssnacht en Suisse. Elle n'a que trente ans.

Le début du règne de Léopold III est marqué par l'instabilité du régime parlementaire, la dépression économique et la montée de l'extrême-droite. Dirigé par Léon Degrelle, le parti rexiste (21 députés en 1936) réclame la disparition des partis politiques et leur remplacement par un parti unique, placé sous les ordres d'un chef aux pouvoirs proches d'un dictateur. De nouvelles lois sociales sont votées à la fin des années 30 : augmentation des salaires, 6 jours de congés payés par an, semaine de 40h dans les industries dangereuses, instauration du salaire minimum, liberté syndicale, assurance obligatoire contre le chômage, la maladie et l'invalidité.

Face aux dangers qui menacent à nouveau notre indépendance, le roi Léopold III obtient le retour de la politique de neutralité de la Belgique. Il fait moderniser nos fortifications et le service militaire est porté à 17 mois. En août 1939, Léopold III réunit à Bruxelles les représentants des "petits pays" du Bénélux et de la Scandinavie, et lance un appel solennel à la paix et au dialogue. Ils ne seront pas entendus. Un mois plus tard, la Belgique réaffirme sa neutralité lors de l'invasion de la Pologne par l'Allemagne.

Le 10 mai 1940, les Allemands envahissent notre pays et Léopold III prend le commandement de l'armée belge, qui n'est pas assez nombreuse et préparée pour résister à nos ennemis. La Question Royale naît à cette époque : le gouvernement demande au Roi de partir avec lui à l'étranger auprès des Alliés, mais Léopold refuse et veut rester avec son armée. Le 28 mai, il annonce la capitulation de la Belgique, ce qui lui vaut la colère de la France. Notre pays est occupé par les Allemands ; le Roi est prisonnier politique au domaine de Laeken.

Son second mariage avec Lilian Baels en 1941 est mal perçu pour deux raisons : les Belges restent attachés au souvenir de la très populaire reine Astrid d'une part, et leur mariage civil a eu lieu trois mois après leur union religieuse (alors que la loi exige l'inverse) d'autre part. Lors du débarquement des Alliés en Normandie en juin 1944, la famille royale belge est déportée à la forteresse d'Hirschtein, puis en Autriche où ils sont libérés un an plus tard. Entretemps, le prince Charles (le frère de Léopold) a été élu régent du royaume.

La Question Royale empêche le Roi de revenir en Belgique ; il s'installe en Suisse de 1945 à 1950. Son comportement durant la guerre divise le monde politique : il est soutenu par les catholiques et une partie des libéraux, tandis que les socialistes, les communistes et certains libéraux s'opposent à son retour. Une phrase de son testament politique accuse le gouvernement belge de 1940 : "Le prestige de la Couronne et l'honneur du pays s'opposent à ce que les auteurs de ces discours exercent quelque autorité que ce soit en Belgique libérée, aussi longtemps qu'ils n'auront pas répudié leur erreur et fait réparation solennelle et entière". En mars 1950, une consultation populaire est organisée : 57% des Belges se prononcent en faveur du Roi.

Léopold III rentre en Belgique dans un climat tendu. La mort de trois manifestants à Grâce-Berleur, la grêve générale et la pression du gouvernement l'incitent à déléguer ses pouvoirs à son fils aîné le prince Baudouin, âgé de 20 ans. En 1951, il abdique.

Après le mariage du roi Baudouin, Léopold III, Lilian et leurs trois enfants (Alexandre, Marie-Christine et Marie-Esméralda) quittent définitivement Laeken pour une vie discrète au domaine royal d'Argenteuil. Il entreprend des expéditions scientifiques à travers le monde et crée le Fonds Léopold III pour l'exploration et la conservation de la nature.

Le roi Léopold décède en septembre 1983 et est inhumé dans la crypte royale de Laeken. A l'occasion du centième anniversaire de sa naissance en 2001, sa veuve la princesse Lilian donne son autorisation à la publication posthume des mémoires de l'ancien souverain. Après le décès de la princesse en 2002, le domaine royal d'Argenteuil a été vendu par l'Etat belge.

jeudi 24 septembre 2009

La princesse Marie-Esméralda nous parle de son père

                                                     


A l'occasion du 26ème anniversaire du décès du roi Léopold III en septembre 1983, sa fille la princesse Esmeralda de Belgique a accepté de répondre par mail à mes questions pour Noblesse et Royautés (http://www.noblesseetroyautes.com/) et pour ce blog :



"Madame, quels sont les derniers souvenirs que vous conservez de votre père le roi Léopold III?
- Je garde des souvenirs forts et tendres de mon père. Une grande complicité nous liait l'un à l'autre. Durant l'été 1983, dans le sud de la France, nous avons fait de nombreuses promenades ensemble et nous avons eu de longues conversations.

- Pouvez-vous nous parler de sa personnalité?
- Il avait une personnalité très riche. Amoureux de la nature, passionné par les sciences, les mathématiques, la photographie, amateur de sports, de musique, de lecture, il avait un esprit curieux et ouvert. Il était tolérant et épris de justice.

- Parmi ses six enfants, qui lui ressemble le plus?
- J'imagine que chacun de ses six enfants a recueilli plusieurs traits de son caractère.

- Le roi Léopold vous a donné cours au domaine royal d'Argenteuil. Quel genre de professeur était-il et quelles branches vous enseignait-il?
- Mon père m'a enseigné les mathématiques et la géographie. Deux matières qui lui tenaient à coeur. Il était un excellent professeur. Très patient.

- On connaît sa passion pour les sciences et la photographie, mais on ne sait pas grand chose sur ses goûts culturels (musique, littérature, cinéma, théâtre, ...)?
- Il aimait la musique classique, particulièrement Mozart, mais aussi les opéras de Strauss, le jazz, les Beatles, Jacques Brel et la musique latino-américaine. Il aimait le cinéma, films policiers et d'aventures, et le théâtre. Il allait souvent voir des pièces à Paris. Ses lectures : biographies, livres scientifiques, récits d'explorateurs.

- C'était aussi un grand sportif?
- Toute sa vie, mon père a été un grand sportif. Il montait à cheval, pratiquait la natation, le golf, l'alpinisme, la marche et fut un passionné de moto et de voitures de sport.

- Vous avez repris en 1983 la présidence du Fonds Léopold III, vous avez écrit en 2001 le livre "Léopold III, mon père", vous avez fait publier ses carnets de voyages et ses photographies, vous avez recréé son bureau au musée communal de Waterloo. Avez-vous encore d'autres projets à la mémoire de votre père?
- Je collabore, en ce moment, à la réalisation d'un documentaire pour la télévision sur la vie de mon père.

- Pouvez-vous nous parler des activités du Fonds Léopold III?
- Le Fonds Léopold III, que je préside depuis la mort de mon père, est très actif. Chaque année, nous finançons de nombreuses missions scientifiques belges et étrangères d'exploration ou de conservation de la nature.

- Madame, au nom des lecteurs de Noblesse et Royautés et du blog sur la famille royale belge, merci d'avoir répondu par mail à mes questions".

mercredi 16 septembre 2009

Le roi Léopold III des Belges

                                    

Léopold, Philippe, Charles, Albert, Meinrad, Hubertus, Marie, Miguel de Saxe-Cobourg-Gotha, prince de Belgique, naît le 3 novembre 1901 à Bruxelles. Son parrain est le roi Léopold II. Après l'accession au trône de ses parents Albert Ier et Elisabeth en 1909, Léopold est titré duc de Brabant et devient le nouveau prince héritier. Sa formation est dispensée par des professeurs particuliers.

Lors de l'invasion de la Belgique par les Allemands en 1914, le couple royal envoie ses enfants en Angleterre. Léopold y poursuit ses études au collège d'Eton et est incorporé pendant six mois comme fantassin au 12ème régiment de ligne derrière les tranchées de l'Yser. Après l'armistice du 11 novembre 1918, il accompagne ses parents lors des Joyeuses Entrées dans les villes libérées, intègre l'Ecole Royale Militaire et devient sénateur de droit. Léopold entreprend aussi une série de voyages d'études : les Etats-Unis (1919), le Brésil (1921), l'Egypte et le Soudan (1923), et le Congo (1925).

En 1926, le duc de Brabant fait un mariage d'amour avec la mythique Astrid, fille du prince Carl de Suède et de la princesse Ingeborg du Danemark. Les jeunes mariés s'installent au château du Stuyvenbergh et auront trois enfants : la princesse Joséphine-Charlotte (née en 1927), le prince Baudouin (né en 1930) et le prince Albert (né en 1934). Suite au décès de son père à Marche-les-Dames en 1934, Léopold III devient le quatrième roi des Belges. Un an plus tard, la reine Astrid trouve la mort dans un accident de voiture à Küssnacht en Suisse. Elle avait trente ans.

Le début du règne de Léopold III est marqué par l'instabilité du régime parlementaire, la dépression économique et la montée de l'extrême-droite. Dirigé par Léon Degrelle, le parti rexiste (21 députés en 1936) réclame la disparition des partis politiques et leur remplacement par un parti unique, placé sous les ordres d'un chef aux pouvoirs proches d'un dictateur. De nouvelles lois sociales sont votées à la fin des années 30 : augmentation des salaires, six jours de congés payés par an, semaine de 40h dans les industries dangereuses, instauration du salaire minimum, liberté syndicale, assurance obligatoire contre le chômage, la maladie et l'invalidité.

Face aux dangers qui menace à nouveau notre indépendance, le roi Léopold III obtient le retour de la politique de neutralité de la Belgique. Il fait moderniser nos fortifications et le service militaire est porté à 17 mois. En août 1939, Léopold III réunit à Bruxelles les représentants des "petits pays" du Bénélux et de la Scandinavie, et lance un appel solennel à la paix et au dialogue. Ils ne seront pas entendus. Un mois plus tard, la Belgique réaffirme sa neutralité lors de l'invasion de la Pologne par l'Allemagne.

Le 10 mai 1940, les Allemands envahissent notre pays et Léopold III prend le commandement de l'armée belge, qui n'est pas assez nombreuse et préparée pour résister à nos ennemis. La Question Royale naît à cette époque : le gouvernement demande au Roi de partir avec lui à l'étranger auprès des Alliés, mais Léopold refuse et veut rester avec son armée. Le 28 mai, il annonce la capitulation de la Belgique, ce qui lui vaut la colère de la France. Notre pays est occupé par les Allemands ; le Roi est prisonnier politique au domaine de Laeken. Il se remarie avec Lilian Baels en 1941.

Lors du débarquement des Alliés en Normandie en juin 1944, la famille royale belge est déportée à la forteresse d'Hirschtein, puis en Autriche, où ils sont libérés un an plus tard. Entretemps, le prince Charles (frère de Léopold) a été élu régent du royaume. La Question Royale empêche le Roi de rentrer en Belgique ; il s'installe en Suisse de 1945 à 1950.

En mars 1950, une consultation populaire est organisée : 57% des Belges se prononcent en faveur du retour du Roi. Léopold III rentre en Belgique dans un climat tendu. La mort de trois manifestants à Grâce-Berleur, la grêve générale et la pression du gouvernement l'incitent à déléguer ses pouvoirs à son fils aîné le prince Baudouin, âgé de 20 ans. En 1951, il abdique.

Après le mariage du roi Baudouin, Léopold III, la princesse Lilian et leurs trois enfants (Alexandre, Marie-Christine et Marie-Esméralda) quittent définitivement Laeken pour une vie discrète au domaine royal d'Argenteuil. Il entreprend des expéditions scientifiques à travers le monde et crée le Fonds Léopold III pour l'exploration et la conservation de la nature.

Le roi Léopold III décède en septembre 1983 et est inhumé dans la crypte royale de Laeken. A l'occasion du centième anniversaire de sa naisssance en 2001, sa veuve la princesse Lilian donne son autorisation à la publication posthume des mémoires de l'ancien souverain. Après le décès de la princesse Lilian en 2002, le domaine royal d'Argenteuil a été vendu par l'Etat belge.

Pour plus d'infos sur le roi Léopold III :

Mon compte-rendu sur le livre "Léopold III, mon père" : http://familleroyalebelge.blogspot.com/2009/08/leopold-iii-mon-pere-princesse-marie.html

Mon compte-rendu sur le livre "Un couple dans la tempête" :
http://familleroyalebelge.blogspot.com/2009/04/un-couple-dans-la-tempete-le-destin.html

Mon compte-rendu sur le livre consacré au domaine royal d'Argenteuil :
http://familleroyalebelge.blogspot.com/2009/02/le-domaine-royal-dargenteuil.html

L'article de Régine Salens (Noblesse et Royautés) sur le roi Léopold III :
www.noblesseetroyautes.com/nr01/?p=2387

L'article de Régine Salens (Noblesse et Royautés) sur le livre "Léopold III photographe" :
www.noblesseetroyautes.com/nr01/?p=5279

L'article de Régine Salens (Noblesse et Royautés) sur les carnets de voyages du roi Léopold III :
www.noblesseetroyautes.com/nr01/?p=19061

L'article de Régine Salens (Noblesse et Royautés) sur la descendance du roi Léopold III :
www.noblesseetroyautes.com/nr01/?p=19222

Le site officiel du Fonds Léopold III pour l'exploration et la conservation de la nature :
www.naturalsciences.be/LIII/FR

Le site officiel du Cercle Léopold III : http://www.cercleleopoldiii.org/

samedi 22 août 2009

"Léopold III, mon père" (Princesse Esmeralda de Belgique)

                                                                                   
Fille cadette du roi Léopold III et de la princesse Lilian, Esmeralda de Belgique explique, dans l'avant-propos, pourquoi elle a rédigé cet ouvrage en 2001 à l'occasion du centenaire de la naissance de son père avec qui elle était très complice : "Depuis un demi-siècle, des dizaines de livres ont été consacrés à Léopold III, le personnage historique, créant l'image du chef d'Etat dans la tourmente. J'avais envie de faire connaître l'homme. Si différent de la légende. Celui qui, s'il n'était pas né fils de Roi, aurait pu devenir scientifique, mathématicien, ethnologue, botaniste, ingénieur, poète. Il fut tout cela et beaucoup plus (...) Il me reste, non pas la vision idéalisée d'un enfant, mais une image que, devenue adulte, j'ai vue se préciser au fil des ans. Celle d'un homme serein. Mon père avait surmonté les drames et écueils de sa vie. Il avait acquis une vue philosophique, lui permettant de contempler les événements du monde avec calme et détachement".

La princesse Esmeralda défend avec intelligence la mémoire de ses parents. Dans son livre, elle n'évoque pas la Question Royale et ne critique personne. Elle préfère nous parler des expéditions scientifiques lointaines de son père, de son intérêt pour l'alpinisme, l'astronomie, le golf et les automobiles, ainsi que du Fonds Léopold III pour l'Exploration et la Conservation de la Nature qu'il a créé au début des années 70.

Des personnalités ont accepté d'apporter leur témoignage sur le quatrième roi des Belges : son fils le prince Alexandre, sa nièce la princesse Marie-Gabrielle de Savoie, le président de la Chambre Herman De Croo, le Prix Nobel de Médecine Christian de Duve, le champion de tennis Philippe Washer, l'écrivain Marcel Jullian, le comédien Jean Piat, le Prix Nobel de chimie Ilya Prigogine, etc.

Cet ouvrage richement illustré nous démontre aussi le talent de photographe du souverain qui a laissé des milliers de clichés sur sa famille, la nature et surtout ses voyages à travers le monde. Dans la dernière partie du livre, on peut lire le récit de plusieurs expéditions racontées personnellement par Léopold III quelques années avant son décès.

En conclusion : pari réussi pour la princesse Esmeralda qui nous a mieux fait connaître la personnalité et les occupations du roi Léopold après son abdication de 1950 d'une part, et qui a mis en valeur son talent pour la photographie d'autre part. Elle nous laisse l'image d'un homme actif et intéressé par de nombreux domaines, soucieux de la protection de l'environnement à une époque où ce sujet n'était pas encore à la mode. Avec le recul, je me suis demandé si son abdication forcée n'avait pas été en fin de compte une bénédiction car elle lui a permis d'avoir du temps pour réaliser ses rêves.

"Léopold III, mon père" par la princesse Esmeralda de Belgique, éditions Racine, 2001

mardi 7 avril 2009

"Un couple dans la tempête : le destin malheureux de Léopold III de Belgique et de la princesse Lilian" (C. Désiré et M. Jullian)

                                             
Cet ouvrage co-écrit par deux Français bénéficie d'une source inédite : le témoignage de la princesse Lilian, veuve du roi Léopold III, qui ne s'était jamais confiée auparavant. Elle y raconte sa rencontre avec son mari, leur mariage en 1941, leur déportation à Hirschtein par les Allemands, leur libération par les Américains, la Question Royale et leur installation à Laeken et Argenteuil. Elle n'évoque cependant pas les raisons de leur conflit avec le roi Baudouin et la reine Fabiola.

Malgré ce prestigieux témoignage, cet ouvrage aurait pu être plus fouillé et plus documenté. On apprend plus d'informations sur le couple royal dans le livre qu'a écrit Michel Verwilghen sur le domaine royal d'Argenteuil. Il ne contient cependant aucune erreur historique.

Autre reproche : Marcel Jullian et Claude Désiré n'évitent pas le piège dans lequel tombent beaucoup d'ouvrages sur les controversés Léopold et Lilian. Les deux auteurs ont choisi leur parti et manquent de neutralité et d'objectivité. Ils n'hésitent d'ailleurs pas à parler d'un "devoir de mémoire" envers le couple royal.

Fidèles à leurs objectifs de départ, Marcel Jullian et Claude Désiré terminent par une conclusion engagée et politique : "Ne devons-nous pas faire plus, nous Français, dont un président du Conseil, par ses propres mensonges, a jeté l'opprobre sur le souverain d'un Etat ami? Pour réparer un tel manquement au code de l'honneur, commis par un chef de gouvernement français dans l'exercice de ses fonctions, la République française, cinquième du nom, ne devrait-elle pas décider de faire acte de repentance à la mémoire du roi Léopold III? Une telle décision nous mettrait en accord avec notre conscience. En outre, elle serait peut-être de nature à entraîner la repentance de la Grande-Bretagne et, qui sait, inciterait-elle la Belgique à entreprendre une campagne de réhabilitation de Léopold III et de la princesse Lilian?".

"Un couple dans la tempête : le destin malheureux de Léopold III de Belgique et de la princesse Lilian" de Claude Désiré et Marcel Jullian, éditions Albin Michel.

mardi 3 février 2009

"Le mythe d'Argenteuil : demeure d'un couple royal" (M. Verwilghen)

                                                        

Ce livre sur le domaine royal d'Argenteuil est très intéressant pour deux raisons : il lève enfin le voile sur une demeure méconnue et il est le premier ouvrage à bénéficier de la collaboration du prince Alexandre et de la princesse Marie-Esméralda de Belgique, enfants du roi Léopold III et de la princesse Lilian.

Située aux confins de la forêt de Soignes, cette gentilhommière a été construite en 1930 par les architectes new-yorkais Delano et Aldrich à la demande du riche ingénieur américain William Tuck, docteur honoris causa de l'ULB, qui vivait en Belgique et avait épousé une jeune fille anversoise Hilda Bunge. A partir de 1933, le couple et leurs trois enfants séjournent régulièrement dans leur résidence d'été à Argenteuil qui a le grand honneur d'accueillir l'ancien président américain Herbert Hoover, ami de William Tuck.

Durant la seconde guerre mondiale, la demeure est sérieusement endommagée par des troupes allemandes et alliées. Elle est vendue en 1949 à l'Etat belge qui le propose à l'ancien régent Charles en 1951. Mais il ne l'aime pas et ne s'y installera donc jamais. Quelques années plus tard, Argenteuil accueille les hôtes de marque du gouvernement lors de l'Exposition Universelle de Bruxelles en 1958.

En 1959, le domaine est mis à la disposition du roi Léopold III, de la princesse Lilian et de leurs trois enfants. Ils s'y installent un an plus tard après des travaux bien nécessaires. Dans ce livre, Michel Verwilghen dit enfin la vérité sur "l'affaire des meubles volés" qui a fait couler tant d'encre depuis 1960...

Dans ce château décoré avec goût, le Roi prépare ses expéditions à travers le monde et s'adonne à sa passion de la photographie, la princesse s'occupe de la Fondation Cardiologique Princesse Lilian et de sa harde de cerfs, les princesses Marie-Christine et Marie-Esméralda ont des cours particuliers à domicile. Léopold III et Lilian reçoivent dans la discrétion de nombreuses personnes à Argenteuil : ambassadeurs, ministres, anciens combattants, photographes, scientifiques, sportifs, etc. Mais la plus prestigieuse visite restera celle de la reine Elisabeth et du prince Philip d'Angleterre en 1966.

En 1983, Léopold III décède et a droit à des funérailles nationales. Sa veuve continue de résider à Argenteuil et de subir régulièrement les critiques d'historiens ou de journalistes. Elle crée en 1991 l'asbl Princesse Lilian en mémoire du roi Léopold III (dont l'auteur de ce livre était administrateur délégué) afin de rassembler et classer les nombreuses archives du quatrième roi des Belges.

Dans son testament, la princesse Lilian (décédée en 2002) exprime le souhait d'être enterrée au domaine royal d'Argenteuil et d'y laisser le mobilier et les archives afin d'accueillir les réunions des fondations créées par Léopold III et Lilian. Ces demandes sont rejetées par le gouvernement Verhofstadt. A partir de l'automne 2002, le château commence à se vider : les meubles d'Etat empruntés en 1960 retournent à Laeken ; les archives sont transférées au palais royal ; les meubles, robes, bijoux, tableaux et argenteries sont partagés entre les trois héritiers ou vendus par Sotheby's. En septembre 2004, l'Etat vend le domaine à Jean-Marie Delwart, un riche industriel belge, désireux de s'y livrer à sa passion pour la recherche scientifique en ethologie.

En conclusion, cet ouvrage très intéressant et très documenté de Michel Verwilghen contient de nombreuses informations historiques inédites qui aideront les futurs biographes de Léopold III, Lilian, Charles, Baudouin, Albert II, Alexandre, Marie-Christine et Esmeralda. Un seul reproche : l'auteur - qui était un proche de la princesse Lilian - manque parfois de recul et d'objectivité, notamment lorsqu'il évoque le prince Charles, qui a été un bon régent malgré son attitude ambigüe envers son frère aîné.

"Le mythe d'Argenteuil : demeure d'un couple royal" de Michel Verwilghen, éditions Racine, 2006

(Article actualisé en novembre 2019)

Fin 2019, on apprend que Jean-Marie Delwart met en vente le domaine royal d'Argenteuil qu'il avait acquis quinze ans plus tôt. Il s'est confié à la presse :

"J'ai 80 ans et je deviens vieux. Je n'ai pas de succession pour Argenteuil :  mes enfants vivent leur vie à l'étranger et sont heureux. Je suis un peu triste de devoir vendre mais je ne me vois pas y vivre en fauteuil roulant. J'ai mis en vente dans deux agences :  l'une en Belgique (L'Immobilière Le Lion), l'autre à l'étranger (Sotheby's). Il y a quelques années, j'ai eu quelques offres ; elles remontent entre cinq et dix ans (d'un Chinois, d'un Russe, d'un Arabe, d'un Français qui voulaient déménager en Belgique). J'aurais bien été embêté si j'avais donné un prix et qu'ils m'auraient dit oui. L'idéal, à la limite, ce serait une vente en viager. Je ne suis pas pressé en effet car l'endroit est très beau. Il y a de grandes plaines et des cerfs, mais on vieillit tous et il faut pouvoir gérer tout ça. J'y vis depuis 15 ans. C'est resté un endroit de mystère :  quand on y rentre le soir, il y a cette longue allée sombre qui mène à la maison isolée. Quand on y entre, c'est comme dans un monastère. Il y a un sentiment de lourdeur calme. On sent qu'il est chargé d'histoire. La reine Elisabeth II d'Angleterre y est venue. Valéry Giscard d'Estaing aussi. J'y ai planté 3.000 plantes. Au printemps, c'est magnifique. Il y a le bureau du roi Léopold III, sa bibliothèque. On m'a confié des photos et des tableaux privés. Personne n'est jamais venu me les redemander. Aujourd'hui, je mène un peu une vie de reclus :  je ne sors plus, je ne reçois presque plus. Chaque année, la princesse Esmeralda organise un repas au château pour la Fondation Cardiologique Princesse Lilian".